Histoire littéraire

 
 
 
     

 

 

Brève histoire de la littérature du Xinjiang

par Brigitte Duzan, 8 juin 2016

 

Le Xinjiang a longtemps été désigné en Chine du terme de "Xiyu" (西域), ou "territoires de l’Ouest" - terres lointaines dont les liens avec la Chine remontent à la dynastie des Han : c’est l’empereur Wudi (武帝) qui, en expulsant les "barbares" Xiongnu du désert de Gobi et des monts Qinglian au 2ème siècle avant J.C., a ouvert la branche nord de la Route de la soie ; la mort du dernier souverain Xiongnuen 60 avant J.C. ayant entraîné une guerre de succession s’achevant par la soumission à l’empire chinois, cette date est généralement considérée comme l’entrée des "territoires de l’Ouest" dans l’orbite chinoise. Mais le contrôle a subi bien des éclipses.

 

Ces territoires n’ont été baptisés "Xinjiang" (新疆), c’est-à-dire "nouvelle frontière", que lorsqu’ils ont été reconquis, sous la dynastie des Qing, par l’empereur Qianlong en 1759. C’est alors que s’est développée toute une littérature, sous la plume d’envoyés de l’empereur, mais aussi de bannis, le Xinjiang étant alors devenue destination d’exil. Il a acquis dès lors une double image qu’il a conservée jusqu’au 20ème siècle : terre d’exil, mais fascinante.

 

Pendant longtemps, l’imaginaire chinois concernant les lointaines terres de l’ouest n’a guère évolué, et se résume fort bien à ce qu’il était sous les Tang, avec ce mélange de fascination et de frayeur que nous dépeint Li Bai dans son poème « La lune sur la passe de la montagne » (关山月) :

 

明月出天山,苍茫云海间。

长风几万里,吹度玉门关。

汉下白登道,胡窥青海湾。

由来征战地,不见有人还。

 

         La lune se lève sur les Tianshan, dans une mer de nuages à l’infini.

         Un vent violent soufflant sur dix mille lis s’engouffre dans Yumen Guan.

Les Han descendent la route de Baideng, les Barbares campent dans la baie du Qinghai.

         De cet ancien champ de bataille, pas un homme n’est revenu.

 

I. La ‘littérature des régions de l’ouest’sous les Qing

 

Du Turkestan au Xinjiang

 

Les "territoires de l’Ouest" ont toujours été une région d’une extrême diversité tant culturelle que religieuse, un point de rencontre de civilisations et de royaumes mis en contact par les périples des caravanes. C’est le bouddhisme hinayana qui a dominé la scène du 2ème au 10ème siècle. Mais toute la région a ensuite été islamisée, à partir de l’arrivée à Kashgar d’unsunnite turc, Satoq Bughra, mort vers 955. La ville est alors devenue un centre religieux et artistique prestigieux, au confluent d’influences chinoises, perses, turques, indiennes et autres.

 

Le bouddhisme est resté plus longtemps présent dans le nord. A l’est du bassin du Tarim, les Ouïgours, arrivés là au 9ème siècle, ont continué à le pratiquer jusqu’au 16ème siècle.

 

La progression de l’islam ne s’est donc pas faite sans heurts ni tension, et, à cet égard, la brève période pendant laquelle la région a été sous contrôle des Mongols, du 13ème siècle jusqu’au milieu du 14ème siècle, est considérée comme une ère de paix, une "pax mongolica" ayant mis temporairement fin aux conflits inter-ethniques et rivalités religieuses. Mais l’islamisation a ensuite repris de plus belle, avec des conflits croissants, en particulier du 16ème au 19ème siècle entre Kashgar et Yarkand pour le contrôle du sud.

 

Ces conflits n’ont cessé qu’avec la conquête du territoire par l’empereur Qianlong, soucieux de promouvoir à nouveau les échanges le long de la Route de la Soie. Cette conquête de l’ouest commence avec la première des dix grandes campagnes de son règne : la « pacification de la Dzoungarie » en 1755-57 (euphémisme qui recouvre le massacre de la quasi-totalité de la population) [1].

 

Mais le contrôle chinois fut mis en cause un siècle plus tard, par la révolte de Yakub Beg qui établit un royaume ouïgour à Kashgar de 1866 à 1877, à un moment d’intenses luttes de pouvoir entre Russes, Chinois et Britanniques pour le contrôle des routes stratégiques de l’Asie centrale. La province du Xinjiang fut établie en 1884 et le nom devint alors d’usage courant, supplantant celui de « Turkestan chinois ».

 

C’est dans ce contexte qu’apparaissent, à partir du 18ème siècle, les premiers écrits chinois sur ces régions de l’ouest ; ce sont d’abord des chroniques, des notes de voyage, mais, étant de la plume de lettrés, prennent parfois la forme de poèmes. Ils forment la"littérature des régions de l’ouest" ou Xibu wenxue (西部文学).

 

La littérature des régions de l’ouest : notes de voyage

 

C’est une littérature imprégnée du sentiment des marges frontalières, avec ce que cela comporte d’étrange, de fascinant et d’exotique, mais de façon superficielle, car ces voyageurs du bout du monde restent des observateurs curieux mais extérieurs, sans contact avec la population et l’œil tourné vers la mère patrie. Les traditions sont rapportées coupées de leurs racines, historiques et culturelles, et les récits colportent des légendes qui contribuent à former l’image d’un monde en marge.

 

L’une des premières chroniques sur la région, et l’une des plus connues, est la « Chronique des choses vues et entendues dans les régions de l’Ouest » ou Xiyù wénjiàn lù (《西域闻见录》), datant de 1777 ou 42ème année de Qianlong (乾隆四十二年), soit près de vingt après la campagne de « pacification » de la Dzoungarie.

 

L’une des premières chroniques sur la région, et l’une des plus connues, est la « Chronique des choses vues et entendues dans les régions de l’Ouest » ou Xiyù wénjiàn lù (《西域闻见录》), datant de 1777 ou 42ème année de Qianlong (乾隆四十二年), soit près de vingt après la campagne de « pacification » de la Dzoungarie.

 

L’auteur est un certain Qi Shiyi (七十一), nom de plume d’un petit fonctionnaire mandchou du Circuit de Zhendi (镇迪道) [2] qui est resté une dizaine d’années au Xinjiang, avant de revenir à Pékin vers la 50ème année de Qianlong (乾隆五十年),

 

Le Xiyuwenjian lu

c’est-à-dire vers 1785. Si ses écrits sont connus, c’est parce qu’ils sont cités dans des ouvrages ultérieurs, en particulier le « Traité illustré des royaumes maritimes » ou Haiguo tuzhi (《海国图志》) de Wei Yuan(魏源), écrit un demi-siècle plus tard d’après des notes et documents initialement compilés par Lin Zexu (林则徐) [3].

 

Wei Yuan décrit la géographie, les ressources naturelles, les produits locaux, les coutumes et tout ce qui frappe le regard (列史所载证以目之所见), mais aussi la désolation du nord du Xinjiang après le massacre des dzoungars : une immense plaine sans trace humaine sur des centaines de kilomètres… C’est lui, aussi, qui a créé un groupe de recherche sur le Xinjiang qui exerça une profonde influence sur l’évolution de mentalités.

 

Un grand nombre des écrits de l’époque sur le Xinjiang sont des poèmes,genre par excellence des lettrés chinois, le thème courant étant la glorification des exploits réalisés par les Chinois dans la région et la célébration de l’empereur. Comme les anciens poèmes classiques, ils visent à saisir une scène ou capter une émotion. Il s’agit de fondre l’expérience intime du poète dans la réalité extérieure décrite par le poème. Pour le compléter, il était usage d’ajouter des commentaires; parfois publiés séparément sous forme de recueils d’essais « au fil de la plume » (biji笔记), ce sont des notes de voyage.

 

Mais il y a aussi de vraiscarnets de voyage, sortes de guide des régions traversées où sont notés les détails des voyages et des haltes faites en chemin, avec des développements sur la nourriture, le climat, les paysages, mais très peu sur les aspects sociaux et culturels, sauf les descriptions physiques, les coiffures, les coutumes vestimentaires, tout ce qui saute aux yeux, et qui est inhabituel.

 

Le Xinmao shixing ji

 

L’un des plus célèbres, au début du 19ème siècle, est la « Description concise des nouvelles marges frontalières – approuvée par l’empereur » ((Qinding) Xinjiang shilüe ()新疆识略》), écrite par Xu Song (徐松). En douze parties plus un appendice, le livre a été achevé en 1820 et soumis en 1821 à l’empereur Qianlong qui a ajouté une courte histoire de la conquête de la Dzoungarie, ou Zhungar quanbu jilüe (准噶尔全部记略), ainsi qu’un récit de la soumission des Mongols Torghut, ou Turhute quanbu guishun ji (土尔扈特全部归顺记). Le texte de Xu Song débute par une description géographique générale, puis des descriptions plus détaillées avec une carte de la région. Il continue avec des précisions sur les garnisons et colonies militaires, les postes frontières, les réserves de céréales, les taxes, et même des observations sur la population locale.

 

C’est à partir des dernières années du 19ème siècle que se multiplient ces journaux et carnets de voyage, parfois en vers ou au moins avec des passages en vers, comme le « Journal de voyage en vers de l’année xinmao [4] »

(Xinmao shixing ji 《辛卯侍行记》) de Tao Baolian (陶保廉) achevé en 1897, ou encore le « Voyage de la Chine du sud aux monts Kunlun » (Hehai Kunlun lu《河海昆仑录》), de Pei Jingfu (裴景福), daté de 1906. C’est un carnet de voyage de plus de 11 720 lis, dans lequel il a noté, comme Qi Shiyi, ce qu’il a vu et entendu au fil des 370 jours de son escapade :

道途之所经历,耳目之所遭逢,心思之所接斗,逐日为记,悉纳之囊中。

Ce que j’ai vécu en chemin et observé au hasard et qui m’a touché, je l’ai noté jour après jour et ajouté à mon pécule.

