Repères historiques

 
 
 
     

 

 

La « génération intermédiaire » 中间代

Présentation

par Brigitte Duzan, 14 mars 2013, actualisé 17 août 2016

  

Ce qu’on appelle la « génération intermédiaire » des écrivains chinois  (作家的中间代) est celle des écrivains nés dans les années 1970, et plus précisément entre 1968 et 1978 ; c’est celle, aussi, que l’on appelle généralement la génération des écrivains « post-70 » (“70”).

 

Définition

 

Pourquoi « génération intermédiaire » ?

 

Parce qu’elle se trouve entre la génération des « post-60 » et celle des « post-80 », c’est-à-dire entre, d’une part, la génération des écrivains qui ont été à la base du renouveau de la littérature chinoise au début de la période d’ouverture, les auteurs de la littérature des cicatrices et surtout de recherche des racines, et d’autre part la génération des jeunes nés dans les années 1980, qui sont arrivés sur le devant de la scène littéraire depuis une dizaine d’années.

 

Parmi les premiers, on trouve une bonne partie des grands noms de la littérature chinoise contemporaine, condamnés au silence pendant la Révolution culturelle, mais célébrés ensuite ; les seconds se sont affirmés au début du nouveau millénaire, sur les traces de Han Han (韩寒) et dans un style semblable, plus provocateur que profond.

 

Cette position intermédiaire entre deux générations dont l’une avait acquis ses lettres de noblesse et l’autre multipliait les best-sellers a longtemps été inconfortable et a valu une véritable mise à l’écart à des écrivains qui n’avaient ni la notoriété établie des uns ni le brillant médiatique des autres. Ils n’étaient pas à la mode et les éditeurs se méfiaient d’œuvres au style très personnel qu’ils considéraient comme des sources potentielles de pertes (图书市场的赔钱货).

 

Ces écrivains ont longtemps accepté la situation qui faisait d’eux les petits frères de leurs prédécesseurs nés dans les années 1960 (60后基本保持着兄弟关系).  En même temps, ils ont été victimes de la commercialisation croissante du secteur de l’édition qui a privilégié les ventes faciles des romans à la mode des jeunes auteurs médiatiques, pour beaucoup promus par le biais d’internet.

 

Ce n’est que peu à peu que les écrivains de la « génération intermédiaire » ont réussi à se défaire de ce que l’un d’entre eux, Cao Kou (曹寇), a décrit comme une mentalité d’assiégé (突围”). Mais il aura fallu que se tarisse quelque peu l’inspiration des uns et menace de passer la vogue des autres pour que les éditeurs soient incités à chercher de nouveaux poulains, plus solides, en revenant à la génération oubliée entre les deux, et à une littérature « pure », née, comme Sun Wukong, d’une faille dans le roc (1).

 

Emergence et caractéristiques

 

Première émergence à la fin des années 1990 

 

Les écrivains nés dans les années 1970 ont pourtant commencé à attirer l’attention des critiques au milieu des années 1990. Un certain nombre de revues ont créé des rubriques ou édité des numéros spéciaux consacrés à ces auteurs :

- en 1996, la revue de Shanghai "Le monde de la fiction" (小说节) lance une rubrique intitulée « Après les années 1970 » consacrée aux auteurs post’70.

- en juillet 1998, la revue pékinoise "Ecrivains" (作家) publie un numéro spécial dédié aux écrivains femmes nées dans les années 1970.

- la même année, la revue Lotus (Furong 芙蓉), basée dans le Hunan, crée une colonne du même genre.

 

Mais les auteurs qui émergent alors et deviennent à la mode sont surtout les romancières tapageuses comme Mian Mian (棉棉) et Zhou Weihui (周卫慧) ; c’est une vogue passagère, suivie de celle des jeunes post-80.

 

Emergence comme entité définie en 2012

 

L’émergence de la « génération intermédiaire » en tant qu’entité formelle a résulté en fait de la publication de deux recueils de nouvelles, par la maison d’édition pékinoise X.Iron (北京磨铁图书), dans sa collection Tiehulu  (铁葫芦).

 

Ces deux recueils, publiés respectivement en juin et juillet 2012, distinguent dans cette génération dix écrivains hommes (《中间代》) et dix femmes (《新女性》), en publiant dans chaque cas dix « œuvres représentatives » (代表作).

 

Il n’est pas question de les enfermer dans une nouvelle classification qui serait un nouveau ghetto ; mais c’est une manière d’attirer l’attention du public sur ces auteurs qui ont tous une personnalité très distincte et qu’il s’agit maintenant de découvrir individuellement.

 

Ces auteurs ne rentrent a priori dans aucune case, ne correspondent à aucun genre préétabli ; ils sont souvent au-delà du réalisme ou du néo-réalisme qui a été le courant dominant ces dernières années, en s’attachant au quotidien dans ses aspects les plus banals, mais en faisant de cette banalité le sujet de narrations qui ne le sont pas. Comme ils ont mis une bonne dizaine d’années, pour la plupart, à se

 

Œuvres représentatives

de la génération intermédiaire

faire connaître, ils ont eu le temps de se créer un style original ; dans l’ensemble, ils n’ont pas loin de la quarantaine maintenant, ce ne sont pas des débutants.

 

La « génération intermédiaire » au masculin

 

Xue Yiwei (薛忆沩)                      

Miao Wei (苗炜)

Feng Tang (冯唐)

Ah Ding (阿丁)

Lu Nei (路内)

Li Shijiang (李师江)

Chai Chunya (柴春芽) [1]

Wa Dang (瓦当)

Ah Yi (阿乙)

Cao Kou (曹寇)

Auxquels on peut ajouter Murong Xuecun (慕容雪村)

 

La « génération intermédiaire » au féminin

 

Xi Menmei (西门媚)
Sheng Keyi (盛可以)
Wu Ang (巫昂)

Lü Yao (绿妖)
Zhang Huiwen (张惠雯)
Ren Xiaowen (任晓雯)
Zou Zou (走走)
Ye San (叶三)
Ye Yang (叶扬)
Yan Ge (颜歌)

 

Ce sont certainement là quelques-uns des auteurs les plus intéressants de la littérature chinoise contemporaine, sans que la liste soit exhaustive.

 

Œuvres représentatives

de la nouvelle littérature féminine

 

Note

(1) Le concept de « génération intermédiaire » n’est pas totalement neuf : il est apparu dans le domaine de la poésie. Un ouvrage en deux volumes intitulé « Poèmes choisis de la génération intermédiaire » (《中间代诗全集》) a été publié en juin 2004. Mais le concept est ici légèrement différent : il s’agit des poètes nés dans les années 1960, et le recueil fait suite aux deux ouvrages publiés au début des années 1980 et 1990, regroupant une sélection d’œuvres de « poésie obscure » (《朦胧诗选》) et  « poésie post-obscure »   (《后朦胧诗全集》).


 

[1] Il est aussi réalisateur. Voir : http://www.chinesemovies.com.fr/cineastes_Chai_Chunya.htm

 

 


 

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