Auteurs de a à z

 
 
 
     

 

 

Jin Yucheng 金宇澄

Présentation

par Brigitte Duzan, 9 juillet 2015

 

Jin Yucheng est aujourd’hui l’un des écrivains les plus représentatifs de Shanghai. Il a plus de soixante ans, publie depuis 1985, est rédacteur en chef de la prestigieuse revue Littérature de Shanghai (《上海文学》杂志), et pourtant, c’est seulement récemment que son nom est sorti des cercles restreints de la critique littéraire : parce qu’il a publié fin 2012 un roman écrit en dialecte de Shanghai (légèrement adapté) qui a été couvert de prix : « Fanhua » ou « Blossoms » (《繁花》).

 

« Fanhua » a, en particulier, figuré en tête de la liste des dix meilleurs romans établie par le Quotidien du peuple pour 2013 – année de son édition en livre [1]. Il a déclenché une vague de réflexions et discussions sur la place des dialectes et langues locales dans la Chine d’aujourd’hui. Et comme le roman est en outre est en cours d’adaptation au cinéma par Wong Kar-wai, on va en parler encore longtemps… C’est

 

Jin Yucheng

certainement l’une des œuvres littéraires chinoises les plus marquantes du début des années 2010.

 

Ecrivain tardif, pour cause de Révolution culturelle

 

Jin Yucheng (金宇澄) est né en décembre 1952 à Shanghai. Comme il n’a commencé à écrire qu’après la Révolution culturelle, et qu’il s’est arrêté pendant longtemps encore après, à cause de ses obligations professionnelles, on l’a surnommé « celui resté tapi dans le monde de la fiction » (小说界的潜伏者).

 

A eux ans, arrestation du père

 

Ses parents, photographiés en 1952

 

Il est né dans une famille de riches commerçants de Wujiang (吴江), l’un des districts urbains de Suzhou.

 

Mais, à la fin de ses études secondaires, son père est parti à Shanghai, est entré au Parti communiste et en a intégré les réseaux clandestins. Après la libération de Shanghai, il est devenu haut fonctionnaire de la ville. Comme la plupart des familles d’officiels du Parti, ils déménagent alors pour aller habiter dans les nouveaux quartiers d’habitation de lilong de Luwan (卢湾的新式里弄里居住), au sud-est de

Shanghai. Ses parents ont trois enfants ; Jin Yucheng est le fils cadet, et il a aussi une petite sœur.

  

Mais les jours heureux ne durent pas longtemps. En mars 1954, les chefs de la sécurité de la ville font l’objet d’un procès. Le père de Jin Yucheng et ses collègues sont eux aussi l’objet d’une enquête politique. Son père est arrêté et on leur demande de déménager, ce que fait sa mère, avec ses trois enfants.

 

Son père reste emprisonné pendant deux ans et, quand il sort de prison, il est envoyé travailler dans une usine de ciment à Huzhou, dans le Zhejiang (浙江湖州). Shanghai, dit Jin Yucheng, semblait un film en noir et blanc. On trouve de nombreux souvenirs de cette période dans « Fanhua ».

 

Jin Yucheng (à dr.) avec ses parents,

son frère aîné et sa petite sœur, vers 1960

 

A seize ans, paysan dans le Dongbei

 

En 1969, il a seize ans et il part avec son frère dans le Heilongjiang. Il est affecté à la ferme de Nenjiang, dans le district de Heihe (黑龙江嫩江农场), où il va rester huit ans.

 

Un ancien bâtiment de la ferme de Nenjiang

 

A l’arrivée à la ferme, tous les jeunes instruits doivent d’abord passer un interrogatoire (过堂) : que font tes parents, quel est leur statut politique ? Il est étonné de voir leurs dortoirs entourés de hauts murs, avec des barbelés, et des tours d’observation aux quatre coins ; il apprit par la suite que la ferme était un camp qui avait été construit par les soviétiques [2].

 

Pendant ces huit années, Jin Yucheng cultive du maïs, du soja, et, à la morte saison pour les travaux des champs, il fait toutes sortes de petits boulots : il travaille comme ouvrier dans

une briqueterie, il est maçon, couvreur, il fabrique des kang, creuse des puits, répare des cuves ; il élèvemême des chevaux pour la ferme.