 

En 1920, le « Voyage au Xinjiang » (Xinjiang youji《新疆游记》) de Xie Bin (谢彬) estencore plus long : un voyage de plus de neuf mois pendant lequel Xie Bin a parcouru près de dix mille kilomètres, et visité 38 des 43 districts que comportait le Xinjiang à l’époque. Et le livre a encore la particularité d’avoir été préfacé par … Sun Yat-sen.

 

 

Le Hehai Kunlun lu, réédition 2016, tome 3

 

Toutes ces œuvres offrent des descriptions des coutumes et pratiques sociales très détaillées,mais reflètent malgré tout une observation superficielle. Cela vaut cependant aussi bien pour les voyageurs occidentaux qui ont visité la région à l’époque. Mais il est intéressant de voir que ces voyageurs étaient souvent des exilés, et qu’ils transmettaient une vision du Xinjiang qui n’était pas forcément celle que cherchait à promouvoir l’empereur Qianlong.

 

Une littérature d’exilés

 

Il y avait en effet de fortes réticences dans l’entourage de l’empereur et des doutes quant au bien-fondé de la conquête du Xinjiang qui paraissait trop lointain, trop différent, trop difficile à administrer. Aussi, après la conquête, l’empereur a-t-il tenu à souligner que le Xinjiang faisait maintenant partie de « lintérieur » (nèidì 内地).

  

La forteresse de Jiayuguan en 1875

(photo d’Adolf Erazmovich Boiarskii, prise

lors d’une mission commerciale et de recherche

organisée par le gouvernement russe en 1874-75)

 

En même temps, cependant, la province était dans les esprits un lieu d’exil. A l’extrémité de la Grande Muraille, dans le nord-ouest du Gansu, la passe de Jiayuguan (嘉峪关) a longtemps symbolisé la frontière entre le monde chinois et celui des barbares ; mais c’était la frontière Ming [5]. Au-delà de la passe était un monde considéré autre par les esprits d’alors, un monde en marge de la civilisation (声教不通) et la controverse a longtemps fait rage. Même l’écriture semblait barbare, « comme des traces d’oiseau ou comme des têtards » (如鸟跡,如蝌蚪) selon Qi Shiyi.

 

Pourtant, la région a sa place dans la

mythologie chinoise. La chaîne des monts Kunlun (昆仑山脉) qui sépare le sud du Xinjiang (et le Taklamakan) du Tibet était le séjour de divinités, considéré comme un endroit paradisiaque aux sources de la civilisation chinoise. Au moment de partir, l’exilé se raccrochait à ces mythes. Du voyage de l’archer Yi (羿) au palais dela reine mère de l’Ouest Xiwangmu, sur le mont Kunlun, en quête de l’élixir de l’immortalité, au pèlerinage du moine Xuanzang pour collecter les textes bouddhistes, le voyage au Nord-Ouest a toujours été associé à un difficile périple et à une quête spirituelle. Les dangereuses montagnes et les vastes étendues de désert à leurs pieds, ponctuées de riches oasis, suggéraient une image des tourments de la vie terrestre opposés aux joies du paradis céleste. 

 

Les poésies de l’époque abondent d’évocation de villes où le voyageur peut refaire ses forces spirituelles et physiques [6]. Malgré les difficultés du voyage, une fois installés dans les villes, les exilés donnent du pays une image d’abondance, véritable ou potentielle. Le Xinjiang est finalement comme le paradis sur terre : pour les marchands, les affaires étaient florissantes, pour les lettrés la vie était agréable.

 

L’exilé partait avec pour viatique ces idées mythiques sur le nord-ouest lointain. C’étaient des « prisonniers » (qiúfàn 囚犯”), comme il est dit de Pei Jingfu qui fut, justement, l’un des derniers fonctionnaires Qing à avoir été exilé au Xinjiang [7]. Après Jiayuguan commençait pour eux l’inconnu, digne d’être répertorié. Et s’ils soulignaient les liens de la Chine avec la région, c’était pour établir une continuité avec le passé, dans un souci de légitimation, comme toujours.

 

L’une des références historiques récurrentes est le voyage de Zhang Qian (张骞), au 2ème siècle avant JC, pour chercher de l’aide contre les Xiongnu. Il joua un rôle de pionnier dans la conquête de ce qui est aujourd’hui le Xinjiang, et ses voyages sont consignés dans les « Mémoires historiques » (《史记》) de Sima Qian (司马迁). Ils sont aussi racontés dans le Livre des Han, le Hanshu.

 

On y apprend que les Xiongnu (匈奴),

 

Zhang Qian prenant congé de l’empereur Wudi en 139 avt JC,

peinture murale des grottes de Mogao

venus du nord, menaçaient de s’allier aux Qiang du Tibet, et que l’empereur Wudi voulait donc coloniser le couloir du Gansu en s’alliant avec les tribus locales. C’est Zhang Qian qui fut envoyé vers l’ouest pour conclure une alliance avec les Yuezhi (月氏) qui avaient été chassés de leur territoire par les Xiongnu en 177 avant JC. Après avoir été fait prisonnier, et être revenu les mains vides, il lui faudra repartir pour une seconde mission, mais le protectorat sur les territoires de l’ouest ne sera établi qu’après sa mort, en 60 après JC.

 

Ces textes fournissent la référence de base qui légitime la conquête ultime au 19ème siècle. Les exploits militaires des deux dynasties des Han et des Tang sont là pour glorifier le pouvoir des Qing qui ne les a pas seulement émulées, mais surpassées… Après la conquête, les noms turco-mongols ont été remplacés par les noms chinois antérieurs.

 

Ces fonctionnaires et voyageurs aimaient aussi noter les contes, mythes et légendes, nés et transmis par tradition orale. Ainsi Pei Jingfu rapporte aussi dans son ouvrage un certain nombre de légendes locales, en s’efforçant, de manière caractéristique, de les rattacher à des légendes ou mythes chinois similaires.

 

Il raconte par exemple l’histoire d’un lieu, dans les montagnes au sud de Turfan, nommé Halifen, c’est-à-dire selon lui loup en turc. Dans ces montagnes vivent des familles musulmanes, et on raconte, dit-il, qu’elles descendent d’un loup devenu homme. C’est comme, ajoute-t-il, la légende de Panhu épousant la fille de l’empereur jaune et donnant naissance aux peuplades du sud-ouest …

 

Les exilés vont même jusqu’à adapter les contes et légendes, et par exemple des histoires de fantômes. Il y a ainsi un recueil de contes de Ji Yun (纪昀) qui comporte un certain nombre de récits se passant au Xinjiang, dans lesquels des marchands ou des exilés chinois font des rencontres surnaturelles… tout comme en Chine. Pour Ji Yun, il n’y rien de fondamentalement différent d’un endroit à l’autre.

 

En 1768, pour avoir trempé dans une affaire de pots de vin, Ji Yun fut exilé à Dihua (迪化), au Xinjiang [8]. En 1771, sur le chemin du retour après avoir été gracié, il a écrit une série de 160 poèmes, le Xinjiang zalu (《新疆杂录》), qui reste l’un des documents les plus intéressants en chinois sur la vie au Xinjiang à la fin du 18ème siècle.

 

Le Yuewei caotang biji

 

C’est à la fin de sa vie qu’il a écrit ses contes fantastiques inspirés par les « Contes du Liaozhai » (《聊斋志异》) de Pu Songling (蒲松龄), et publiés en cinq volumes entre 1789 et 1798. Puis, en 1800, les cinq volumes ont été édités ensemble, sous le titre« Notes de la chaumière sur des trivialités » ou Yuewei caotang biji (微草堂笔记》), comme une sorte de Liaozhai du Xinjiang.

 

Il y a donc une grande continuité et dans l’histoire du Xinjiang et dans les formes des récits. L’histoire de la Chine est un immense palimpseste, le Xinjiang n’est pas une 

exception. Et tous ces voyageurs, fonctionnaires exilés ou non, font figure de pionniers, de précurseurs des autres voyageurs qui vont venir dans la région à partir de 1949, par vagues successives, pour une raison ou une autre, mais tous, finalement, traduisent leur fascination en des termes semblables.

 

Bibliographie en anglais

 

- The Chinese Literary Conquest of Xinjiang, L. J. Newby, Modern China, Vol. 25 No. 4, Oct. 1999

- Whose Xinjiang? The Transition in Chinese intellectuals’ imagination of the “New Dominion” during the Qing dynasty, Jia Jianfei (Chinese Academy of Social Sciences), Harvard-Yenching Institute Working Paper 2011.

A consulter en ligne : http://www.harvard-yenching.org/sites/harvard-yenching.org/files/featurefiles/Jia%20Jianfei_Whose%20Xinjiang.pdf

 

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II. La littérature du Xinjiang au vingtième siècle : une littérature han

 

Au vingtième siècle, la littérature des « régions de l’ouest » évolue. C’est dans la deuxième moitié du siècle que prend forme tout un corps de textes qui inscrivent une nouvelle page dans la littérature chinoise, et peuvent être définis comme « littérature du Xinjiang ». Cependant, elle reste encore une littérature d’écrivains han, écrivant en chinois.

 

         II.a Tournant des années 1980 : retourdes migrants et des exilés

 

Contexte historique

 

A la fin de la dynastie des Qing, beaucoup continuent de penser que le Xinjiang est un fardeau inutile pour le pays, comme Tan Sitong (谭嗣同), l’un des chefs de file de la Réforme des Cent Jours, en 1898, qui préconisait de vendre le Tibet à la Grande-Bretagne et le Xinjiang à la Russie ce qui aurait permis de payer les indemnités dues aux puissances occidentales.

