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Jin Yucheng : Essais et nouvelles

par Brigitte Duzan, 13 août 2022

 

La renommée de Jin Yucheng (金宇澄) est liée à la publication, en 2012, de son roman Fanhua (《繁花》) qui a suscité enthousiasme et débats non tant pour le fond que pour la forme, étant écrit dans une langue adaptée du dialecte de Shanghai qui rend la traduction très difficile – on en attend toujours une.

 

Le roman a malheureusement éclipsé les autres écrits de l’auteur qui ne méritent pourtant pas d’être négligés. On peut les classer en deux catégories, les nouvelles, courtes et moyennes, et les textes de non-fiction ; dans les deux cas, cependant, les récits se situent soit dans le nord-est, au moment où Jin Yucheng y était jeune instruit, soit dans la région de Shanghai, et en général juste avant ou pendant l’occupation japonaise. Qu’il s’agisse de fiction ou non, les nouvelles comme les essais ont un caractère autobiographique, mais ce qui domine et retient avant tout l’attention, et surtout dans le cas des nouvelles, c’est la forme - le travail d’écriture.

 

Les nouvelles dominent les années 1980 et 1990, la non-fiction prenant le relais à partir de la première moitié des années 2000. Il est intéressant de remonter le temps pour en revenir aux nouvelles, comme une sorte de genèse de l’œuvre, avec un aspect expérimental qui pourrait s’inscrire dans le courant de littérature d’avant-garde de la fin des années 1980. L’année 2018 a été marquée par des rééditions, de textes de fiction comme de non-fiction.

 

I. Les essais : retour sur le passé

 

Deux ouvrages récents, publiés en 2017 et 2018, sont représentatifs de l’écriture non-fictionnelle de Jin Yucheng. Mais un recueil précédent de 2006 peut être considéré comme fondamental.

 

·         2017 : Regard rétrospectif sur le passé

 

 « Regard rétrospectif sur le passé » (Huíwàng《回望》), déroule l’histoire de deux jeunes, Chen Weide (程维德) et Yao Yun (姚云), qui se sont rencontrés en 1945. Yao Yun était la fille du propriétaire d’une bijouterie de Shanghai [1], étudiante à l’université Fudan, Weide était un agent secret du Parti communiste pendant l’occupation de Shanghai. Ils se sont mariés. Weide a été arrêté et incarcéré dans une prison japonaise, dont il s’est évadé. Ils ont ensuite vécu une période difficile, comme tous les jeunes Chinois de la même génération marqué du sceau du « capitalisme ».  

 

 

Huiwang

 

 

Le récit est en fait une biographie des parents de Jin Yucheng.  Le livre inclut des photos de famille pour en faire un « livre d’images à lire » Il est structuré en quatre parties, les deux centrales étant consacrée au père, puis à la mère, avec des matériaux personnels de chacun, donc un ton et un style différents, la partie de la mère étant autobiographique :

Mes parents 我的父母 /

Lili – Weide – Lili  黎里·维德·黎里 /

Shanghai – Yun – Shanghai 上海··上海 /

Notre regard rétrospectif 我们回望        

 

Huiwang est le premier livre écrit par Jin Yucheng après Fanhua ; son père est mort quelques mois après la publication du roman, ce qui l’a incité à revenir sur cette histoire. Mais il avait commencé à en écrire une première partie vingt ans auparavant : le premier chapitre, « Tout a retrouvé le calme » (《一切已归于平静》), qui sert d’introduction au recueil, avait été publié dans la revue « Littérature de Shanghai », mais avec des noms fictifs. Ce n’est qu’après la mort de son père, en 2014, qu’il a réédité le texte dans le mensuel Shenghuo (《生活月刊》) en le révisant et en restaurant les noms « mon père et ma mère ». Il a ensuite lu les écrits laissés par son père ainsi que des lettres conservées par des amis. Un de ses propres récits, « L’oiseau de feu » (《火鸟》), qui avait été publié dans Shouhuo (《收获》), a été inclus dans Huiwang [2].

