Repères historiques

 
 
 
     

 

 

La littérature chinoise après 1979

I.  Les années 1980 : renaissance de la littérature

2. Les grands mouvements littéraires

c) Fin des années 1980 : La littérature d’avant-garde

par Brigitte Duzan, 19 avril 2016

 

Après les divers mouvements littéraires qui se sont succédé à la suite de la Révolution culturelle, de la « littérature des cicatrices » (伤痕文学) à la « littérature de recherche des racines » (寻根文学), un nouveau mouvement émerge dans la seconde moitié des années 1980, et prend forme à partir de 1987 : une brillante « littérature d’avant-garde » (Xiānfēng wénxué 先锋文学) qui est aussi une littérature expérimentale (Shíyàn wénxué 实验文学).

 

Bien qu’on la désigne parfois du nom d’« école » (Xiānfēng pài 先锋派), c’est plutôt un mouvement spontané, sans manifeste, qui prend autant de formes que d’auteurs, la diversité de styles et de modes d’expression étant une réaction contre la discipline unitaire imposée aux écrivains pendant la période maoïste. Sa caractéristique essentielle est une irrévérence radicale envers l’histoire et la culture, une rupture radicale et iconoclaste avec la tradition et les conventions, conventions narratives et tradition de littérature engagée. L’expérimentation met l’accent sur la forme.

 

C’est un mouvement brillant mais éphémère, brisé dans l’œuf non tant par les répercussions des événements de Tian’anmen que par la vague de littérature commerciale suivant l’accélération de l’ouverture de la Chine au marché à partir de 1992. La plupart des auteurs évoluent alors vers le « nouveau réalisme » (新写实) né à la même époque, qui correspond mieux aux goûts du grand public.

 

Prémices

 

Fin d’utopie

 

Après la Révolution culturelle est apparue une littérature nouvelle qui vise d’abord à exorciser le passé récent pour réévaluer la période maoïste. Ce phénomène est cependant à replacer dans le courant plus large de littérature engagée qui a marqué d’une manière ou d’une autre toute la période de 1919 à 1989, et qui n’est elle-même que la manifestation moderne de la lourde tradition de « conscience malheureuse » (youhuan yishi 忧患意识), qui a poussé des générations de lettrés à se poser en missionnaires et commentateurs politiques.

 

C’est cette écriture comme acte politique et acte de résistance qu’ont refusée et rejetée les avant-gardistes dans la seconde moitié des années 1980, en proposant une vision de la littérature aux antipodes de celle de Lu Xun et des écrivains de gauche autour de lui : l’écriture comme plaisir [1].

 

Ils ont émergé au moment historique précis où, en Chine, l’esprit utopique était sur le déclin. Les années 1985 et 1986 sont déterminantes à cet égard. L’heure est à une intensification du discours réformateur de Deng Xiaoping tandis que les premiers signes de ratés dans la réforme économique urbaine apportent une note de désenchantement et d’inquiétude dans la population.

 

Hu Yaobang en visite au Guizhou, en 1986

(avec à sa gauche : Hu Jintao et Wen Jiabao)

 

Zhao Ziyang (à dr.) avec Deng Xiaoping

le 21 octobre 1987 à Pékin

 

Les événements politiques reflètent ces craintes : après la démonstration des étudiants des université de Pékin fin 1986, le ton se durcit ; le secrétaire du Parti Hu Yaobang (胡耀邦), jugé trop réformateur, est limogé, et une nouvelle campagne contre le libéralisme bourgeois est lancée début 1987, mais ces réactions ne font que renforcer l’inquiétude et l’agitation dans le pays. Le climat dystopique est encore aggravé quand le premier ministre Zhao Ziyang (赵紫阳) déclare au 13ème Congrès du Parti (十三大), à la fin du mois d’octobre, que la Chine n’est encore

qu’au seuil du « premier stade » du socialisme. Les rêves s’effondrent.

 

L’émergence de l’avant-garde littéraire vers 1987 semble être ainsi une réaction à la fin du climat d’utopie, d’illusion et de fièvre culturelle qui caractérise une grande partie des années 1980. L’attitude iconoclaste de ces jeunes écrivains envers l’histoire et la culture est inséparable de ce contexte historique.