 

En 1974, il rentre chez lui rendre visite à sa famille ; il rencontre une jeune fille qui vient de terminer ses études secondaires dans une école technique, quelqu’un doté d’une mémoire fantastique, capable de réciter par cœur « Jane Eyre », « Pride and Prejudice », « Les Misérables », « Quatre-vingt-treize », autant de livres interdits que très peu de gens avaient lus. Tous les mercredis après-midi, elle s’asseyait sous le grenadier devant sa maison, et elle récitait en tricotant, pendant deux ou trois heures.

 

Retour à Shanghai

 

Il ne rentre à Shanghai qu’en 1977. Après la mort de Mao, tous les « jeunes » comme lui tentent désespérément de revenir chez eux. Les uns se font porter malade, feignant une hépatite, d’autres simulent un handicap. Jin Yuchang a eu un ulcère à l’estomac. Alors beaucoup sont venus le voir pour qu’il aille se faire examiner à l’hôpital sous un faux nom. En un mois, il a ainsi subi sept ou huit radios. Un jour, un médecin l’a reconnu et l’a pris à l’écart pour le mettre en garde, en lui disant que ce qu’il faisait était dangereux, que s’exposer à trop de rayons X pouvait avoir de graves conséquences sur sa santé. Mais c’était chose courante.

 

Dans « Fanhua », il raconte même une histoire atroce à ce sujet. C’était un voyage en train très longpour aller à Heihe, trois jours et quatre nuits ; un jour, le train s’est arrêté pour une halte, et une jeune fille est descendue, mais, elle est remontée dans le mauvais train ; quand elle s’en est rendu compte, elle a vite essayer de redescendre, mais sa jambe est restée coincée entre le marche pied et le quai et a été broyée. Elle est restée handicapée ; donc elle est l’une des premières à avoir pu rentrer à Shanghai. Quand les autres l’ont vue partir, tout le monde l’a enviée d’avoir obtenu un hukou de Shanghai, personne n’a songé que c’était parce qu’elle avait perdu une jambe.

 

Pendant toutes ces années, la seule distraction de Jin Yucheng a été d’écrire des lettres à ses amis. « En y réfléchissant, a-t-il expliqué [3], quand je suis devenu écrivain, ce sont ces lettres qui ont été la base initiale de ce que j’ai écrit. J’ai toujours eu envie d’écrire quelque chose, mais ce n’est que lorsque je suis revenu à Shanghai que j’ai pensé que je pouvais en faire de la littérature. »

 

Et c’est la littérature qui a changé son destin.

 

Le salut par la littérature

  

Au lendemain de la Révolution culturelle, son père est réhabilité, il récupère sa réputation, ses fonctions politiques et son logement. Jin Yucheng, lui, travaille dans une usine de pièces détachées d’horlogerie.

 

Il a déjà trente-trois ans quand, en 1985, il publie sa première nouvelle, dans la revue Mengya (《萌芽》杂志) : « La rivière disparue » (《失去的河流》) ; elle est suivie de trois autres, l’année suivante, dans la même revue : « Eruption solaire » (《光斑》), « L’île » (《方岛》), et « Terre étrangère » (《异乡》). Jin Yucheng obtient le prix décerné par la revue les deux années de suite.

 

C’est grâce à cela qu’il peut intégrer un cours de formation pour jeunes écrivains, le premier créé à Shanghai par l’Association des écrivains de la ville. Il s’est retrouvé là avec Sun Ganlu (孙甘露) – qui, lui, était facteur - et quelques

 

Mengya, 1986

autres : c’est le début de la nouvelle génération des écrivains de Shanghai. 

 

En 1986, la revue « Littérature de Shanghai » (《上海文学》) sort un numéro spécial consacré aux jeunes auteurs de Shanghai avec une nouvelle de Jin Yucheng, « L’île dans le vent » (《风中鸟》), une de Sun Ganlu, « Visite au monde des rêves » (《访问梦境》) et une troisième de Ruan Haibiao (阮海彪) « Il est facile de mourir» (《死是容易的》). En 1988, « L’île dans le vent » est primée par la revue.

 

Cette année-là, Jin Yucheng devient membre de l’Association des écrivains et membre de la rédaction de la revue « Littérature de Shanghai ». 

 

Travail de rédaction

 

Il a accédé au monde des lettres, mais son travail l’accapare : il publie encore quelques nouvelles, dans la revue Shouhuo (《收获》), et, en 1990, un recueil intitulé « Perdu dans la nuit » (《迷夜》), qui apparaît comme relevant de la « littérature d’avant-garde » de l’époque [4].