 

 

Les documents familiaux

 

 

Le livre est truffé de citations, de notes du père, de recherches historiques, de mémoires de personnages célèbres, d’extraits d’encyclopédies, et même un article de Roland Barthes. C’est un style très particulier, que l’auteur lui-même a qualifié de « mode d’écriture par références croisées » (“本文的互照样式”), qui permet d’éviter l’homogénéité, même si ce n’est pas de la fiction. Mais l’histoire reste malgré tout noyée dans les brume du passé, surtout s’agissant d’une période – l’occupation japonaise de Shanghai – bien plus complexe que ce qu’on en lit habituellement dans la littérature. Jin Yucheng a dit que l’histoire de Shanghai est comme une forêt tropicale, impénétrable, même pour un satellite d’observation ; l’auteur ne peut guère décrire que ce qu’il voit à ses pieds, et encore, sans chercher à l’expliquer. Dans l’interview cité ci-dessus, il utilise une image : c’est comme dans une boutique de vêtements, on n’a pas besoin d’un vendeur qui vous fasse l’article comme au 19e siècle, il suffit de regarder pour faire son choix ; le mieux, pour un auteur, est d’être stupide et paresseux.

 

Huiwang est considéré comme le second titre le plus important de l’auteur après Fanhua. Le livre marque une maturation non tant dans l’écriture que dans la manière même de percevoir la littérature et de l’écrire :

以前我一直以为,文学能够表现最丰富的内容,现在知道是有保留的,甚至是缺失的,对于作者,应该都有所保留,这也是为什么加缪或张爱玲希望烧掉遗稿。我知道最丰富的内容、细节,往往是烂在肚子里的。

Je pensais autrefois que la littérature peut exprimer le contenu le plus riche, mais maintenant je sais que cela a des limites, et même des failles, et que les auteurs doivent garder des réserves. C’est pour cela que Camus et Zhang Ailing souhaitaient brûler leurs manuscrits […]. Je sais que le contenu le plus riche, nourri des détails les plus substantiels, est souvent en putréfaction au fond de l’estomac.

 

·         2018 : Un bol《碗》

 

« Un bol » (《碗》) fait suite à Huiwang et a été publié en août 2018 aux Éditions du peuple de Shanghai (上海人民出版社) dans une collection « Scène littéraire » (Wenjing 文景) où ont été publiés par ailleurs, et en même temps, deux recueils de fiction : nouvelles moyennes, « Légers frimas » (《轻寒》), et nouvelles courtes des années 1980-1990, « L’île » (《方岛》) – voir ci-dessous.

 

 

Un bol (illustration de couverture de l’auteur)

 

 

Ce « bol » est un bol de souvenirs. Il s’agit d’une version révisée d’un recueil d’essais sanwen (散文) publié dans la revue Zhongshan (《钟山》) en 2012 : « Un bol – souvenirs des morts » (《碗——死亡笔记》). Si Huiwang évoquait l’occupation japonaise de Shanghai et la période postérieure à 1949, « Un bol » est un retour sur une autre tranche du passé de Jin Yucheng, celle des années 1970 vues sous l’angle des jeunes instruits partis dans des fermes du nord-est comme l’auteur en 1969.

 

Une jeune fille rencontrée par hasard évoque des souvenirs d’il y a trente ans parce qu’elle ressemble à sa mère, morte en tombant dans un puits après lui avoir donné naissance. Cette rencontre fortuite suscite un retour sur ce passé : l’histoire fragmentaire de ces jeunes instruits, en flashbacks. La langue est ici aussi mise au service d’une évocation de l’histoire. Le recueil est en deux parties :

- Bol – notes du nord (——北方笔记)

- Morne jour du souvenir (苍凉纪念日) – à moins que ce ne soit : le jour des mornes souvenirs.