 

Révolution esthétique 

 

Le mouvement apparaît dans ce contexte, et les premiers textes sont publiés dans deux revues de Shanghai, Littérature de Shanghai (上海文学) et surtout Shouhuo (收获) qui fait figure de véritable parrain et promoteur du genre. En ce sens, cette nouvelle avant-garde littéraire n’est pas sans rappeler le précédent de la modernité littéraire des années 1930 [2], également à Shanghai.

 

C’était une modernité littéraire en lien avec les mouvements avant-gardistes européens du début du 20ème siècle, comme l’avant-garde des années 1980 est influencée par la littérature occidentale dont les traductions se multiplient après la Révolution culturelle. Celle-ci, cependant, est une véritable révolution esthétique dont le caractère expérimental a ses prémices dans un courant littéraire de la fin des années 1970 : la poésie dite « obscure » (Ménglóngshī «朦胧诗»).

 

Ce mouvement de poésie avant-gardiste est né de « l’incident du 5 avril » (四五事件), c’est-à-dire les manifestations sur la place Tian’anmen le jour de la fête de Qingming 1976, en hommage à Zhou Enlai, mort le 8 janvier précédent. Ce jour-là, des milliers de citoyens ordinaires vinrent déposer des fleurs et des poèmes autour de la stèle de l’ancien premier ministre, et le plus célèbre poème qui nous en reste est celui de Bei Dao (北岛) : « Réponse » (Huídá 《回答》).

 

Mang Ke et Bei Dao en 1978, au moment de la création de Jintian

 

Cri de révolte autant que lamentation, le poème marque les débuts du courant de poésie « obscure » qui, comme toujours, se développe autour d’une nouvelle revue littéraire - « Aujourd’hui » ou Jintian (《今天》) – fondée par Bei Dao et Mang Ke (芒克) en février 1978, et interdite deux ans plus tard [3], mais sans que le mouvement de création poétique en soit stoppé pour autant ; les poètes obscurs continuent de publier, bien que sévèrement critiqués pendant le mouvement de pollution spirituelle lancé en 1983.

 

Annonce de la pièce Signal d’alarme donnée en 1982

au Théâtre des arts du peuple de Pékin

 

C’est un courant d’exploration thématique autant que d’expérimentation stylistique dont on retrouve des échos au théâtre et dans le domaine artistique en général : il en est ainsi, en particulier, du théâtre expérimental de Gao Xingjian (高行健), avec les deux pièces « Signal d’alarme » (《绝对信号》) et « L’arrêt de bus » (《车站》) données à Pékin en 1982 et 1983, qui trouvent leur inspiration dans le théâtre de l’absurde occidental, Beckett et Ionesco en particulier dont Gao Xingjian avait traduit des œuvres en chinois.

 

C’est en 1982 que le poète Xu Jingya (徐敬亚) a utilisé le terme « avant-garde » pour la première fois, pour désigner la poésie « obscure » dans sa thèse de fin d’étude, disant que ces poètes étaient en ligne avec l’avant-garde littéraire du monde entier à l’époque [4]. En même temps, le poète Luo Yihe (骆一禾) écrivait un poème intitulé « Avant-garde » (Xianfeng先锋), pour en louer le caractère rebelle et déterminé [5].

 

De la même manière, la fiction d’avant-garde, à la fin de la décennie, est une sorte de rébellion, contre la narration traditionnelle : le problème n’est plus de savoir ce qu’on va écrire, mais comment on va le faire. Il s’agit de remplacer la vérité extérieure par une vérité intérieure exprimée par une révolution du langage.

 

Influences extérieures

 

En même temps, à partir du milieu des années 1980, la manière d’envisager ce “comment écrire” est influencée par la littérature occidentale : littérature postmoderniste et surtout « réalisme magique » latino-américain.

 

Les années 1980 sont une période de traduction intense en Chine ; au milieu de la décennie, les œuvres des écrivains majeurs de la littérature mondiale ont été traduits en chinois. Considérés jusque-là comme des exemples négatifs à éviter, des écrivains comme Oscar Wilde, James Joyce ou T.S. Eliot connaissent une vogue nouvelle. On découvre le flux de conscience grâce à Virginia Woolf, on redécouvre l’avant-gardisme européen du 19ème siècle, Baudelaire en tête, etc…

 

Quant aux écrivains latino-américains contemporains, ils

 

Xu Jingya

 

Luo Yihe, étudiant à Beida

sont traduits en masse dans la seconde moitié de la décennie. Mais ici, plutôt que García Márquez, c’est Borges qui est source d’inspiration, pour sa façon de réagir contre le réalisme ambiant en développant une littérature que l’on a qualifiée de philosophique, mais qui fait aussi appel aux ressources de l’inconscient, avec ses jeux de miroirs, ses labyrinthes et ses rêves, Borges mêlant le réel et le fantastique en créant l’illusion de la réalité, l’essentiel, pour lui, étant de susciter une « foi poétique » dans son lecteur. 