 

Après la chute de l’Empire chinois, des années 1910 aux années 1940, le Xinjiang traverse une période chaotique pendant laquelle sa situation géopolitique en fait un enjeu stratégique, convoité par l’Union soviétique et la Grande Bretagne. Mais la région est toujours considérée peu ou prou comme terre d’exil un peu effrayante, et la passe de Jiayu Guan comme le passage vers l’inconnu.

 

Un journaliste connu de la période républicaine, Fan Changjiang (范长江), y est passé dans les années 1930 et a trouvé dans le fort des poèmes laissés par des visiteurs de passage ; il a noté que neuf sur dix exprimaient leur mal du pays et le sentiment d’être à la frontière d’une région infernale, aux portes du royaume des morts (situé traditionnellement à l’ouest dans la tradition chinoise), tel celui-ci :

 

Fan Changjiang

一出嘉峪关,两眼泪不干,

往前看,戈壁滩,往后看,鬼门关

         Au sortir deJiayu Guan, impossible de sécher ses pleurs

         En voyant devant soi le désert de Gobi, et derrière la porte de l’Enfer [9].

 

Pendant la guerre, dans les années 1940, le Xinjiang a été un lieu de refuge, mais la passe de Jiayu Guan a conservé aux yeux des fugitifs la même image de dernière porte vers un au-delà angoissant.

 

Après la « libération pacifique » de la province en 1949, le Xinjiang a été constitué en région autonome le 1er octobre 1955, la « Région autonome ouïgoure » (新疆维吾尔自治区), les Ouïgours représentant 73 % de ses cinq millions d’habitants selon le recensement de 1953. Mais la région englobe aussi des districts autonomes habités majoritairement par treize groupes d’ethnies différentes.

 

Comme sous l’empire, le gouvernement chinois a alors encouragé l’émigration depuis « l’intérieur », en favorisant d’abord le repeuplement du bassin Dzoungar au nord, alors que, à l’époque, 75 % de la population de la région était encore centrée dans le bassin du Tarim. Le nord du Xinjiang a reçu un afflux de deux millions de Han (et Hui) entre 1957 et 1967, accentuant la coupure avec le sud ouïgour.

 

Les habitants d’Aksu (sur la branche nord de la Route de la Soie) accueillent des jeunes instruits de Shanghai, 1964

 

Mais les mouvements de population des années 1950 et du début des années 1960 ont été en majeure partie spontanés et individuels. Certains répondaient à des motivations économiques, d’autres, aussi, à des fins de pure survie, au moment de la Grande Famine, tandis que, vers le milieu des années 1960, des jeunes ont répondu à l’appel au départ lancé par les autorités chinoises. Pendant la Révolution culturelle, ensuite, le mouvement des « jeunes instruits » a fourni son lot de jeunes au Xinjiang, mais dans une moindre mesure que dans d’autres

régions frontalières peu amènes : la région était toujours aussi lointaine et difficile d’accès.

 

Mouvements spontanés, certes, mais bénéficiant quand même, sur place, d’une organisation centrale de type militaire avec le Corps de production et de construction du Xinjiang ou Bingtuan (新疆生产建设兵团), fondé en octobre 1954 avec une mission de développement économique mais aussi de défense, pour juguler les mouvements indépendantistes du Turkestan oriental orchestrés par l’Union soviétique. Au milieu des années 1990, 13,6 % de la population du Xinjiang était employée par le Bingtuan, près de 90 % des employés étant Han…

 

Zhou Enlai et Chen Yi arrivant au Xinjiang en 1965

 

Dans le même temps, la région a aussi été terre d’exil, conformément à sa longue tradition, mais, là aussi, moins que dans d’autres provinces de Chine.

 

Zhou Enlai rencontrant des jeunes instruits de Shanghai à la ferme de Shihezi, au pied des monts Tianshan, en 1965

 

Les mouvements de population se sont accentués à partir de 1980 : retour « en ville » des jeunes instruits et des déportés, d’abord, puis immigration croissante de Han d’autres provinces. Le Xinjiang a acquis une importance stratégique accrue après l’invasion de l’Afghanistan par l’Union soviétique en 1979, et les migrants sont devenus des pions dans la défense du Xinjiang.

 

Ces mouvements de population ont inspiré une riche littérature qui est, comme sous les Qing, littérature de témoignage personnel,

sur une région qui a cependant cessé d’effrayer, même si l’on retrouve encore, de ci de là, dans la littérature chinoise moderne, des évocations d’un « autre » lointain, inhospitalier et vaguement menaçant. C’est le cas, par exemple, dans la nouvelle de 1985 de Tashi Dawa (扎西达娃) « Tibet, l’âme attachée à une corde de cuit » (西藏,系在皮绳结上的魂): un vieillard tibétain y raconte un souvenir de jeunesse, quand il avait été obligé d’aller jusqu’au Taklamakan tenter de reprendre son troupeau de moutons à une Kazakhe, chef d’une bande de brigands réputée, qui le lui avait volé et l’avait ramené chez elle, en toute impunité.  

 

Image de femme libre et indomptée qui est celle que l’on trouve aussi dans le roman de wuxia de Wang Dulu (王度庐) dont a été adapté le film « Tigre et dragon » (《卧虎藏龙》) [10] : dans le roman, l’héroïne Yu Jiaolong (玉娇龙) a été élevée … au Xinjiang, où son père, officier mandchou, était en poste à la fin de la dynastie des Qing, ce qui explique en partie son caractère de sauvageonne.

 

L’histoire du vieillard de Tashi Dawa perpétue cette image dans les années 1940. Quarante ans plus tard, au-delà de l’effroi, le Xinjiang reste terre de liberté, même si cette liberté est liée à l’exil. En témoigne la littérature postérieure à la Révolution culturelle.Ce sont surtout des nouvelles, écrites par des auteurs qui ne les ont publiées, en général, qu’à partir du début des années 1980, une grande partie étant constituée de récits de « jeunes instruits ».

 

Le Xinjiang comme refuge

 

On peut rattacher à cette littérature une nouvelle qui n’est pas à proprement parler d’un auteur « du Xinjiang », mais qui dresse le portrait d’un jeune Chinois parti au Xinjiang en 1960 pour fuir la Grande Famine qui sévissait chez lui, au Henan. Elle est de Zhang Xianliang (张贤亮) qui, à la mort de son père en 1954, est parti enseigner dans une école de cadres dans le Ningxia où, après 1957, il a ensuite passé vingt-deux ans dans des camps et des fermes d’Etat.

 

Parue en 1983, « XorBulak » (《肖尔布拉克》) est la deuxième des nouvelles qu’il a publiées après sa réhabilitation. Elle est particulièrement intéressante car le routier dont elle raconte l’histoire est un cas typique de Han immigré au Xinjiang à la fin des années 1950 et elle reflète l’évolution de l’imaginaire lié à la région [11].

 

L’histoire est contée par le routier lui-même, à un journaliste qu’il a pris dans son camion et auquel il parle pour éviter de s’endormir car ils traversent l’immensité rocailleuse du désert de Gobi. Il explique d’abord qu’il est parti au Xinjiang tout jeune, parce que la famine sévissait au Henan [12] et qu’une connaissance leur a écrit pour les inciter à y aller, en leur décrivant un pays de cocagne :

         新疆好,新疆不但能找上工作,还能吃上饱饭。

         Le Xinjiang, c’est vraiment bien, on peut y trouver

         du travail, et même manger à sa faim.

 

Après un voyage en train, il arrive à ce qui était alors le terminus : Weiya (尾亚), près de Hami, au nord-est de la région. Et là, il décrit un spectacle d’exode : trois cercles de tentes autour d’une dizaine de maisons délabrées, et une foule de plusieurs milliers d’hommes et de femmes récemment arrivés, comme lui ; certains sont mutés là ou

 

Zhang Xianliang

 

Xor Bulak

suivent la délocalisation de leur usine, mais la plupart sont des « fuyards » (流窜犯) [13], plus tard appelés « migrants » (盲流), et « employés volontaires pour aider au développement des régions frontalières » (自愿支边人员) : réhabilités et déjà intégrés. 

 

Les tentes servaient en effet de centres de recrutement pour les diverses divisions du Bingtuan, ou pour les usines délocalisées. Weiyaétait un marché de l’emploi à ciel ouvert, où tout le monde pouvait être embauché, même sans papiers. Le Xinjiang, c’était vraiment le Far West ! Mais c’est justement cette politique libérale qui a permis un développement rapide, commente le routier…

 

Finalement, le jeune garçon est recruté pour aller travailler à Hami, comme aide-comptable. Pour y aller, il se fait prendre par un chauffeur, venu lui aussi du Henan, mais lui en 1949 alors qu’il s’était engagé dans l’armée : autre époque et autre génération de migrants.

 

Il restera finalement chauffeur toute sa vie, les changements survenus pendant les vingt années écoulées se mesurant à l’aune des différents camions conduits : soviétique, chinois marque « Libération », tchèque, roumain, et finalement… coréen. Mais sa vie est marquée par une solitude croissante, la Révolution culturelle l’ayant encore accentuée, en enfermant chacun dans la méfiance et le silence.

 

En contrepoint, ses deux mariages fournissent deux portraits féminins tout aussi typiques : la première femmea été contrainte à se marier pour enlever une charge à sa famille après la mort de son père, alors qu’elleétait amoureuse d’un autre « migrant » ; la seconde était une ancienne « jeune instruite » de Shanghai restée seule avec un enfant, ce qui nous vaut une description terrible du sort des « jeunes instruites » comme elle.

