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Xiang Kairan 向恺然/
Pingjiang Buxiaosheng 平江不肖生
1889-1957
Présentation
par Brigitte
Duzan, 18 août 2014, actualisé 3 août 2026
Pingjiang
Buxiaosheng (平江不肖生) est le nom de plume de Xiang Kairan (向恺然),
prolifique auteur de romans de wuxia des années 1920.
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Xiang Kairan / Pingjiang
Buxiaosheng |
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Aujourd’hui
largement tombé dans l’oubli, il est pourtant important à un
double titre au moins : il représente un maillon important dans
l’évolution de la littérature de wuxia du début du
vingtième siècle, et il est par ailleurs l’auteur d’un roman
qui, adapté au cinéma à la fin des années 1920, a lancé la vague
de films de wuxia qui a déferlé sur Shanghai au tournant
de la décennie, première ébauche des films de wuxia
ultérieurs.
Pingjiang
Buxiaosheng a donc eu un impact déterminant dans le domaine
littéraire comme dans le domaine cinématographique chinois au
début du vingtième siècle, et son ascendant s’est étendu à la
seconde moitié du siècle par l’influence exercée sur les
écrivains de la Nouvelle Ecole de
wuxia
.
Il est pourtant encore largement méconnu.
Natif de
Pingjiang
Né en 1889 –
ou 1890 – à Pingjiang, dans le Hunan (湖南平江),
Xiang Kairan a été un passionné de littérature et d’arts
martiaux dès son enfance, mais rien ne le prédisposait au départ
à une carrière d’écrivain.
Etudes
chaotiques à Tokyo
Il fait ses
premières années d’études à Pingjiang, puis, à quatorze ans,
entre dans un collège professionnel à Changsha (长沙),
la capitale du Hunan. Un an plus tard, cependant, il est expulsé
de l’école pour avoir participé à une commémoration de la mort
du révolutionnaire hunanais Chen Tianhua (陈天华)
.
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Chen Tianhua |
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Peu de temps
plus tard, il part, comme son modèle, poursuivre ses études au
Japon. Mais cette première expérience se solde par un échec
cuisant : le jeune Xiang Kairan plonge dans les bas-fonds de la
société japonaise, néglige ses études et fréquente les bordels
de bas étage de Tokyo.
Rentré en
Chine, il trouve cependant bientôt une occasion de revenir au
Japon. Il repart en 1907, décidé cette fois à poursuivre
sérieusement ses études ; il entre à l’université de Tokyo, pour
étudier l’économie politique, et n’en repartira que deux ans
plus tard, après avoir obtenu son diplôme. Mais, en même temps,
il renoue avec sa passion pour les arts martiaux, et profite de
son séjour pour apprendre de nouvelles techniques, comme le
jiujitsu, et se perfectionner dans l’art du sabre et de l’épée.
Rentré en
Chine, à Changsha, il participe au mouvement contre Yuan Shikai
(倒袁运动),
puis trouve du travail à Shanghai où il se met à écrire avec
zèle ; il est décrit écrivant de nuit et vivant une existence de
reclus asocial et original, dans un immeuble exigu, avec une
maîtresse, un chien et un singe (和一妾、一狗、一猴居住在一处很窄的小楼中)
,
conditions propices à l’émergence d’un monde imaginaire peuplé
de fantasmes.
Débuts
d’écrivain
A partir de
1911, il publie des textes dans le journal de Changsha (《长沙日报》).
Mais son premier livre – celui qui marque ses véritables débuts
d’écrivain - est une sorte de confession intime fondée sur ses
premières années dans la capitale japonaise : « L’Histoire
secrète des étudiants étrangers à Tokyo » (《留东外史》)
est un écrit cathartique et critique qui reflète l’expérience
des étudiants chinois au Japon et l’ambiance qui y régnait à
l’époque. Commencé en 1914, il est publié en mai 1916 et
rencontre un grand succès.
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L’Histoire secrète des étudiants
étrangers à Tokyo |
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En 1922
ensuite, quand
Bao Tianxiao (包天笑),
le rédacteur en chef du journal La semaine (《星期》),
lui demande de collaborer à son journal, Xiang Kairan écrit un
complément : « Suite de L’Histoire secrète des étudiants
étrangers à Tokyo » (《留东外史补》).