 

Souvenirs de morts trop tôt disparus qui ne parviennent pas plus à trouver la paix que leurs camarades qui tentent d’en effacer la mémoire…

 

·         2006 : Xipai niandai《洗牌年代》

       Ou « L’époque du battage des cartes »

 

Publié en janvier 2006, ce recueil d’essais dits « au fil de la plume » (随笔集) est intéressant car il regroupe des textes qui sont comme la matrice de Fanhua (《繁花》). Le recueil légèrement révisé a été réédité en 2021 [3].

 

 

Le recueil Xipai niandai

 

 

Il est composé de 27 essais et une postface () [4], chacun illustré de la main de l’auteur comme Fanhua.

 

Pourquoi « Le battage des cartes » ?  C’est une métaphore d’un monde en changement rapide, de la volonté de tout recommencer, très vite, et en même temps, de la difficulté, dans ce brassage perpétuel, de distinguer ce qui se passe ; le monde est là, mais rien n’est visible, il y a comme un nuage, un voile qui couvre tout. Tout est fragmenté, incomplet, appréhendé par bribes. Les souvenirs affleurent sans être structurés.

 

Pourtant, il se dégage de l’ensemble une image intime de la vieille ville de Shanghai, de la ferme du nord-est, une évocation de la vie et des objets quotidiens, avec sous la surface les couleurs, les odeurs et les bruits, une recréation des personnages du passé formant un canevas de l’histoire de l’époque au gré de la fantaisie et des souvenirs de l’auteur.

 

La description de l’arrivée du printemps dans l’un des derniers essais du recueil (Le printemps) [5] semble décrire aussi bien le lent et délicat processus d’écriture de l’auteur :

 

四季里,春是最好的,它的变化是点滴中的羞涩,如纸面上慢慢清楚的画意,由简至繁,一笔添上浅浅的半笔,很节制,很懂简单和缓慢的道理,只要阳光与风还是阴冷,它就逐渐延缓脚步,我们能感觉到它的笔锋,而它躲在四周,藏于黄青色的河水里流着,就会在不远的前方停留并且化开一般。但不知春来是几时,如何去等,静候着春至。也所谓即“好饭不怕晚”,大家静看春至,等它,如坐等高厨烧菜,等是最有滋味的体验,盛宴就将开始,春气依稀,算来已经近了。

Des quatre saisons, le printemps est la plus belle ; c’est une saison dont les changements procèdent par touches timides comme d’un pinceau dessinant sur la toile une image qui se fait peu à peu de plus en plus nette,  de plus en plus riche et complexe, un trait s’ajoutant au précédent à peine achevé, dans le plus parfait contrôle du pinceau et selon un principe à la fois de simplicité et de lenteur. Il suffit que le soleil et le vent gardent de la fraîcheur pour que le printemps retarde de jour en jour sa marche en avant ; bien que l’on sente la vigueur de ses traits, il reste caché, dissimulé dans les eaux verdâtres des rivières, au fil du courant, avant de s’arrêter non loin de là, et de se déployer. On ne sait cependant pas à quel moment il va arriver, on ne peut que l’attendre calmement. Comme le dit l’adage populaire « Un bon repas ne peut arriver trop tard » ;  tout le monde attend le printemps, assis dans la plus grande sérénité comme on attend un mets délicat préparé par un grand cuisinier, attente qui est elle-même déjà un délice car elle annonce le festin qui va suivre. Ainsi pressent-on vaguement les premières effluves du printemps en se disant qu’il sera bientôt là.