 

上海知青的生活我清楚。头一批来新疆的上海知青就是我们车队拉的,全是十七、八的姑娘小伙子。他们在车上举着红旗,唱呀笑呀,见了硝碱地说夏天也下雪,见了毛驴也高兴得不得了。第二年,他们有回家探亲的,坐在我的车上就哭开了。后来,搞了七、八年,“知青”都不年轻了,像她这样的,在人眼里已经成了“羊杠子”,但是住的还是地窝子,吃的还是老咸菜,喝的还是涝坝里的积水……

La vie des “jeunes instruits” de Shanghai, je connais bien. Le premier groupe de ces jeunes arrivés au Xinjiang, c’est notre équipe qui les a transportés. C’étaient des filles et des garçons de 17 ou 18 ans qui, dans le camion, ont déployé des drapeaux rouges et chanté en riant ; en voyant du salpêtre par terre, ils ont dit qu’il neigeait aussi en plein été, dans le coin ; et en voyant des ânes, ils ne se tenaient plus de joie. L’année suivante, j’ai emmené ceux qui rentraient chez eux voir leur famille ; ils ont fondu en larmes dans le camion. Au bout de sept ou huit ans de labeur, les « jeunes instruites » ont perdu leur jeunesse, comme elle ; aux yeux des gens d’ici, elles sont devenues sèches comme des vieilles triques, elles vivent toujours dans des huttes de terre, ont pour toute nourriture de vieux légumes salés, et pour toute boisson l’eau stagnante des réservoirs d’irrigation…

 

D’un réalisme typique de Zhang Xianliang, froid en surface mais recélant beaucoup de chaleur humaine, cette nouvelle estune parfaite introduction à la littérature du Xinjiang et aux différents types de personnes « de l’intérieur » venues y vivre au tournant des années 1960.

 

Elle évoque aussi un autre portrait, un autre cas : celui du « Grand-père du Xinjiang » (《新疆爷》) d’une nouvelle de Xue Mo (雪漠), qui lui, parce qu’il avait été enrôlé de force dans l’armée quand il avait vingt ans, s’est enfui à pied au Xinjiang…

 

L’image qui en ressort est celle d’une région pleine de potentiel, mais difficile à vivre (surtout pour les femmes), où seul un travail acharné et une endurance à toute épreuve permettent de survivre.

 

Mais c’est une région, aussi, qui a laissé des souvenirs impérissables, teintés de nostalgie, à ceux qui y sont restés suffisamment longtemps pour en apprécier les richesses. Cela donne deux types d’auteurs, arrivés au Xinjiang à partir du début des années 1960 : ceux qui sont partis volontairement, non poussés par la famine, mais portés par l’enthousiasme de l’époque, comme Lu Tianming (陆天明), et ceux qui y ont été déportés, envoyés en exil comme sous la dynastie des Qing, et l’exemple le plus célèbre est celui de Wang Meng (王蒙).

 

Le Xinjiang comme pays de cocagne

 

Lu Tianming est un cas extrême de l’enthousiasme collectif, une sorte de ferveur gidienne, soigneusement entretenue par les mots d’ordre du Parti, qui a poussé des hordes de jeunes à abandonner leur famille et leur école pour aller vivre dans des villages reculés de l’intérieur.

 

Cas extrême, d’abord, parce qu’il est parti très jeune, à quatorze ans, dans le cadre d’une première campagne, lancée en 1957, appelant les jeunes ayant terminé leurs études secondaires à partir poursuivre leur

 

Lu Tianming au Xinjiang

formation auprès des paysans pauvres. Sa première destination a été l’Anhui. Ce n’est qu’en 1964 qu’il est ensuite parti au Xinjiang, cette fois dans le cadre d’une campagne de recrutement menée par le cadre alors responsable du bureau de mise en valeur de la région, Wang Zhen (王震). Il rejoint alors une ferme militaire du Bingtuan pour travailler au sein d’une équipe de défrichage, selon le principe de base du Bingtuan : « construire la région frontalière, et la défendre » (建设边疆,保卫边疆). 

 

La vie est difficile, car la nourriture est encore à base de farine de maïs, et les journées de travail sont longues et laborieuses. Pour animer un peu les quelques soirées qu’ils ont de libre, il raconte à ses camarades des histoires qui forment le matériau de diverses nouvelles écrites par la suite. Mais leur expérience de « jeunes instruits » partis avec enthousiasme est le sujet de la pièce de théâtre qui l’a fait connaître, publiée en 1973 et représentée à Xi’an puis en tournée en 1974-1975 : « Mettre les voiles sur dix mille lis » (《扬帆万里》).

 

Elle reflète sa conviction d’alors que ce qu’il y avait de mieux à faire pour des jeunes comme lui était de partir au Xinjiang pour aider au développement de la région et améliorer l’existence des paysans, et elle a eu un impact considérable sur les jeunes envoyés dans tous les coins du pays à la fin des années 1960.

 

Le succès de la pièce a motivé le retour de Lu Tianming à Pékin, d’abord pour la mettre en scène. Il est donc rentré avant le retour massif des autres zhiqing, et il a eu la chance d’avoir tout de suite un emploi. Son retour a donc été relativement moins dur que pour d’autres, mais a nécessité une difficile période d’adaptation, pour surmonter la prise de conscience de l’absurdité du mouvement massif d’envoi de jeunes à la campagne auquel il avait participé. Son regard rétrospectif est critique, même s’il n’est pas totalement négatif et si son ton n’est jamais amer.

 

Le soleil des hauteurs de Sangna

(édition 1987)

 

Dans les nouvelles et romans écrits dans les années 1980, dont le roman le plus célèbre, « Le soleil des hauteurs de Sangna » (《桑那高地的太阳》), publié en 1987, il montre bien les aberrations du système, et surtout le caractère fallacieux de l’idéalisme qui en est le fondement. Il décrit les jeunes absorbés par l’environnement rural, engloutis par une expérience dont ils devaient tirer de l’enseignement ; il en fait un symbole de la ville vaincue par la campagne. C’est un sentiment d’autant plus fort chez lui que, lorsqu’il est revenu voir ses camarades restés sur place, il s’est rendu compte qu’ils n’avaient aucun espoir de pouvoir en sortir, les uns s’étant mariés sur place, les autres ayant un statut de travailleurs modèle les attachant à leur unité [14].

 

Par la suite, dans les années 1990, Lu Tianminga publié une série de quatre romans qui s’inscrivent dans le cadre de la « littérature anti-corruption », la corruption étant une autre trahison de ses idéaux de jeunesse.

 

Il y a donc une grande différence entre sa génération, la première vague des zhiqing, et les jeunes de la seconde vague, celle ayant répondu à l’appel de Mao à la fin des années 1960, au moment de la reprise en main du pays après le chaos provoqué par les Gardes rouges et l’incohérence des mouvements politiques. Ceux-ci sont revenus en ville dans des conditions très difficiles de logement et d’emploi, après la fin de la Révolution culturelle, surtout à Shanghai, comme l’a si bien dépeint Wang Anyi (王安忆) dans l’une de ses nouvelles publiées en 1981 : « Terminus » (本次列车终点).

 

C’est alors que leur vie à la campagne pendant les dix années précédentes leur est apparue sous des jours quasiment idylliques, comme une sorte de paradis perdu, plus ou moins réinventé dans la lumière dorée du souvenir, où le quotidien était spartiate mais avait la saveur de l’authentique et une grande profondeur humaine.

 

Il y a peu d’écrivains partis au Xinjiang dans cette vague. Mais on retrouve une même nostalgie rétrospective chez Wang Meng (王蒙), grand exilé du Xinjiang qui a en outre la caractéristique d’y avoir appris la langue ouïgoure et d’être capable de la lire et de la parler, chose rarissime chez les autres écrivains han qui ont vécu et vivent au Xinjiang,

 

Le Xinjiang comme exil tonifiant

 

Après une première condamnation comme droitier en 1958 et un court répit en 1961, Wang Meng est à nouveau condamné en 1963, et cette fois à la déportation au Xinjiang, où ila passé quinze ans, jusqu’en1978.

 

Il est d’abord affecté à une brigade de production de la commune de Bayandai (巴彦岱公社), un district de la ville de Ghulja, ou Yining (伊宁), dans la préfecture autonome kazakhe d’Ili (伊犁哈萨克自治州), sur la route Ili-Urumqi, non loin de la frontière du Kazakhstan. C’est la simplicité de la vie et la chaleur des relations humaines dans le village, au milieu des paysans ouïgours, qui lui a

 

Wang Meng à Bayandai à l’occasion de la sortie

du film « Bayandai », en décembre 2014

rendu la vie supportable et l’a tiré de son désespoir en lui redonnant optimisme et joie de vivre, a-t-il expliqué. 

 

Il a dit avoir aussi été soutenu par la poésie classique, en particulier par l’ombre des poètes Tang Li Shangyin (李商隐) et Li He (李贺), tous deux grands poètes qui ont échoué dans leurs carrières à la cour en raison de luttes de faction, mais qui, malgré leurs déboires politiques, ont quand même vu leurs poèmes reconnus par leurs contemporains. Les œuvres de Li Shangyin, en particulier, étaient appréciées pour leurs ton à la fois satirique et humoristique ; c’est l’humour, aussi, que Wang Meng en est venu à apprécier chez ses amis ouïgours dont il apprenait la langue, et qu’il a utilisé dans ses nouvelles.

 

En 1973, quand il est nommé au département de la culture du Xinjiang, il continue l’apprentissage de la langue et fait des traductions. Cette immersion dans la culture ouïgoure lui a donné une grande sensibilité à la vie locale, qui se traduit dans ses nouvelles. Comme il l’a déclaré dans une conférence intitulée « Wang Meng et Ili » (《王蒙与伊犁》), à l’Université normale d’Ili en avril 2013, c’est cela qui lui a fait apprécier la chaleur d’une amitié sans restreinte et les plaisirs d’une ironie subtile, outre la joie de travailler de ses mains.