La
gloire par le wuxia
C’est cette
même année 1922 qu’il se lance dans l’écriture de romans de
wuxia, à l’instigation de la maison d’édition World Books (世界书局)
de Shen Zhifang (沈知方)
.
Premier
roman de wuxia, premier succès
Le premier
roman est terminé en 1923, et d’abord publié en feuilleton à
partir du début de l’année dans la Revue rouge (《红杂志》) :
c’est « Etranges chevaliers errants des rivières et des lacs »
(《江湖奇侠传》),
en 42 chapitres.
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Jianghu Qixia zhuan, ancienne édition |
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Il le signe
pour la première fois de ce qui sera désormais son nom de
plume : Pingjiang Buxiaosheng (平江不肖生) – c’est-à-dire « fils
indigne de Pingjiang ». On pense évidemment à un acte de
contrition pour ses frasques à Tokyo, c’est l’explication la
plus courante. La raison de ce choix est en fait plus profonde.
Il s’agit d’une référence au chapitre 67 du Daodejing (《道德经》67章) :
“天下皆谓我大;似不肖。夫惟大,故似不肖。”
Tout le monde dit que je suis grand, ce qui peut paraître
indigne. C’est être grand qui est indigne.
Construit en
épisodes distincts, le récit mêle des légendes locales à une
histoire mouvementée de membres de diverses sectes d’arts
martiaux aux pouvoirs surnaturels. Il établit des thèmes et des
techniques narratives qu’il va généraliser dans ses récits
suivants et qui seront repris par les auteurs de romans de
wuxia ultérieurs. Surtout, le roman amorce un phénomène de
culture de masse qui va être démultiplié lorsqu’il sera adapté
au cinéma.
C’est en effet
ce roman qui a été adapté au cinéma en 1928 par
Zhang Shichuan
(张石川)
et Zheng Zhengqiu (郑正秋)
pour donner le célèbre « Incendie au monastère du Lotus rouge »
(Huoshao
Hongliansi
《火烧红莲寺》),
avec un tel succès que le film fut suivi de 17 autres et
déclencha une véritable hystérie collective.
Pingjiang
Buxiaosheng avait entre-temps publié d’autres romans avec le
même succès que le premier. Le second lui permit d’abandonner
son travail et de se consacrer entièrement à l’écriture.
L’histoire
de Huo Yuanjia
Ce second
roman est publié en 1923 : « Noble héros des temps modernes »
(Jindai XiayiYingxiong Zhuan
《近代侠义英雄传》),
en 134 chapitres au total, dont 95 de sa plume.
Ce roman est
basé sur l’histoire d’un personnage historique : celle de Huo
Yuanjia (霍元甲)
(1968-1910), pratiquant du mizongquan (迷踪拳)
créé par son père, et célèbre pour ses victoires remportées sur
des combattants étrangers, russes et japonais. C’est un héros
national et un personnage légendaire des arts martiaux, au même
titre que Huang Feihong.
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Huo Yuanjia |
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Le roman fait
une peinture très réaliste de la pratique des arts martiaux,
tout en célébrant l’esprit patriotique à travers les victoires
sur les rivaux étrangers. Célèbre également pour l’école d’arts
martiaux qu’il a créée,
« L’École
de culture physique Jingwu »
(精武体操学校),
à Shanghai,
Huo
Yuanjia fut un modèle pour Buxiaosheng qui créa lui aussi sa
propre école et participa au développement d’une tendance
nationaliste dans les arts martiaux pendant la période
républicaine.
Ce roman est
particulièrement important pour l’influence qu’il a exercée dans
les décennies suivantes, en littérature mais aussi au cinéma, en
particulier comme inspiration du phénomène Bruce Lee et des
films de kungfu dans les années 1970.
Dix autres
romans de wuxia
Buxiaosheng a
publié au total douze romans de wuxia, dont beaucoup sont
basés sur des personnages célèbres de l’histoire des arts
martiaux, comme Huo Yuanjia : Zhao Yutang (赵玉堂),
Wang Zhengyi (王正谊)
dit Dadao Wangwu (大刀王五),
ou Nong Jinsun (农劲荪),
un marchand d’herbes médicinales de Tianjin, vieil ami de
Huo
Yuanjia qui le servit comme collecteur d’impayés
…
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Zhao Yutang |
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Nong Jinsun |
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Cet aspect narratif à mi-chemin de la fiction et de la réalité
historique a influencé beaucoup d’écrivains par la suite, mais
aussi influé sur le développement de films sur le même thème,
comme « Fearless »
(《霍元甲》)
de
Ronny Yu (于仁泰),
en 2006, avec Jet Li dans le rôle principal, (très librement)
inspiré du personnage de Huo Yuanjia, comme l’indique le titre
chinois.