 

Recueil de nouvelles « Perdu dans la nuit »

 

Recueils d’essais : L’époque

du brassage de cartes

 

Il cesse ensuite d’écrire pour se consacrer pleinement à son travail de rédacteur, n’écrivant que quelques essais à l’occasion, qui seront publiés dans un recueil en 2006, sous le titre de l’un d’eux : « L’époque du brassage des cartes » (《洗牌年代》). Une écriture complexe, recherchée, très littéraire : Jin Yucheng montre là l’une de ses caractéristiques essentielles, l’accent mis sur le style. Il a dit regretter l’uniformisation et l’appauvrissement de la langue dans la littérature chinoise moderne : on peut lire les textes écrits aujourd’hui sans buter sur un caractère, plus besoin de dictionnaire.

 

C’est cette recherche de style original posée comme priorité qui est la marque distinctive de « Fanhua » (《繁花》), recherche linguistique et stylistique qui fait de ce roman un ovni dans le paysage littéraire chinois de ce début des années 2010, en le rendant en même temps quasiment intraduisible.

 

Fanhua 

 

« Fanhua » (《繁花》) est la peinture d’un univers, l’univers de la vieille ville de Shanghai, revisitée par un écrivain de soixante ans qui en évoque les souvenirs, les siens et ceux de ses amis et proches, dans une langue qui est la sienne, et la leur : ce qu’on appelle le dialecte de Shanghai ou Shanghai hua (上海话). Un Shanghai hua lui aussi revisité, remodelé pour le rendre accessible aux lecteurs non shanghaïens.

 

Jin Yucheng présentant son roman Fanhua

 

如果说《繁花》有什么野心的话,就是它建立了一座与南方有关,与城市有关的人情世态的博物馆。”——《收获》执行主编程永新

« Si l’on cherche quelle est la grande réussite de « Fanhua », c’est d’avoir créé un musée de l’univers émotionnel lié à la ville, et lié au sud. » Cheng Yongxin, rédacteur en chef de Shouhuo.

 

L’écriture, en fait, s’est effectuée en trois étapes : internet, revue, édition.

 

Genèse  

 

Fanhua, illustration de Jin Yucheng

 

« Fanhua » est l’œuvre de toute une vie, mais Jin Yucheng a commencé à l’écrire en 2011 : le 10 mai 2011 à midi, très exactement, sous le pseudonyme à relents littéraires « Le solitaire de la mansarde » (独上阁楼), il a posté un premier texte sur le forum du site Longdang (弄堂网) [5], un site, créé par un ami de l’écrivain Chen Cun (陈村), qui est dédié à l’histoire, à la langue et aux souvenirs de Shanghai.

 

Il est très vite devenu très connu ; les lecteurs l’ont surnommé « Vieil oncle » (爷叔), et « Lao Kela » (老克腊), une expression calquée sur l’anglais signifiant « la classe », avec un côté tradition, sans être passéiste... très shanghaïen. 

 

Commence alors un échange stimulant avec les lecteurs [6]. Petit à petit, les personnages apparaissent, se multiplient ; au début, Jin Yucheng écrit deux à trois cents caractères par

jour, puis il finit par en écrire cinq mille. Parfois, il a des réunions, son travail l’absorbe, il ne peut pas écrire de plusieurs jours, alors les lecteurs s’impatientent : 老爷叔,不要吊我胃口好吧。 eh, vieil oncle, tu m’aiguises l’appétit ! Il ne faisait que reprendre, et actualiser à l’heure d’internet, la vieille tradition chinoise des romans publiés par épisodes (传统连载小说).

 

Il écrit ainsi pendant cinq mois, jusqu’à avoir un total de 330 000 caractères, et il intitule provisoirement son récit « Une histoire de fantômes shanghaïens » (《上海阿宝》) [7], en le replaçant par là-même dans une longue tradition littéraire remontant, à travers Pu Songling, aux origines du xiaoshuo.

 

Il envoie ce texte à des amis écrivains, qui lui en font l’éloge,mais en profitent aussi pour lui faire des suggestions. Il en conçoit alors un projet plus ambitieux :  

 

 

Fanhua, illustration Jin Yucheng

在以往的文学作品里,上海经常被处理成很表面的状态,比如外滩、旗袍、百乐门,我写这个小说,写城市的日常生活,希望能消除人们对上海浅表的看法,也能够回击城市无文学的论调。

« Dans la littérature, jusqu’alors, Shanghai était le plus souvent représentée de façon superficielle, avec des clichés récurrents, le Bund, les qipao, les bals ; moi, dans ce récit, j’ai voulu décrire la vie quotidienne de Shanghai, en espérant pouvoir éliminer cette vision simpliste de la ville et, en même temps, lutter contre l’image de "ville sans littérature". »

 

Fanhua, illustration Jin Yucheng

 

Ce qu’il écrit est donc totalement en rupture avec ce qu’on a écrit sur Shanghai jusqu’à lui, y compris les grands auteurs comme Wang Anyi (王安忆), d’abord par le sujet, et ensuite par la langue. Il a dit que Shanghai était une pyramide, et qu’on n’en avait montré que le sommet éclairé. Il a voulu montrer la base encore dans l’obscurité.