 

C’est après à son retour à Pékin, dans les années 1980, qu’il a publié des nouvelles inspirées de sa vie au Xinjiang, de l’humour local, et du retour en ville. L’une des premières, publiée en 1980, « Les rubans du cerf-volant » (《风筝飘带》) [15], dépeint les rêves d’une jeune fille revenue « en ville », en 1975 (comme Lu Tianming), sans savoir trop pourquoi, pour sa mère, sa grand-mère, peut-être, ou plutôt ses non-rêves car elle ne rêve plus, depuis 1970… amertume et désenchantement du retour.

 

Il a ensuite dressé des portraits très vivants, dont Mohammed Ahmed ou son menuisier ouïgour spécialiste de la langue de bois : le ton a viré à la satire. En 1989, une autre nouvelle est une satire d’un ton tout différent. Intitulée « Dur gruau » (《坚硬的稀粥》) (ou « Dur, dure le brouet » dans la traduction de Françoise Naour) [16], elle décrit une famille chinoise, celle du narrateur, qui, dans un esprit de modernisation conforme à l’époque, décide réformer le processus de décision conduisant au choix du petit déjeuner, et au-delà à la réforme de la gestion des affaires familiales, d’où luttes intestines, débats et délibérations à n’en plus finir… Finalement, dans leurs appartements neufs avec cuisines modernes, tout le monde en revint au brouet de riz, beignets sautés et porc à la sauce de soja, avec ou sans soupe selon l’inspiration de la mère, « comme au bon vieux temps ».

 

L’humour est teinté d’une ironie sarcastique, avec un couplet sur la Démocratie comme source de tous les problèmes et arguties, et, si le menu immémorial est chinois, il vient en contrepoint des textes de Wang Meng sur la cuisine de la région d’Ili. C’est comme si, après le difficile retour « en ville », Wang Meng en revenait à l’humour de ses amis ouïgours, qu’il a souvent commenté.

 

Ainsi, dans un livre d’entretiensavec différents auteurs chinois publié en 1992 [17],  il explique : « Les armes que j’ai trouvé utiles sont la satire et l’humour. Dans la préface à « Anecdotes du chef de section Maimaitai », je défends que l’humour est un élément vital de la vie ; l’humour du chef de section a quelque chose de AQ, douloureux mais suscitant la sympathie. Le rire absurde est une forme de protestation contre une vie absurde. … Je pense vraiment que nous avons assez pleuré et que le rire est une forme d’expression plus sophistiquée et complexe que les pleurs. » (ma traduction)

 

Wang Meng, Le paysage ici

 

Mais son plus bel hommage au Xinjiang était resté dans un tiroir. Il avait commencé dans les années 1960, puis, juste avant de revenir à Pékin, en 1978, avait terminé un long roman de plus 700 pages en souvenir de ses quinze années dans la préfecture d’Ili, « Le paysage ici » (《这边风景》), mais le livre n’avait jamais été édité.Les enfants de Wang Meng l’ont retrouvé ; il l’a révisé et publié, en deux volumes, en 2013, et, en 2015, le romana été l’une des œuvres lauréates du 9ème prix Mao Dun, un prix décerné à l’exilé autant qu’à l’écrivain.

 

C’est un regard rétrospectif du Wang Meng de 79 ans sur l’univers du Wang Meng de 29 ans, un tableau vivant et coloré que l’on a comparé au célèbre rouleau des Song « Le Jour de Qingming le long de la rivière » (《清明上河图》) : il offre en effet une vision panoramique de la vie au Xinjiang au début des années 1960, quand Wang Meng a découvert la région, avec plus de 80 personnages de quatorze groupes

ethniques différents. Les dialogues sont particulièrement vivants : Wang Meng a dit les avoir pensés en ouïgour et traduits en chinois.

 

Cet ouvrage est à la fois une peinture et un chant épique de la vie dans les marges du Xinjiang il y a cinquante ou soixante ans ; c’était un moment particulièrement difficile, pour la région comme pour le pays, et pourtant il déborde de passion et d’amour de la vie, qui sont – selon ses propres dires - les meilleurs cadeaux et le meilleur enseignement que les habitants, toutes ethnies confondues, lui ont apportés.

 

Aujourd’hui, Wang Meng est admiré par la nouvelle génération des écrivains han du Xinjiang, le poète Shen Wei (沈苇), par exemple,mais aussi par les intellectuels ouïgours, qui célèbrent son esprit humaniste. Un musée a été ouvert en son honneur près de Ghulja… 

 

II.b Tournant des années 2000 : les natifs et les implantés

 

Au tournant des années 2000 est apparue une nouvelle génération d’écrivains chinois qui peuvent être définis comme « écrivains du Xinjiang » à part entière : certains y sont venus très jeunes, soit seuls, de leur plein gré, soit avec leur famille, certains même y sont nés, et le Xinjiang est devenu pour eux le « pays natal » (故乡) cher au cœur de tout Chinois.

 

Le Xinjiang comme pays natal

 

Les écrivains qui sont nés ou ont grandi au Xinjiang sont, pour beaucoup, nés dans des familles venues travailler là au début des années 1950, très souvent dans le cadre du Bingtuan.

 

C’est le cas de Dong Libo (董立勃). S’il est né en avril 1956 à Roncheng (荣成), dans le Shandong, il a grandi dans une ferme du Bingtuan, en bordure du désert de Gobi. Sa mère a été l’une des premières femmes soldats arrivées là au début des années 1950 ; il se considère comme un autochtone.

 

Dong Libo

 

Bai Dou

 

Diplômé de sciences politiques de l’université normale du Xinjiang où il est entré en 1979, il a ensuite reçu une formation littéraire à l’Institut Lu Xun. En 1986, il est secrétaire du bureau de la culture du département de propagande de la ville de Karamay quand la ville est choisie par Mo Yan et trois de ses camarades comme but d’une excursion pendant les vacances d’été. Invité à donner une conférence pendant son séjour, Mo Yan souligna que Karamay lui semblait aussi magique que sa propre ville natale, et que les travailleurs des sites de forage pétrolier étaient les héros modernes dont il serait intéressant de raconter la vie.

 

Dong Libo, lui, a préféré dépeindre la vie rurale, qui a longtemps été la sienne. Mais il était alors encore peu connu. Sa carrière décolle vraiment en 2003 quand est publié, dans la revue Dangdai (《当代》) d’abord, son roman

« Bai Dou» (《白豆》) qui est couronné du prix Tianshan. Il est suivi l’année suivante d’un second roman, « Mi Xiang » (《米香》), qui est comme un autre volet du premier et qui a été adapté au cinéma. Les deux romans ont consacré Dong Libo comme l’un des auteurs en vue du Xinjiang.

 

Liu Liangcheng (刘亮程), lui, est né au nord du Xinjiang en 1962, dans un village du district de Shawan (沙湾县) au bord du désert de Gurbantünggüt, dans le bassin de Dzoungarie.

 

Il a été fermier et pasteur avant de publier, en 1998, le recueil d’essais qui l’a fait connaître : « Un village d’un seul homme » (《一个人的村庄》), qui est comme une encyclopédie du village qui l’a vu naître. Il décrit le village et les bruits qui lui sont propres, ceux des animaux et des plantes, autant que ceux des hommes, qui

 

Liu Liancheng

parviennent à dominer celui du vent qui souffle sur les milliers de kilomètres sans rencontrer d’obstacle. Mais soudain le bruit assourdissant d’un avion vient couvrir tous les autres, comme un symbole implacable de l’impact dévastateur de la modernisation.

 

Au Xinjiang

 

A partir du tournant du siècle, Liu Liangcheng a publié un à deux titres par an, sur des sujets semblables, et il y a gagné le titre de « philosophe de village » ou d’« écrivain bucolique », au meilleur sens du terme, celui de Virgile. Début 2012, il a publié un autre recueil d’essais, simplement intitulé « Au Xinjiang » (《在新疆》), qui poursuit la réflexion débutée quinze ans plus tôt, avecici le « pays natal » pour thème principal. Il a une façon bien à lui de parler avec réalisme du paysage, des coutumes, de ses amis et de sa famille et de raconter des anecdotes en allant au plus profond du contexte historique et spirituel de chacune des histoires contées.

 

Il a écrit un essai intitulé « Combien de temps faut-il vivre quelque part pour pouvoir considérer cet endroit comme chez soi ? ». De toute évidence, il s’est longtemps posé la question, mais il semble avoir maintenant une réponse…

 

Cette question identitaire est centrale, aussi, chez ceux qui sont venus jeunes au Xinjiang, et n’en sont plus repartis, ou l’ont gardé au cœur comme second « pays natal » après y être restés longtemps.

 

Le Xinjiang comme pays d’élection

 

Beaucoup ont choisi de partir au Xinjiang à la fin des années 1980, comme d’autres sont partis au Tibet, par esprit de découverte d’un pays lointain et encore mystérieux ; ceux qui ont fait le voyage du Xinjiang sont moins connus.

 

Hong Ke (红柯) est l’un de ceux-ci. Né en 1961 dans le Shaanxi, il a terminé ses études universitaires en 1985 et, en 1986, a réalisé son rêve : partir au Xinjiang où il est resté dix ans, à Kuitun (奎屯), dans la même préfecture autonome kazakhe de Ili que celle où était Wang Meng. C’est la vie aux confins du désert - traitée en vastes fresques sur fond d’histoire - qui est sa principale source d’inspiration bien qu’il soit revenu vivre dans le Shaanxi.