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Fearless |
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La plupart des
romans de Buxiaosheng sont cependant des œuvres de fiction sur
des thèmes classiques de wuxia. Il est vrai que le fil
narratif en est souvent quelque peu confus et répétitif, et le
récit parfois incohérent. Mais, au-delà de ces défauts
structurels, le grand intérêt de ces romans – dans l’optique du
legs littéraire à la postérité - tient à l’univers que l’auteur
a su y créer.
C’est le monde
du jianghu, ce territoire mythique de rivières et de lacs
aux confins de la société et des lois de l’empire, un monde en
marge, peuplé d’êtres étranges, aux pouvoirs extraordinaires,
capables de voler et de léviter. C’est un monde en marge de la
réalité, mais qui n’en n’est jamais très loin, et c’est la
réalité locale du Hunan : Buxiaosheng nous conte les rivalités
entre villages dégénérant en conflits armés, les rivalités
sanglantes entre sectes d’arts martiaux et la lutte pour
l’existence…
Ainsi, son
troisième roman, « La grande histoire des héros des rivières et
des lacs » (《江湖大侠传》)
se passe dans le district de Taoyuan (湖南桃源县),
sur fond de rébellion locale et de lutte pour la préservation
d’un bout de territoire. Quant à son premier roman, il se passe
à Pingjiang même, et les principaux protagonistes sont des
membres des deux grandes sectes Kunlun et Kongtong (昆仑、崆峒两大武林门派).
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Jianghu Daxia zhuan |
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Le côté
réaliste de ses récits, ancrés dans la réalité concrète de son
Hunan natal, lui a d’ailleurs été reproché, comme nuisant à la
valeur littéraire de son œuvre
.
Pourtant, cette saveur de terroir en est peut-être l’aspect le
plus intéressant aujourd’hui, privilégiant le contexte de la
petite histoire locale, trop souvent offusquée derrière la
grande.
Retraite
dans le Hunan
En 1932,
Pingjiang Buxiaosheng avait acquis la célébrité, mais il avait
également gagné suffisamment d’argent pour pouvoir revenir dans
son Hunan natal, cesser d’écrire et se consacrer à sa passion
première : les arts martiaux et leur promotion.
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Jianghu Yiren zhuan |
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De retour chez
lui, il créa une école d’enseignement des arts martiaux, et une
chaîne nationale de clubs pour les passionnés de « l’art
national chinois ». Il se consacra tout spécialement à
développer les aspects théoriques de son enseignement et devint
l’un des maîtres les plus réputés d’arts martiaux des années
1940.
Au début des
années 1950, cependant, frappé par l’interdiction de ses
activités dans le cadre du nouveau régime chinois, il quitta sa
famille et entra dans un monastère bouddhiste.
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Jianghu Guaiyi zhuan |
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En 1957, il se
préparait à recommencer à écrire pour rédiger un ouvrage qui se
serait intitulé « Discussions historiques sur les arts martiaux
chinois » (《中国武术史话》) quand il mourut brutalement d’une
hémorragie cérébrale, à l’âge de 68 ans.
Un
précurseur méconnu
Pingjiang
Buxiaosheng a connu un regain de faveur ces dernières années ;
ses romans ont été réédités en Chine à la fin des années 2000.
En effet,
la mort de
Liang Yusheng (梁羽生),
en 2009, a réveillé l’intérêt pour le roman de wuxia ;
s’il est vrai que l’on a alors surtout parlé des grands auteurs
de la Nouvelle Ecole, l’attention a commencé à se porter aussi
sur leurs prédécesseurs de la Vieille Ecole dont Buxiaosheng est
l’un des chefs de file
.