 

L’avant-garde de la fin des années 1980 est ainsi le résultat d’une hybridation, mais le contexte est différent de celui de la littérature occidentale moderniste : celle-ci était le reflet d’une lutte pour le quotidien et de doutes existentiels sur fond d’urbanisation et d’industrialisation massives ; en Chine au contraire, les avant-gardistes ont pour souci premier de libérer la littérature des contraintes politiques, et de créer une nouvelle culture sur la base d’un individu à la conscience nouvelle, en bénéficiant des expériences formelles faites en Occident.

 

Naissance et évolution

 

Caractéristiques générales

 

Les avant-gardistes ne reprennent donc pas à leur compte « le fardeau de la nation » ou tout autre fardeau, qu’il soit culturel, historique, sociopolitique, existentiel ou sémantique. Ce dont ils se réclament, c’est du ‘je’, au singulier, du ‘je’ frais émoulu du collectif, et d’une certaine légèreté d’être à la Kundera appelant une narration différente.

 

Leur nouveau mode narratif n’a ni fil central ni vision téléologique ; il est à l’opposé de la narration traditionnelle, construite sur la base d’un sujet investi d’une fin socio-politique et de valeurs culturelles. Il représente une tentative de déconstruction de la narration historique, et de déstabilisation du discours humaniste et utopique des années 1980. Même la violence, chez eux, apparaît comme élément esthétique. En ce sens, le mouvement est donc hautement subversif. Subversion et iconoclasme en sont les deux caractéristiques essentielles.

 

Précurseurs 

 

Ma Yuan

 

Les premiers exemples de littérature d’avant-garde paraissent à Shanghai vers le milieu de la décennie. Ces textes sont signés Ma Yuan (马原) et Can Xue (残雪). On peut leur ajouter aussi Liu Sola (刘索拉) et sa première nouvelle, publiée en 1985 dans la revue Littérature du peuple (《人民文学》), « Tu n’as pas d’alternative » (你别无选择), mais aussi la suivante, « Blue Sky, Green Sea » (《蓝天绿海》), publiée dans Littérature de Shanghai. Les deux récits traitent des doutes des jeunes quant à l’avenir, et de leur esprit provocateur, plus que rebelle. On est passé d’une thématique de réflexion douloureuse sur le passé à une réflexion désenchantée sur le présent et l’avenir.

 

C’est dès 1984, et après son arrivée au Tibet, que Ma Yuan publie des textes qui apparaissent comme précurseurs de l’avant-garde: « Le sortilège des monts Gangdise »

(《冈底斯的诱惑》) et « La déesse de la rivière Lhassa » (《拉萨河女神》) avec sa construction labyrinthique caractéristique. Ce n’est que dans ses nouvelles ultérieures, comme « Erreurs » (《错误》) ou « Très plat de haut en bas » (《上下都很平坦》), qu’il revient sur son expérience de « jeune instruit » pendant la Révolution culturelle. En 1984 et 1985, il met en avant, lui aussi, le plaisir d’écrire, et fabrique des histoires compliquées en recyclant des mythes à la manière du magico-réalisme, avec une narration circulaire et un narrateur qui porte parfois son nom. Malgré la complexité de la structure narrative, cependant, la langue reste accessible et facilite la lecture.

 

Quant à Can Xue, née, comme Ma Yuan, en 1953, elle appartient elle aussi à la génération précédant celle de l’avant-garde. Elle aussi commence à écrire en 1983, et sa première nouvelle, « Rue de la Boue jaune » (《黄泥街》), est le reflet de son univers personnel, onirique et à la limite du fantastique, mais conditionné par son propre passé et les histoires que lui racontait sa grand-mère plutôt que par la littérature étrangère. En revanche, ce sont ses lectures, surtout de Kafka et Borges, qui lui permettent de se créer un style. En ce sens, son œuvre est caractéristique de cette hybridation évoquée plus haut.