 

La caractéristique sans doute la plus frappante de ces essais tient à la profusion et à la précision des détails dépeints, par une plume qui fait ainsi ressortir la poésie de l’instant, un peu à la manière de Francis Ponge décrivant « la robe des choses », de l’intérieur de la surface des choses . On a souvent lu, par exemple, des textes sur la rivière Suzhou, elle a été le cadre ou la toile de fond de nombreux films, mais jamais elle n’est apparue comme chez Jin Yucheng, car elle est vue non tant de la surface de l’eau que de son for intérieur, « au cœur du rêve » (梦中), dit-il :

 

一个男船民端碗持筷,坐于船头棉花秸柴上大口扒着稀饭薄粥。市声里的寒气,回荡于水面和附近的桥洞里,摇晃不停。作为船家,一生就是这样早餐,自以为是,自有规则,处身于紧贴河流的位置,习惯水平视野,熟悉沪西的水上世界——以这种角度看出去,与长期行走岸上、俯观河景的市民不一样,苏州河于梦中,于现实印象里,也就是各种桥洞,红漆涂写的大小水位记号,陡峭灰冷的河堤,系缆铁环锈湿滑腻,工厂烟囱插入云天,河面贴近,日夜随了船身摇晃,漂移,逼仄,辽阔,嘈杂。

Un batelier tenant un bol et des baguettes [6] est assis à l’avant de son bateau sur des tiges de coton et du petit bois, avalant à grandes bouchées un gruau très léger. Le bruit de la ville où perce un fond d’air froid se réverbère à la surface de l’eau et  sous les arches des ponts tout proches, dans une vibration ininterrompue. Quand on est batelier, c’est ainsi que l’on prend son petit déjeuner, sa vie durant, selon des règles intangibles, immuables, le corps au fil du courant, habitué à cette position offrant une vue horizontale au-dessus de l’eau, en parfaite connaissance de ce monde à la surface de l’eau de l’ouest de Shanghai – cet angle de vue est totalement différent de celui du citadin qui se promène longuement sur la rive et observe la rivière de côté. La rivière Suzhou appartient au rêve ; si l’on s’en tient aux impressions nées de la réalité, c’est une succession d’arches de ponts, d’anneaux métalliques rouillés et luisants et de marques peintes en rouge indiquant le niveau de l’eau, le long de digues escarpées d’un gris morne et froid sous un ciel où les cheminées d’usines se mêlent aux nuages. [Le batelier au contraire] fait corps avec la rivière, épousant jour et nuit le mouvement du bateau, dérivant, minuscule,  immense, tumultueux ….

 

Chacun de ses textes est un défi à la traduction, qui doit être aussi précise et poétique que l’original pour en rendre non seulement le sens, mais toute la subtilité. Dans ce dernier extrait [7], on se retient à grand peine de céder à la tentation d’ajouter, de compléter, pour mieux faire ressortir le sens, mais la phrase doit rester ce qu’elle est et inviter à entrer dans le songe.

 

Il faudrait s’attacher à relever soigneusement toutes les références littéraires et cinématographiques qui truffent le texte, en l’enrichissant, souvent avec humour et sans être jamais anodines. Le moindre film cité lève un voile sur un contexte politique en faisant des parallèles, souvent avec l’Union soviétique. C’est le cas, par exemple, dans l’essai « Le vent du sud passe par la fenêtre ouest » (穿过西窗的南风) où il est question des jeunes envoyés à la campagne en 1969 pour se faire rééduquer par les paysans pauvres. Jin Yucheng évoque le souvenir d’un film vu dans le bateau qui les emmenait dans le nord : « Lénine en 1918 », film russe de 1939, sorti en Chine en 1951, reprenant les thèses révisionnistes de Staline qui venait d’exiler des « paysans riches » et autres ennemis politiques en Sibérie. On sourit en pensant à l’affiche du film, montrant un Lénine en grand-père attentionné, aidant une petite fille qui apprend à écrire en traçant des lettres sur une feuille de papier.