Le mouvement est encore très timide, mais il faut bien dire
qu’il n’y aurait pas eu de Nouvelle Ecole sans l’ancienne, qu’il
n’y aurait pas eu de
Liang Yusheng,
Jing Yong (金庸)
ou
Wang Dulu (王度庐)
sans Buxiaosheng et ses contemporains…
Ses douze
romans :
Etranges héros
des rivières et des lacs Jianghu qixia zhuan《江湖奇侠传》
Noble héros
des temps modernes Jindai xiayi yingxiong zhuan《近代侠义英雄传》
La grande
histoire des héros des rivières et des lacs Jianghu
daxia zhuan《江湖大侠传》
La petite
histoire des héros des rivières et des lacs Jianghu
xiaoxia zhuan《江湖小侠传》
Un personnage
extraordinaire des rivières et des lacs
Jianghu yiren zhuan《江湖异人传》
Etranges
personnages d’aujourd’hui Xiandai qiren zhuan《现代奇人传》
La tête
envolée à minuit Banye feitou ji《半夜飞头记》
Une histoire
de chasseur Lieren’ ou ji《猎人偶记》
Etrange
histoire des rivières et des lacs Jianghu guaiyi zhuan《江湖怪异传》
La nüxia
gourgandine Yanhua Nüxia《烟花女侠》
Chronique des
deux oisillons Shuang chu ji《双雏记》
Chronique de
Yanta Yanta ji《艳塔记》
Note
complémentaire sur le premier roman :
« Etranges
héros des rivières et des lacs » (《江湖奇侠传》)
Premier essai
et coup de maître : le premier roman de wuxia de
Pingjiang Buxiaosheng est non seulement ce qui lui a valu un
succès immédiat, mais c’est aussi un récit fondateur, en quelque
sorte : il contient en germe son œuvre à venir, avec ses codes,
ses clefs et ses thèmes.
Au-delà de ses
défauts structurels, c’est son aspect novateur qui est
intéressant, car il va exercer une influence déterminante sur
l’évolution du genre, jusque dans les années 1950, quand il
renaîtra à Hong Kong. Il est cependant ancré dans la tradition.
Un roman
novateur dans les années 1920
« Etranges
héros des rivières et des lacs » (Jianghu qixia zhuan《江湖奇侠传》)
représente une approche personnelle du roman de wuxia.
En plein essor au début du 20ème siècle, le genre a
souffert de l’hostilité des intellectuels du
mouvement du 4 mai, qui y
voyaient le pire de la littérature populaire, aux côtés des
romans d’amour du genre « canards mandarins et papillons ».
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Jianghu Qixia zhuan (édition 1984) |
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Mais il
représentait par ailleurs une « voie du guerrier »
sur le modèle des héros des premiers récits de wuxia
remontant aux Royaumes combattants, c’est-à-dire un modèle
martial permettant de lutter contre la dévalorisation de l’image
de la Chine, minée par l’incurie impériale, l’intervention
étrangère et les divisions internes. La timide renaissance du
genre dans les années 1910 proposait des récits emblématiques de
résistance martiale au pouvoir impérial.
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Jianghu Qixia zhuan (édition 1986) |
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Ayant pourtant
lui-même milité dans des organisations révolutionnaires
d’opposition à Yuan Shikai, mais passionné d’arts martiaux,
Pingjiang Buxiaosheng se dégage de ce modèle historique pour
revenir à des récits d’aventures martiales sur fond de lutte
entre sectes d’arts martiaux, en développant un monde
fantastique de personnages étranges aux forces surhumaines.
Son
originalité, cependant, est de forger un récit qui reflète la
situation locale de son Hunan natal, et même très précisément,
dans ce premier roman, de Pingjiang et des districts alentour.
Les aventures de ses héros ne sont pas abstraites ; ils sont en
lutte pour défendre leur terre et leur vie contre les menées de
ruffians locaux, dans des conflits villageois qui prennent des
dimensions épiques.
Même les
sectes dont ses personnages sont membres ne sont pas celles que
l’on rencontre habituellement dans les récits de wuxia :
ce sont les sectes Kunlun et Kongtong (昆仑派与崆峒派).
La première a son siège dans les monts Kunlun, dans le Qinghai ;
c’est une secte, remontant à la très ancienne dynastie des Zhou,
dont l’un des fondateurs mythiques aurait été Laozi, une secte
taoïste comme celles de Wudang (武当)
et Quanzhen (全真) .