 

En 1986, elle publie « Une cabane dans la montagne » (《山上的小屋》) qui initie une œuvre marquée par l’absurde. Si Ma Yuan se place dans le domaine de la légende, Can Xue offre une allégorie du passé récent, mais sans référence précise, en gommant toute évocation historique, comme si

 

Can Xue

la violence, dans ses récits, naissait d’un absurde immanent et le malaise d’une schizophrénie ambiante.  

Son mode de narration est une réaction personnelle, hallucinatoire et paranoïaque, au milieu et au contexte, familial autant que politique. C’est aussi un rejet viscéral de la narration logique et linéaire traditionnelle, et en ce sens elle a influé sur l’avant-garde littéraire qui apparaît au même moment. Mais c’est peut-être autant une réaction conjointe. Ma Yuan apparaît comme un précurseur, Can Xue plutôt comme un compagnon de route, et encore, plus de Yu Hua (et de son « 1986 ») que des autres.

 

Et ces autres apparaissent véritablement en 1987, comme des champignons après la pluie, tous différents, mais regroupés sous la houlette de Shouhuo….

 

Principaux avant-gardistes

  

Parmi les écrivains qui apparaissent dans cette mouvance, trois sont très connus, car prolifiques et amplement traduits : Yu Hua (余华), Su Tong (苏童) et Ge Fei (格非). Il faut y ajouter Sun Ganlu (孙甘露), Bei Cun (北村), Ye Zhaoyan (叶兆言)…  Après des études retardées par la Révolution culturelle, ils ont pour la plupart commencé à écrire et publier vers 1983, mais sans être reconnus tout de suite.

 

1. C’est le cas de Yu Hua dont le style

 

Yu Hua

avant-gardiste est net dans trois nouvelles essentielles publiées respectivement en 1987, 1988 et 1989 : « Midi dans la bise qui siffle » (《西北风呼啸的中午》), « 1986 » (《一九八六年》) et « Une histoire dédiée à la jeune Saule » (《此文献给少女杨柳》).  

 

C’est la période heureuse où il suit des cours à l’Institut Lu Xun, rencontre la poétesse Chen Hong et l’épouse. Mais elle est interrompue net par les événements de Tian’anmen. Yu Hua change alors de style, et revient vers la réalité sociale, et les problèmes nés de la modernisation accélérée.

 

2. Su Tong aussi a publié sa première nouvelle en 1983, mais n’a été remarqué qu’en 1987, avec « L’exil de 1934 » (《一九三四年的逃亡》). Mais, la même année et en 1989, il a publié deux autres nouvelles tout aussi caractéristiques : « A vol d’oiseau au-dessus de mon vieux village » (《飞越我的枫杨树故乡》) et « Les frères Shu ou la vie dans le Sud » (《舒农或者南方生活》).

 

Les éléments d’avant-garde (dans les techniques narratives) se raréfient dans ses récits à partir d’« Epouses et concubines » (《妻妾成群》), en 1991. La majorité de ses

 

Su Tong

œuvres sont ensuite des narrations linéaires sur des sujets historiques.

 

3. Des trois, c’est Ge Fei qui a les caractéristiques les plus avant-gardistes. Sa première nouvelle, « A la mémoire de monsieur Wu You » (《追忆乌攸先生》), en 1986, est une tentative de reconstitution du passé, pour lutter contre l’oubli, qui annonce sa thématique à venir, fondée sur la mémoire, dans ses rapports avec la vie. Le récit est conté à la première personne, mais la perception du passé est fragmentaire, floue, incomplète. C’est en fait la mémoire qui est son fil directeur, d’une nouvelle à l’autre.

 

Ge Fei

 

Dans « La barque égarée » (《迷舟》), il y a en outre des ruptures dans la narration, à des moments clés, qui cassent la lecture. Quant à « Nuée d'oiseaux bruns » (《褐色鸟群》) ou « Vert jaune » (《青黄》), en 1988, ce sont des narrations savamment déconstruites, où la mémoire peine à reconstruire une réalité fuyante et floue.