 

Hong Ke dans les monts Tianshan

 

La tempête de sable de Kalabu

 

C’est un auteur prolifique, mais ce sont ses romans qui l’ont fait connaître. A partir de 2002,pas moins de quatre d’entre eux ont fait partie, quatre années de suite, de la présélection pour le prix Mao Dun. « Le cavalier parti à l’Ouest » (《西去的骑手》), « Urho » (《乌尔禾》) [18], et « L’arbre du destin » (《生命树》) ont été présélectionnés lors des 6ème, 7ème et 8ème prix Mao Dun, et les deux derniers ont été traduits en ouïgour et en kazakh.

 

En 2015 encore, son roman « La tempête de sable de Kalabu » (《喀拉布风暴》), publié en 2013, a été présélectionné pour le 9ème prix Mao Dun, en même temps que « Le paysage ici » de Wang Meng. Emprunté au nom des tempêtes de sable noires typiques des déserts du nord du Xinjiang, le titre du roman renvoie aussi, de façon symbolique, à l’amour tumultueux entre les six personnages dont le récit raconte l’histoire.

 

Shen Wei (沈苇) est un autre écrivain parti au Xinjiang à la fin des années 1980, mais lui est poète. Né en 1965 dans le Zhejiang, il est parti au Xinjiang en 1988 comme enseignant, à la fin de ses études universitaires de littérature chinoise. Pendant plus de dix ans, il a écrit des poèmes dont il a publié des recueils à partir de 2002. C’est alors qu’il a entrepris un long voyage dans la quasi-totalité de la région.

 

C’est la vision globale que lui a donnée ce périple au long cours qu’il a approfondie pour en faire une sorte d’encyclopédie poétique : « Le Dictionnaire du Xinjiang » (《新疆词典》), publié en 2005 et généralement considéré comme un chef d’œuvre de justesse et de sensibilité. Il l’a révisé dix ans plus tard, pour l’actualiser, et prévoit de le réviser encore dans les dix prochaines années : c’est une œuvre en devenir.

 

Shen Wei

 

Le Dictionnaire du Xinjiang

 

Bien que natif du Zhejiang, Shen Wei est reconnu comme une voix authentique de la région, par les écrivains « autochtones » eux-mêmes, comme la romancière kazakhe Yerkesy Hulmanbiek. Il y a là un phénomène d’assimilation, qui est intégration de l’intérieur, et se traduit dans l’identité même de l’auteur : Shen Wei est à cheval entre deux mondes, comme la grenouille de son Dictionnaire, partie à l’aventure défier son destin, et conservant dans la chaleur du désert le minimum d’humidité lui permettant de survivre…

 

Son Dictionnaire est comme lui : un poème hybride. Mais c’est cette hybridité qui fait la richesse de Shen Wei et la profondeur de son œuvre.

 

 

Un autre exemple d’hybridité réussie est la jeune romancière Li Juan (李娟), écrivain han en pays kazakhe qu’elle a fait sien. Li Juan est née au Xinjiang, en 1979, elle aussi dans la préfecture autonome kazakhe de Ili, et dans un village qui dépendait de la division agricole de Kuitun du Bingtuan… petite dernière d’une nombreuse fratrie.

 

Mais sa famille était originaire du Sichuan et c’est là qu’elle a passé onze années avant de revenir « chez elle », au Xinjiang. Ses nombreux changements d’adresse lui ont donné la phobie des déménagements : elle vit maintenant solitaire à Kanas (喀纳斯), dans l’Altaï, à l’extrême nord du Xinjiang, en consacrant ses journées à l’écriture, inspirée de la vie autour d’elle. Mais son Xinjiang est un monde de rêve, nourri de légendes, et enrichi par son imaginaire, qui se rapproche de celui de Shen Wei par sa sensibilité poétique.

 

Li Juan

 

Mon Altaï (comme un rêve

sur un petit nuage)

 

En 2012, cependant, elle a fait une nouvelle expérience. Bien que ne parlant toujours pas leur langue, elle est allée passer l’hiver sous la tente avec une famille de pasteurs kazakhs, et en a rapporté matière à un livre : « Pâturages d’hiver » (《冬牧场》), publié en juin 2012, et complété par la trilogie de « La voie du mouton » (羊道三部曲). Une sorte de « Printemps et Automnes » de la vie nomade en pays kazakh.

 

On a donc ainsi un paysage littéraire de plus en plus diversifié, avec des auteurs bien intégrés dans la réalité locale, mais sans perdre leur personnalité et leur sensibilité propres.

 

Il faut maintenant y ajouter toute une autre catégorie d’auteurs qui ont émergé en même temps, au tournant du 21ème siècle, sous l’influence d’initiatives d’ordre littéraire, mais répondant en grande partie à des considérations

politiques : les écrivains non han de la région. La littérature du Xinjiang apparaît ainsi désormais comme une littérature aux voix multiples : une littérature plurielle reconnaissant la valeur des cultures locales longtemps ignorées. 

  

III. La littérature du Xinjiang au vingt-et-unième siècle : une littérature plurielle

 

Depuis le début du 21ème siècle, le Xinjiang a pris une importance stratégique accrue dans le cadre du repositionnement de la Chine comme acteur de premier plan en Asie centrale, et la littérature de la région est l’un des éléments de la politique de développement régional que le gouvernement chinois a mis progressivement en place dans ce contexte.

 

Contexte géopolitique

 

Une première campagne a été lancée en 2001 : « Le grand développement des régions de l’Ouest » (西部大开发) – l’Ouest comprenant également le Tibet. Comme toujours, le choix des termes est significatif : il n’est plus question de « nouvelle frontière », on en revient à l’ancien concept de « région de l’Ouest » utilisé sous la dynastie des Qing, qui évoque la politique de l’empereur Qianlong déclarant à ses détracteurs que le Xinjiang faisait partie de « lintérieur » (nèidì 内地). Par ailleurs, le terme de dà kāifā 大开发 évoque l’"ouverture" d’une région au sens pionnier, une politique de mise en valeur à grande échelle de régions encore peu exploitées.

 

La campagneprévoit en premier lieu le développement des infrastructures. Le Xinjiang n’abrite encore que 2 % de la population chinoise, mais, le Xinjiang étant défini comme un axe stratégique et un point névralgique dans la région, les nouvelles routes et voies de chemin de fer sont des invitations à l’immigration, comme dans le passé.Celle-ci, cependant, a bousculé les données de peuplement : selon les statistiques officielles, de 1949 à 2008, la proportion de population han est passée de 6,7 % (220 000) à 40 % (8,4 millions).

 

 

 

Promotion de la stratégie « One Belt, One Road »

 

 

C’est le changement démographique le plus important intervenu en Chine depuis la fondation de la République populaire, mais ce sont des données globales qui ne reflètent pas la réalité du terrain, avec une grande disparité nord-sud, et des poches urbaines bien plus importantes, le tout étant source de tensions dégénérant en émeutes et attentats.

 

Depuis lors, le gouvernement chinois a lancé une nouvelle stratégie de développement intitulée « One Belt, One Road » (一带一路), qui a été dévoilée à l’automne 2013. Elle vise à promouvoir la coopération politique et économique le long d’une nouvelle Route de la soie, sur terre et sur mer : celle sur terre reprend l’ancien trajet des caravanes vers l’Asie centrale, le Moyen Orient et de là vers l’Europe, celle sur mer sillonne la mer de Chine du sud, le Pacifique-sud et l’océan Indien… Le Xinjiang est au centre des projets liés à la route terrestre.

 

One Belt, One Road, mais route terrestre et route maritime

 

Chose inédite, le programme est doublé d’un projet culturel, dit « Silk Road Fragrant Books Project » (丝路书香工程) qui comporte en particulier, pour la période 2014-2020, tout un programme de traductions croisées d’œuvres littéraires des pays le long de la nouvelle Route. La littérature est promue comme élément de soft power.

 

Redécouverte et promotion des littératures non han

 

Dans ce contexte géopolitique, la littérature des « minorités » du Xinjiang bénéficie d’une attention particulière, promue comme expression à la fois de la nationalité (民族性) et du monde contemporain (当代性) dans sa diversité. Il s’agit, selon les termes officiels, de « faire sortir [cette littérature] de la yourte pour l’ouvrir sur le monde » (从小毡房走向大世界) [19].

 

Fei Xiaotong

 

On a ainsi remis à l’honneur le concept de “diversité dans l’unité nationale chinoise” introduit dans les années 1980 par le sociologue Fei Xiaotong (费孝通). Interdit d’enseignement de 1957 à la fin des années 1970, il a ensuite joué un rôle de premier plan dans le développement de la sociologie et de l’anthropologie (il a été chargé, entre autres, de la réorganisation de la section de sociologie de l’Académie des sciences de Pékin). Il est connu en particulier pour son travail 

sur les groupes ethniques en Chine, dont il a résumé les grandes lignes en 1988 dans sa conférence

donnée dans le cadre des Tanner lectures à Hong Kong : « Unité et diversité dans la configuration de la nation chinoise » ou « diversité dans l’unité structurelle de la nation chinoise » (《中华民族多元一体格局》) [20].

 

Depuis 2010, divers programmesde traduction ont été lancés pour faire connaître les grands textes des littératures non han du Xinjiang, à commencer, en 2011, par un ambitieux projet de publication de textes historiques et littéraires, le « Xinjiang Archives » (新疆文库). Il prévoyait de publier mille volumes en dix ans, en mandarin, mais aussi dans les autres langues de la région, ouïgour, kazakh, mongol, kirghiz, ou encore xibe. Cependant, en janvier 2015, selon un rapport de l’Association des écrivains [21], seuls 26 volumes avaient été publiés, dont une version en langue mongole de l’épopée de Jangar, et « Onze carnets de voyage des anciennes Régions de l’Ouest » (《古西域行纪十一种》).