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Dai Jin, L’empereur jaune venant
s’enquérir
du Dao dans les monts Kongtong |
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Quant à la secte Kongtong, elle est liée au mont du même nom,
l’une des montagnes sacrées du taoïsme, dans le Gansu. Selon le
roman « L’investiture des dieux » (Fengshen Yanyi《封神演义》),
c’est là que l’empereur Huangdi aurait rencontré le sage
Guangchengzi (广成子)
qui lui aurait transmis la sagesse nécessaire pour fonder la
civilisation chinoise. Or,
Guangchengzi aurait été un élève de Yuanshi Tianzun (元始天尊),
l’autre fondateur mythique de la secte Kunlun.
Il s’agit donc
de deux prestigieuses sectes taoïstes, mais dont la notoriété
est surtout basée dans l’ouest de la Chine, dans le Xinjiang,
avec une forte image ésotérique
.
Elles forment une toile de fond très colorée au récit qui est
lui-même ancré dans la tradition locale de Pingjiang d’où il
tire sa force expressive et son caractère très vivant. Les
luttes ne sont pas seulement pour la suprématie dans le monde
des arts martiaux, mais pour la préservation de son bout de
terre, comme au temps des Royaumes combattants…
En même temps,
le roman développe un univers fantastique de personnages qui
volent, font des bonds prodigieux, et possèdent des pouvoirs
extraordinaires, émanant en particulier de la paume de leurs
mains ; c’est tout un imaginaire qui va nourrir les premiers
films d’arts martiaux, et faire rêver les lecteurs, d’autant
plus, justement, que le récit est ancré dans la réalité.
Cet aspect
fantastique du roman remonte à une tradition romanesque plus
ancienne.
Un roman
ancré dans la tradition
Le Jianghu
qixia zhuan a pour référence implicite le roman de Luo
Guanzhong (罗贯中)
intitulé « L’histoire de la pacification des démons par les
trois Sui » (《三遂平妖传》).
Le texte original, en vingt chapitres, nous est parvenu dans la
version élargie à quarante chapitres par
Feng Menglong
(冯梦龙).
Il raconte l’histoire de la rébellion de Wang Ze (王则起义),
sous les Song du Nord, rébellion qu’il aurait conduite au moyen
de pratiques de sorcellerie.
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L’histoire de la pacification des démons
par les trois Sui |
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Wang Ze était
l’époux de la sorcière Hu Yong’er (胡永儿),
née des cendres d’une peinture magique, et il était aidé par
deux magiciens, un moine et un devin. Le moine se métamorphose
en un subtil stratège, Zhuge Sui (诸葛遂智),
pour tenter de mettre fin à ses agissements, grâce à ses
pouvoirs surnaturels, et c’est le second Sui, Ma Sui (马遂),
qui parvient à le juguler, par la ruse : en lui coupant les
lèvres, et l’empêchant ainsi de proférer ses incantations…
Dans sa
« Brève histoire du roman chinois » (《中国小说史略》),
Lu Xun fait de ce roman l’un des modèles du genre qu’il a appelé
« les romans sur divinités et démons » (神魔小说)
.
Le roman de wuxia s’était déjà enrichi en s’inspirant des
romans d’enquêtes pendant la période Qing.
Pingjiang
Buxiaosheng le colore de fantastique, très prisé du lectorat
populaire que ciblait le journal auquel était destiné le roman.
Mais c’est un fantastique teinté de tradition taoïste qui
remonte en fait bien plus loin, aux premiers récits de wuxia
des Tang…
Le legs
du fantastique
Plus que la
réalité locale qui forme la trame de la narration, c’est cet
aspect fantastique, lié à une intrigue mouvementée, qui va
influencer l’évolution du genre, en particulier dans ses
adaptations cinématographiques.
En effet,
quand le roman est adapté pour la première fois au cinéma, après
sa publication en livre, en 1928, pour donner « L’incendie
au monastère du Lotus rouge » (《火烧红莲寺》),
l’adaptation est axée sur le développement des premiers effets
spéciaux dans le cinéma chinois, et c’est le début d’une longue
histoire...
Maison
d’édition créée en 1917 à Shanghai, par le directeur
adjoint des éditions Zhonghua Books, Shen Zhifang (沈知方) ;
en croissance rapide, elle est transformée en société à
responsabilité limitée en 1922. Shen Zhifang est l’un
des grands éditeurs des années 1920-30 à Shanghai, avec
un « œil pour les affaires » (生意眼).
Voir
le livre de Christopher A. Reed : Gutenberg in Shanghai,
Chinese Print Capitalism 1876-1937, UBC Press, 2011.
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