 

Ces premières nouvelles sont influencées par Borges, influence reconnue mais non imitative. Le style est personnel. Ge Fei est l’un des avant-gardistes les plus originaux, qui a constamment expérimenté, et sans doute le plus longtemps. « Sifflement » (《唿哨》), en 1991, est un de ses textes les plus complexes, dont le sens n’est accessible que confronté à l’histoire des « Sept sages de la forêt de bambous » auxquels il fait référence.

 

Il ne s’est rangé à la narration réaliste qu’au milieu des années 1990, mais, encore en 2001, sa nouvelle « Poèmes à l’idiot » (《傻瓜的诗篇》) relève de la même thématique de la mémoire, de l’inconscient manifesté dans le rêve et de l’impossibilité à totalement appréhender le monde autour de soi.

 

4. Quant à Sun Ganlu, sa nouvelle de 1986 « Visite au monde des rêves » (《访问梦境》) ainsi que « Lettres du messager » (《信使之函》) sont considérées comme des œuvres représentatives des expériences sur la forme des avant-gardistes : pas d’intrigue ni de thème ni de structure linéaire. La narration est tellement expérimentale que certains critiques ont prétendu qu’il ne s’agit plus de fiction, et qu’elle a été taxée de « post-moderne ».

 

Sun Ganlu est un alchimiste du langage dont les textes peuvent à peine être appelés fictionnels. Il est en dehors de la réalité quotidienne. Son plaisir, selon lui, était « d’entrer dans le royaume du langage ». « Visite au monde des rêves » n’a pratiquement pas d’indications géographiques ou de contexte culturel ; il dépeint une sorte de troubadour qui déambule dans l’histoire, le mythe, le futur, les livres….

 

Pour Sun Ganlu, la vie quotidienne et l’histoire sont mêlés. Sa fiction est une « utopie verbale immobile », a-t-on dit. Loin de la réalité. Dans une autre réalité.

 

5. Les autres avant-gardistes de cette période sont moins connus. Notons encore Bei Cun (北村), surtout connu pour sa nouvelle de 2001 « Les cris de Zhou Yu » (《周渔的喊叫》) parce qu’elle a été adaptée au cinéma, et que le film est

 

Sun Ganlu

 

Bei Cun

interprété par Gong Li et Tony Leung, mais il a aussi été du nombre des avant-gardistes.

 

Ye Zhaoyan

 

Signalons encore Ye Zhaoyan (叶兆言), écrivain de Nankin extrêmement prolifique qui a commencé à publier en 1980, mais dont les principales nouvelles ont été éditées après 1986, année de l’obtention de son diplôme de l’Université de Nankin. La revue Chinese Arts and Letters l’a mis à l’honneur dans son premier numéro de 2015 [6], avec des traductions en anglais de trois de ses nouvelles, et une interview de lui par un autre écrivain de Nankin qui peut aussi être considéré comme avant-

gardiste, dans la génération post-70, Cao Kou (曹寇). Il y explique que l’écriture avant-gardiste est pour lui un mode de vie et de pensée qu’il n’a jamais abandonné.

 

Fin d’une époque

 

Il est l’un des rares à poursuivre dans cette voie. Le mouvement s’est peu à peu délité : les événements de 1989 et le renforcement postérieur des contrôles ont entraîné une pause ; elle a été momentanée, certains auteurs publiant à Taiwan au début des années 1990 s’il s’avérait impossible de le faire sur le continent, mais la libéralisation du domaine de l’édition, son ouverture croissante sur le marché à partir de 1992, ont sonné la mort de l’avant-garde.

 

Comme le cinéma, la littérature a dû se tourner vers le grand public et tenir compte de ses goûts et attentes : les avant-gardistes ont reflué, d’une manière ou d’une autre, vers le mouvement parallèle du « nouveau réalisme » (新写实) dont les premiers textes représentatifs ont été publiés aussi en 1987. Les rares auteurs qui ont continué à expérimenter, sur la forme et la thématique, ont été marginalisés, et sont finalement rentrés dans le rang dans les années 2000.

 

 

Bibliographie

 

China’s Avant-Garde Fiction, an Anthology, Jing Wang ed., Duke University Press, 1998

http://www.amazon.com/Chinas-Avant-Garde-Fiction-An-Anthology/dp/0822321165

(traductions en anglais de nouvelles de Ge Fei, Yu Hua, Su Tong, Can Xue, Bei Cun, Sun Ganlu et Ma Yuan)

 

‘Literary Experiments: Six Files’, in China’s New Cultural Scene : A Handbook of Changes, Marie Claire Huot, Duke University Press 2000,7–48.