 

Ce qu’il a raconté dans son livre, ce sont des histoires vraies, basées sur des souvenirs ; c’est la vie des gens ordinaires, la vie des ruelles de Shanghai, et il l’a raconté dans

la langue des ruelles, le shanghai hua… mais un shanghai hua remodelé et personnalisé.

 

Révision pour Shouhuo

 

Il continue à écrire, mais sans plus publier les textes sur internet après avoir signé son contrat d’édition. Le roman paraît dans les deux numéros spéciaux printemps/été et automne/hiver 2012 de la revue Shouhuo, ou Harvest (《收获》杂志).

 

Le rédacteur Cheng Yongxin (程永新) a exercé une influence déterminante sur le roman : il a demandé à Jin Yucheng de revoir son texte, de manière à en rendre le dialecte compréhensible pour les Chinois hors de Shanghai. Jin Yucheng a donc fait tout un travail sur la langue, pour la rendre accessible mais sans enlever l’aspect dialectal qui fait une grande partie de l’intérêt du roman.

 

Cheng Yongxin expédia les numéros aux critiques littéraires, dont Cheng Depei (程德培) dont l’article élogieux fut l’un des premiers à attirer l’attention sur le roman, en particulier celle

 

Le plan d’un quartier (illustration

de Jin Yucheng pour Fanhua)

du critique d’art Wu Ke (吴亮), qui fut d’abord critique littéraire et promoteur en particulier de Sun Ganlu. L’enthousiasme fut aussi vif chez les lecteurs.

 

Un roman dont le succès tient autant au fond qu’à la forme

 

Avant même la publication du roman dans Shouhuo, la maison d’édition « Littérature et art de Shanghai » (上海文艺出版社) en avait déjà entendu parler et manifesté son intérêt en demandant un manuscrit à Jin Yucheng. C’est la langue, ici aussi, qui séduisit le responsable de l’édition littéraire : aucun des auteurs shanghaïens n’avait pensé à utiliser le dialecte ainsi. Un texte en dialecte aurait normalement nécessité une foison de notes pour le rendre compréhensible de la masse des lecteurs. Il y a eu en fait un double travail sur la forme.

 

Jin Yucheng chez lui

 

Ce travail touche le vocabulaire et les expressions, avec, d’une part, suppressionde termes dialectaux,en particulier ceux fondés sur l’onomatopée, et, d’autre part, réutilisation d’expressions anciennes disparues qui donnent à « Fanhua » une saveur de texte classique [8].

 

Mais le travail a porté aussi sur le style général. Jin Yucheng a privilégié l’utilisation de phrases courtes, avec très

peu de ponctuation, et des dialogues sans points d’interrogation. Il s’agissait de revenir vers un style proche de celui de la littérature traditionnelle de la Chine ancienne. Le texte est donc à la fois le reflet de la culture traditionnelle de Shanghai et de la langue par laquelle elle s’exprime, et un texte d’un style résolument ouvert et se voulant classique.

  

Quand « Fanhua » paraît en mars 2013, en trente-six chapitres avec une introduction et une conclusion, c’est aussitôt un immenses succès. Il est illustré de douzaines de dessins et de cartes de la main de Jin Yucheng qui complètent le texte visuellement. Il a déjà fait l’objet de plusieurs révisions et rééditions, marquées par des couvertures différentes, comme si la forme finale restait encore à parachever.

 

L’utilisation du dialecte fait l’unanimité. Comme l’a dit Li Jingze (李敬泽), si Jin Yucheng n’avait pas utilisé le dialecte, il

 

Jin Yucheng lors d’un débat sur le thème de la ville,

avec le critique Cheng Depei (au milieu)

et la romancière/rédactrice Zhou Jianing

aurait eu du mal à se faire remarquer au milieu des milliers de livres qui paraissent chaque année. Mais le dialecte n’est finalement que le moyen de trouver une expression personnelle, non standardisée.