 

En 2013 (donc parallèlement au développement de l’axe stratégique « One Belt, One Road »), c’est un autre vaste projet de publication de traductions en mandarin qui a été

lancé par le gouvernement chinois – destiné à mettre à disposition des lecteurs chinois des « sélections de textes traduits en mandarin de la littérature contemporaine des ethnies minoritaires chinoises » (中国当代少数民族文学翻译作品选粹, abrévié en 民译汉) - ce qui représente une nouveauté, les traductions étant jusqu’ici plutôt en sens inverse. 

 

Pour le Xinjiang, deux recueils ont déjà été publiés :

- un recueil en trois volumes de nouvelles et poésies ouïgoures (维吾尔族卷(上中下)), plus de 1 100 pages au total, dont 31 récits de fiction sur les 700 premières pages.

- un recueil de 374 pages et 41 textes d’écrivains kazakhs (哈萨克族卷), publié en décembre 2014 par les presses de l’Association des écrivains, et comportant vingt récits de fiction, quatre essais sanwen, et 17 poèmes [22].

 

En septembre 2015, une communication du bureau du Conseil d’Etat sur « l’égalité ethnique, l’unité et le développement du Xinjiang » comportait un point n° 5 sur les efforts entrepris pour la « promotion de la prospérité culturelle » [23], et tout particulièrement pour développer les infrastructures culturelles et préserver les sites. Il faut noter dans ce cadre trois demandes d’inscription sur la liste de l’héritage culturel immatériel de l’Unesco, dont l’épopée de Manas (poème épique kirghiz) et le Meshrep (littérature orale, musique et arts du spectacle traditionnels ouïgours) – ce dernier y a été inscrit en novembre 2010.

 

 

Les onze récits de voyage

des Régions de l’Ouest

 

Recueil de traductions de textes ouïgours

 

Recueil de traductions de textes kazakhs

 

Appropriation des grandes épopées

 

Encyclopédie de l’héritage culturel immatériel de la Chine

 

Il est significatif que, parmi les trois grandes épopées revendiquées par la littérature chinoise aujourd’hui, deux sont originaires du Xinjiang, la troisième étant l’épopée tibétaine du « Roi Gésar » (《格萨尔》). Le premier volume de l’« Encyclopédie de l’héritage culturel immatériel de la Chine » (中国非物质文化遗产百科全书》), publié en juin 2015, est justement consacré à ces trois grandes épopées orales (《史诗卷》).

 

Pour le Xinjiang, l’une est l’épopée de Manas (《玛纳斯史诗》), poème épique kirghiz qui conte la lutte du héros Manas et de ses fils et petit-fils pour résister aux ennemis et unifier leur peuple.

Un manuscrit copié dans les années 1950 et sauvé pendant la Révolution culturelle a été donné fin de 2015 à la branche locale de la Fédération nationale chinoise des lettres et des arts. L’épopée est considérée comme un important élément de la « littérature de la Route de la soie », et suscite donc un nouvel intérêt.

 

L’autre épopée est l’épopée mongole de « Jangar » (《江格尔史诗》), qui est réputée avoir ses racines au Xinjiang, dans le district autonome mongol de Hoboksar (和布克赛尔蒙古自治县). Il s’agit d’un récit accompagné de danses remontant au 15ème siècle qui raconte la lutte entre le monstre Manguset le héros Jangar : à la tête d’une armée de huit mille braves, il parvient à vaincre le monstre et à libérer son pays de l’oppression.

 

Ce nouvel intérêt vient rompre le tabou dont ces œuvres étaient frappées sous les régimes communistes, que ce soit en Chine ou en Union soviétique : elles étaient considérées comme des menaces potentielles car, en glorifiant le passé, elles véhiculaient des histoires susceptibles de réveiller l’orgueil national des peuples concernés et de leur fournir des bases identitaires dangereuses pour l’unité nationale.

 

En Chine, le problème est donc aujourd’hui résolu en proposant une nouvelle vision de ces grands cycles épiques, formellement revendiqués comme « chinois » depuis quelques années : le terme consacré de « trois grandes épopées des minorités ethniques chinoises » (中国少数民族的三大史诗) a tendance à être synthétisé pour devenir « les trois grandes épopées chinoises » (中国三大史诗). La littérature est plus que jamais un élément majeur de communication idéologique et politique.

 

Les épopées de Jangar et de Manas sont maintenant l’objet d’études en Chine. Ainsi, un chercheur d’origine

 

 

Recherches sur l’épopée de Manas

 

L’épopée de Jangar,

édition en mongol, 2011

mongole, directeur adjoint de l’Institut de littérature ethnique dépendant de l’Académie chinoise des sciences sociales, Chao Gejin (朝戈金), a publié une étude sur l’épopée de Jangar : « Le cycle épique oirat de Jangar » [24].

 

Il y a par ailleurs tout un programme de promotion de la littérature contemporaine du Xinjiang, avec des prix spéciaux pour les écrivains, toutes ethnies confondues (prix Junma, prix Tianshan…), mais la nouveauté porte surtout sur la promotion des écrivains non han.

 

Promotion des écrivains contemporains non han

 

Depuis le début des années 2000, parallèlement à l’éclosion de ce qu’on aurait appelé en d’autres temps une « école » (pài) d’écrivains han du Xinjiang, sont apparus sur la scène littéraire régionale de nombreux écrivains d’ethnies et langues maternelles diverses, même si, pour la plupart, ils écrivent aussi en mandarin. La grande majorité sont ouïgours.

 

Ecrivains ouigours

 

Memtimin Hoshur

 

Parmi les plus âgés, Memtimin Hoshur (买买提明·吾守尔), né en 1944 dans la ville de Ghulja, ou Yining (伊宁) où il a aussi grandi, a recommencé à publier au début des années 1980, après quelques nouvelles publiées au début des années 1960. Il est connu pour ses nouvelles satiriques dont il a publié une dizaine de recueils depuis une trentaine d’années.

 

L’une des plus célèbres et représentatives, publiée dans un recueil de 1990, est « La dispute de la moustache » (《胡须的风波》) qui ironise sur les contrôles tatillons, voire absurdes, auxquels est soumise la population ouïgoure : « J’ai été surpris d’apprendre que l’on a commencé à enregistrer les hommes qui portent des moustaches. J’ai déjà entendu parler d’enregistrement de foyers, de la population illettrée, des contribuables qui ne paient pas leurs taxes d’enlèvement des ordures ménagères.

Mais je n’avais encore jamais entendu parler d’enregistrement des moustachus. » [25]

 

La nouvelle « Ce n’est pas un rêve » (《这不是梦》) a été adaptée au cinéma [26], mais c’est son roman « La ville submergée par le désert » (《被沙漠掩埋的城市》), publié en 1996, qui est généralement considéré comme son chef-d’œuvre.

 

Né en 1958, Alat Asem (阿拉提·阿斯木) a vécu le développement du Xinjiang des années 1980-1990, marqué par l’exploitation pétrolière, la reconversion agricole et la croissance accélérée de villes comme Shihezi et Karamay, le tout sous l’impulsion du Bingtuan. Ses nouvelles offrent des portraits de riches hommes d’affaires voyageant entre le Xinjiang, Canton ou Shenzhen et Shanghai, avec des fortunes faites dans le commerce ou l’immobilier inondant en retour leur province natale.

 

Une nouvelle comme "Sidik Golden MobOff" (《斯迪克金子关机》), traduite en anglais par Bruce Humes et publiée dans le numéro spécial de Chutzpah/Tiannan consacré au Xinjiang (voir bibliographie) est une galerie de portraits de personnages hauts en couleur, dominés par ce formidable Ouïgour du titre dont le décès soudain et inexpliqué offre

 

Alat Asem

l’occasion de passer en revue tous ceux autour de lui qui auraient pu vouloir sa mort.

  

Parmi la plus jeune génération, Patigul (帕提古丽) est née en 1965 à Tacheng (塔城), ou Qöqäk en ouïgour, elle aussi dans la préfecture autonome kazakhe d’Ili. Ellea obtenu le premier prix littéraire du développement du Xinjiang avec son essai « Nous dormions en hiver sur la paille », publié dans le recueil des meilleurs essais de l’année 2012.

 

Elle travaille maintenant au Zhejiang comme journaliste, et, à travers l’histoire de ses capacités précoces à imiter les Chinois han, sa nouvelle « Vie d’une imitatrice » (《模仿者的生活》) reflète ses tensions identitaires, entre Xinjiang et Zhejiang, ses origines ouïgoures et son statut d’immigrée au « sud de la Chine » [27]. C’est en quelque sorte le parcours inverse de Shen Wei.

 

Poète né en 1964, Exmetjan Osman (艾赫麦提江·奥斯曼) est le fondateur du mouvement de poésie ouïgoure dit gungga, ou "floue", poésie avant-gardiste dont le premier poème a été publié dans le journal littéraire TengriTagh en 1986. C’est un peu l’équivalent de la poésie « obscure » chinoise (朦胧诗) publiée à partir de 1978.

 

Parmi les « post’70’, Nurmuhemmet Yasin, né en 1977,était poète, auteur de trois recueils de poésies, mais aussi de nouvelles. S’il est connu, c’est malheureusement parce que l’un de ses récits, « Le pigeon bleu », publié en 2004 dans la revue littéraire de Kashgar, lui a valu d’être accusé de séparatisme, condamné à dix ans de prison et incarcéré en 2005.

 

« Le pigeon bleu » est l’histoire, contée à la première personne, d’un pigeon bleu capturé par des pigeons d’une autre race et couleur, qui préfère se suicider plutôt que de vivre en captivité [28]. NurmuhemmetYasin serait mort en prison en 2011.