 

Chinese Literature in the Second Half of a Modern Century: A Critical Survey, Pang-Yuan Chi,/David Der-wei Wang ed., Indiana University Press 2000 – chap. 9 : Re-membering the Cultural Revolution : Chinese Avant-Garde Literature of the 1980’s, by Wu Liang, pp 124-137

https://books.google.fr/books?id=1S3fbay1xj0C&pg=PA124&lpg=PA124&dq=chinese+avant+garde

+litt%C3%A9rature&source=bl&ots=sqfdLI00m4&sig=3pkCsLCZPnYAil3VFBL-2BUiyJ4&hl=fr&sa=X&redir_esc=y#v=onepage&q&f=false

 

The Chinese Postmodern : Trauma and Irony in Chinese Avant-Garde Fiction, Yang Xiaobin, University Of Michigan Press 2002

Analyse comparative des aspects avant-gardistes de Ma Yuan, Can Xue, Xu Xiaohe, Ge Fei, Yu Hua, Mo Yan.

https://books.google.fr/books?id=MyeeEmtaRv4C&printsec=frontcover&hl=fr&source=gbs_

ge_summary_r&cad=0#v=onepage&q&f=false

 

A History of Contemporary Chinese Literature, Hong Zicheng, tr. Michael M. Day, Brill 2007

Edition originale: 《中国当代文学史》 洪子诚 -北京大学出版社 1999

La scène littéraire en Chine 1949-1999

https://books.google.fr/books?id=S7C9xtFKGWEC&pg=PA382&lpg=PA382&dq=chinese+avant+

garde+litt%C3%A9rature&source=bl&ots=P1yyuNKTid&sig=v5e7yFl5kY7rIkhgDbAT6GAz-g0&hl=fr&sa=X&redir_esc=y#v=onepage&q=chinese%20avant%20garde%20litt%C3%A9rature&f=false

 

 

A lire en complément

 

Interview de Ye Zhaoyan par Cao Kou (extraits)

叶兆言先生访谈:写作给我带来了快乐

La joie que me procure l’écriture

 

 


[1] Voir : l’interview de Ye Zhaoyan par Cao Kou.

[2] Mouvement animé par des écrivains comme Fei Ming (废名), Li Jianwu (李健吾) ou Li Tuozhi (李拓之), mais surtout Shi Zhecun (施蛰存) et son protégé Mu Shiying (穆时英), il est lié à la revue La Nouvelle Littérature (《新文艺》) : revue littéraire d’avant-garde fondée le 15 septembre 1929 (et disparue le 15 avril 1930, victime de la censure nationaliste) par Liu Na’ou (刘呐鸥), Shi Zhicun (施蛰存) et Dai Wangshu (戴望舒), tous trois nés en 1905 et parrains du mouvement.

[3] Mais relancée en Suède en 1990, au lendemain des événements de Tian’anmen, comme forum de poètes exilés.

[4] Elle a été publiée en 1982 dans un journal étudiant du Liaoning, « Nouvelles feuilles » (新叶), puis, dans une forme abrégée, dans un ouvrage publié l’année suivante, « Tendances actuelles en littérature et en arts » (当代文艺思潮). [cf. Occidentalism: a Theory of Counter-Discourse in Post-Mao China, Chen Xiaomei, Oxford University Press 1995, n.21 p. 187]

[5] Né en 1961, Luo Yihe est sorti de Beida en 1983. Il est mort d’une hémorragie cérébrale en 1989, et son long poème « Le sang du monde » a été publié trois ans plus tard.
Xianfeng, texte chinois :
http://tieba.baidu.com/p/1457199965

[6] Chinese Arts and Letters (CAL), revuede l’Ecole des langues et cultures étrangères de l’Université normale de Nankin, vol. 2 n°1/April 2015. Featured author Ye Zhaoyan. Traductions : Police Python 357 / The Writer Mrs Lin Mei / Murder Capital (pp 6-43). Critique: Bear the Loneliness of a Narrator: On Reading Ye Zhaoyan’s Fiction, by Yan Jingming (阎晶明) (pp 44-51). Interview by Cao Kou (曹寇) : The Pleasure that Writing Brings Me (pp 52-69).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

     

 

 

 

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