 

Jin Yucheng avec Wong Kar-wai

 

Au-delà de la forme, cependant, il y a aussi les histoires contées qui font le succès de l’œuvre. « Fanhua » couvre un demi-siècle d’histoire de la ville en deux parties, des années 1960 à la fin de la Révolution culturelle, et des années 1980 au début du 21ème siècle, deux parties comme les deux visages de la ville, celle préservée dans le souvenir et la métropole moderne d’aujourd’hui. 

 

Il y a plus d’une centaine de personnages, dont la plupart sont inspirés de personnages réels, comme ce Xiao Mao (小毛) haut en couleur, par exemple, qui n’est autre qu’un ami de Jin Yucheng ; il est parti avec lui à Heihe en 1969 et ne l’a jamais perdu de vue ensuite, même après être devenu rédacteur et écrivain, tandis que Xiao Mao était gardien d’usine. C’est lui qui lui a raconté nombre d’anecdotes reprises dans le roman tandis que Jin Yucheng puisait dans ses propres souvenirs et rencontres.

 

On peut voir dans la relation de l’écrivain et de son ami gardien une illustration de la manière dont il définit son roman, par une relation réciproque entre le noble ya et le vulgaire su qui tient à l’utilisation même du dialecte. Car c’est le dialecte qui permet d’obtenir une sorte de relation réciproque et dynamique entre les deux - 雅俗互有- qui fait toute la richesse et l’originalité du roman :

很多小说是往这方面走,比如上海叙事都往方面走,甚至已走太多了,旗袍也好,灯红酒绿也好,很多活泼的民生呢,最底层的生活啊或最基本的生活观啊,都被惯常的叙事掩盖,所以《繁花》往另一方面在走,试着发现一些什么。

Beaucoup de romans tendent vers une forme noble avec les clichés habituels, qipao, lampes rouges, etc… ; tout ce qui relève de la vie populaire est écrasé sous les récits nobles ; « Fanhua » tente au contraire de saisir la totalité du tableau. [9]

 

Le roman a été couvert de prix, et figure en tête du classement des meilleurs romans de 2013. En même temps, il a lancé tout un débat sur l’importance des formes dialectales du chinois, contre l’emprise uniformisante du putonghua. C’est sans doute le plus important, car il apporte une preuve éclatante de la vitalité des dialectes, alors que ceux-ci, partout en Chine, sont en train de retrouver une place qu’ils avaient perdue.

 

Avec Jin Yucheng, celui de Shanghai a acquis ses lettres de noblesse…

 

Le roman a été l’un des cinq lauréats du 9ème prix Mao Dun, en 2015.

 

 

A lire en complément

 

« Blossoms » (《繁花》), l’adaptation cinématographique de Wong Kar-wai (à venir)

 

 


[1] Premier devant « Les Chroniques de Zhalie » (炸裂志》) de Yan Lianke (阎连科).

[2] Le célèbre reportage de Liu Binyan (刘宾雁) publié en 1990 « A Higher Kind of Loyalty » (《第二种忠诚》) commence par un témoignage de visu de l’exécution sommaire d’un prisonnier du Guomingdang par des gardes du camp de Nenjiang : pour avoir eu une attitude douteuse alors qu’il travaillait non loin des bornes délimitant la zone du camp, il avait été soupçonné de vouloir s’évader.

[3] Dans une interview réalisée par le Nanfang Zhoumo à la sortie de Fanhua.

[4] D’après l’essai de critique littéraire de Zhou Peihong (周佩红), in : 《在生活和心灵之间》, 2ème partie, p. 65.

[5] Le site Longdang : http://www.longdang.org/

[6] Selon la longue interview donnée au Nanfang Zhoumo (南方周末) après la sortie du livre, en avril 2013.

Article en ligne : http://www.infzm.com/content/89921

[7] A Bao (《阿宝》) est un récit des « Contes étranges du Studio des loisirs » (聊斋志异) de Pu Songling (蒲松龄).

[8] En particulier des expressions des romans du courant dit « canards mandarin et papillons ». Par exemple l’expression低鬟一笑 huányíxiào rire en baissant la tête, de façon modeste et réservée, comme il se devait aux femmes autrefois - où huán est une ancienne coiffure avec une sorte de double chignon sur les deux côtés de la tête.

[9] Interview de septembre 2014 publiée sur le portail sina : 在雅俗文化中做一个有温度的人.

http://book.sina.com.cn/zl/mingjia/blog/2014-09-25/1036706/1268762203/4b9fc65b0102v2dn.shtml

 

 

 

 

 

 

 

 

     

 

 

 

© chinese-shortstories.com. Tous droits réservés.