 

Perhat Tursun, le Salman Rushdie ouïgour

 

Autre écrivain controversé, mais pour des raisons religieuses, Perhat Tursun est né en 1969 à Atush, dans le sud du Xinjiang. Sont le roman « L’art du suicide » (《自杀的艺术》), publié en 1999, a été dénoncé comme anti-islamiste et a déclenché de vives controverses témoignant de la résurgence de l’islam dans la région. Perhat Tursun s’est ainsi trouvé au milieu d’un double feu de critiques relevant d’idéologies opposées, islam contre Parti. Dans les années 1980, en effet, ce dernier avait promu des traductions de textes

ouïgours classiques qui avait réveillé l’intérêt de la population locale pour sa culture ; peu à peu, l’islam était apparu comme un facteur identitaire fort. Le roman de Perhat Tursun était arrivé pour mettre littéralement le feu aux poudres.

 

Son cas est ainsi très intéressant. Pour lui, en fait, au début des années 1980, le chinois était apparu comme une ouverture sur la littérature étrangère, à travers les traductions, et il était devenu, au cours de ces années, le centre d’un groupe d’intellectuels ouïgours qui ne parlaient ni l’anglais ni le chinois. Mais, comme dans toute la Chine, ce ferment intellectuel a été balayé par les événements de 1989 à Pékin. Dans les années suivantes, le raidissement de la situation a entraîné une radicalisation de l’islam, celui-ci en venant à être considéré par Pékin comme un ferment de séparatisme.

 

Perhat a été dénoncé par les islamistes comme un renégat, reflétant la scission de la société ouïgoure en deux courants ennemis.Il a recommencé à publier seize ans plus tard, des romans et nouvelles qui poursuivent sa réflexion philosophique sur la vie et la mort ;  il s’est remarié et a deux enfants. Mais le problème ouïgour, lui, n’a fait qu’empirer.

 

Ecrivains kazakhs

 

Deux écrivains kazakhs sortent du lot.

 

L’un est Aydos Amantay, très jeune auteur né en 1989, qui a grandi et étudié à Pékin, ce qui n’a eu de cesse de lui poser des problèmes identitaires, comme il l’a expliqué dans sa nouvelle « Le raté » (《失败者》).

 

L’autre est la romancière Yerkesy Hulmanbiek (叶尔克西·胡尔曼别克), née en 1961 au pied des monts Altaï, qui fait figure de tête de file de la littérature d’expression kazakhe du Xinjiang et exerce une grande influence aussi sur les écrivains han qui vivent dans la même région, Li Juan en particulier.

 

Aydos Amantay

 

Toutes deux apparaissent comme des représentantes symboliques des deux courants qui caractérisent la littérature du Xinjiang aujourd’hui : celle des han, en chinois, et celle des écrivains autochtones, souvent bilingues, et de plus en plus conscients de leur identité, même s’ils sont nés ou vivent ailleurs.

 

Au-delà des problèmes politiques, la littérature du Xinjiang est donc en plein essor et, bénéficiant d’un large éventail de traductions, offre un tableau très varié d’une région aussi riche culturellement qu’elle est importante stratégiquement.

 

 

Bibliographie

 

- Le numéro 11 de la revue de Ou Ning (欧宁) Chutzpah ! Tiannan de décembre 2012 consacré à la littérature du Xinjiang (thème Xinjiang Time 新疆时间).

(Il est malheureusement introuvable et mériterait d’être réédité)

 

- Le site de Bruce Humes « Altaic Storytelling » :

http://bruce-humes.com/

 

 

Note complémentaire

 

Ce programme de traductions de littérature non han du Xinjiang, comme d’autres provinces, est doublé d’un programme de soutien à des productions cinématographiques libellées « films d’ethnies minoritaires » (少数民族电影), maintenant doublé d’un festival (少数民族电影界).

Voir chinesemovies (à venir)

 

Par ailleurs, il existe depuis 2014 un Festival international de cinéma de la Route de la soie (丝绸之路国际电影节) dont la 1ère édition s’est tenue cette année-là à Xi’an du 20 au 24 octobre.
Sur l’origine de ce festival et sa 1ère édition, voir : http://www.chinesemovies.com.fr/actualites_206.htm

 

 


[1] La « pacification » avait commencé en fait sous l’empereur Yongzheng, parce que la résurgence de la puissance des Dzoungars au début du 18ème siècle remettait en cause le contrôle du Tibet. Qianlong a voulu en finir une fois pour toute avec cette menace, d’où l’ampleur de la répression. La campagne contre les Dzoungars a été suivie d’une campagne contre les Turcs islamisés du sud du Xinjiang en 1758-59, achevant la « pacification » de la région.

[2] L’un des quatre « circuits » du Xinjiang instaurés après la création de la province pour en faciliter l’administration. 

[3] Lin Zexu voulait avoir une meilleure connaissance de l’étranger, pour justifier sans doute son opposition à l’ouverture de la Chine ; il a donc fait des recherches et collecté un grand nombre de documents sur la géographie et l’histoire mondiales. Il les a confiés à Wei Yuan qui s’en est servi pour rédiger son Traité illustré, publié en 1843.

[4] C’est-à-dire 1891.

[5] Après Yang Guan (阳关) sous les Han et Yumen Guan (玉门关) sous les Tang.

[6] Voir :The Chinese Literary Conquest of Xinjiang, L. J. Newby, Modern China, Vol. 25, No. 4 (Oct., 1999), pp. 451-474

[7] Un autre exilé célèbre de la même époque est Liu E (刘鹗), célèbre pour son roman satirique écrit en 1905 « Les Voyages de Lao Can » (老残游记), mais aussi homme d’affaires et archéologue qui fut l’un des premiers à s’intéresser aux os oraculaire (甲骨片), sa fortune lui permettant d’en acquérir toute une collection. Ce que l’on sait moins, c’est que, en 1908, pour avoir indisposé l’empereur, en particulier pour avoir permis à des firmes étrangères d’investir dans les mines de fer qu’il avait ouvertes, ses biens furent saisis, et il fut exilé au Xinjiang ; mais il mourut paralysé l’année suivante, il n’a donc pas eu le temps de laisser d’écrits sur la région.

[8] Dihua, c’est-à-dire la vieille ville de Luntai, rebaptisée ainsi en 1763, après sa croissance à la suite de la politique menée par l’empereur Qianlong afin de développer la région après le massacre des Dzoungar…

[9] Cité parJia Jianfei dans Whose Xinjiang ? The Transition in Chinese intellectuals’ imagination of the “New Dominion” during the Qing dynasty, p. 14 (voir Bibliographie).

[11] Texte chinois, en six parties : http://www.kanunu8.com/book/4089/

La nouvelle a été adaptée au cinéma en 1984.

[12] Dans son article « An Outsider’s Inside Look at Xinjiang », Tao Tao Homes, qui a enseigné un an à Shihezi, cite un cas semblable : un vieil homme de 70 ans qui ramassait les ordures de son immeuble ; il était arrivé là en 1960, à l’âge de seize ans, du Henan où son père et ses trois sœurs étaient morts de faim…

http://www.huffingtonpost.com/china-hands/an-outsiders-inside-look_b_9856680.html

[13] Littéralement coupables de fuite car il était interdit de quitter son lieu de résidence.

[14] C’est un sujet semblable qui est traité par Wang Xiaoshuai (王小帅) dans « Shanghai Dreams » (《青红》) et « Red Amnesia » (《闯入者》) : le cas des jeunes travailleurs déplacés dans le cadre de la politique de la « troisième ligne de défense », à partir de 1964.

Shanghai Dreams : http://www.chinesemovies.com.fr/films_Wang_Xiaoshuai_Shanghai_Dreams.htm

Red Amnesia : http://www.chinesemovies.com.fr/films_Wang_Xiaoshuai_Red_Amnesia.htm

[15] Nouvelle traduite par Françoise Naour, publiée dans l’anthologie Les rubans du cerf-volant, Gallimard Bleu de Chine 2014, pp. 39-74.

[16] Traduction publiée dans Perspectives chinoises, 1992 vol. 2 n° 1, p. 48-55.

[17] Modern Chinese Writers : Self portrayals, ed. by Helmut Martin and Jeffrey C. Kinkley, M.E. Sharpe 1992.

p. 54 Banished to Xinjiang :Wang Meng

[18] Selon la transcription de Bruce Humes.

[19] Extrait de la présentation d’un recueil de textes de la romancière kazakhe Yerkesy Hulmanbiek : « Le retour du cheval noir » (《黑马归去》), paru en 2006.

[20] Selon lui, l’unité nationale s’est faite autour des Huaxia (华夏), devenus un véritable groupe ethnique sous la dynastie des Qin : les Han. Constitués en société agricole stable, ils ont au cours des siècles formé un force centripète attirant et assimilant les nomades des frontières, au nord et nord-ouest de l’empire.

[24] A lire en ligne (en anglais) : http://journal.oraltradition.org/files/articles/16ii/Chao.pdf

Sur les épopées de Manas et Jangar, leur sort pendant la Révolution culturelle, la revendication comme épopées chinoises et les recherches actuelles, voir le spécialiste de la littérature chinoise non han, Bruce Humes :

Sur Jangar : http://bruce-humes.com/?s=jangar

Sur Manas : http://bruce-humes.com/archives/9827#more-9827

[26] Et traduite en anglais par Robert Peace. 1ère partie de la traduction :

https://uyghurche.net/2015/04/26/memtimin-hoshur-this-is-not-a-dream-part-1/

[27] Voir la traduction, par Jim Weldon, à lire en ligne :

http://www.asymptotejournal.com/nonfiction/patigul-life-of-a-mimic/


 

 

 

 

 

 

 

 

     

 

 

 

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