 

 

Lénine en 1918

 

 

Toute la splendeur du passé de Shanghai apparaît aussi dans les noms d’artistes ou de cinémas égrenés de ci de là. Par exemple, dans l’essai « Joyaux sous clef »  (锁琳琅), l’acteur Liang Boluo (梁波罗) ou le cinéma Da Guangming, rue de Nankin (南京路大光明电影院), généralement appelé « Grand Cinema » ou « Grand Theatre », achevé en 1933. À ce passage répond d’ailleurs un paragraphe de Fanhua où Jin Yucheng décrit les cinémas de Shanghai avec un superbe dessin (p. 43) de la façade du plus vieux cinéma de la ville, le Cathay, ou Guotai (上海国泰电影院), où il montre aussi les petits éventails qui étaient glissés dans une poche à l’arrière de chaque siège pour que les spectateurs puissent s’éventer en l’absence de climatisation.

 

Lire les essais de Jin Yucheng, c’est s’arrêter à chaque page, presque chaque ligne, pour savourer les allusions et références qui y sont cachées et en font toute la richesse.

                   


 

Traduction en français

 

Battre les cartes, trad. Stéphane Lévêque et Yannan Wu avec le concours d’Alexandre Pateau, illustrations intérieures et de couverture par Jin Yucheng, éd. Picquier 2022.

Traduction de neuf des 27 essais du recueil initial [8]:

1) L’albizzia des adieux合欢/ 2) Battre les cartes 《洗牌年代》/ 3) Les cordes au cœur琴心/ 4) Le sommeil des Shanghaïens上海人困觉/ 5) Le vent du sud traverse la fenêtre ouest 穿过西窗的南风/  6) Printemps/ 7) À la recherche du prince charmant上海水晶鞋/8) Souvenirs sous le boisseau锁琳琅/ 9) Entre joie et attente在愉快与期待中.  

 


 

À lire en complément :

II. Les nouvelles.

 


 


[1] Shanghai Yinlou (上海银楼), littéralement la Tour d’argent.

[2] Selon l’interview accordée par Jin Yucheng au journal en ligne The Paper, en date du 7 janvier 2017 : https://www.thepaper.cn/newsDetail_forward_1592547

[3] Publication en juin 2021 par la maison d’édition Sanlian Bookstore de Shanghai (Shanghai Sanlian shudian 上海三联书店). Cette nouvelle édition comporte de nouvelles illustrations superbes de la main de l’auteur, dont beaucoup en couleur.

[4] Comme suit dans l’édition 2006 :
马语 / 绿细节 / 穿过西窗的南风 / 我们并不知道 / 此河旧影 / 琴心 / 上海人困觉 / 看澡 / 多米诺 / 锁琳琅 / 二十五发连射 / 狗权零碎 / 在愉快与期待中 / 合欢 /上下肢 / 现实猫 / 洗牌年代 / 嚎叫 / 上海水晶鞋 / 雪泥银灯 / 新酒 / 杂记 /手工随风远去 / 灯火平生 / / 插图与回忆 / 答《人物》杂志问 /

[5] Édition 2021 ci-dessus, p. 207.

[6] Déjà dans ce début de phrase apparemment si simple, Jin Yucheng utilise deux verbes différents pour traduire presque visuellement l’attitude du batelier, qui tient son bol entre ses mains, mais ses baguettes entre ses doigts ; l’expression est ainsi rendue en quatre caractères, parfaitement équilibrés.  Disons que l’homme est assis à l’avant du bateau (船头) plutôt qu’à la proue pour rester dans le ton.

[7] Tiré de Xipai niandai 《洗牌年代》, édition 2021 de Sanlian shudian, chapitre 此河旧影, p. 15. Dans cette édition, cet essai sur la rivière Suzhou vient en premier, comme une sorte d’introduction à ce qui suit.

[8] Sans vouloir contester les choix de traduction, celle-ci aurait au moins nécessité des notes explicatives, pour nombre d’allusions, en particulier, à des livres, des films ou des opéras, avec des références plus précises car elles sont fondamentales pour comprendre les clins d’œil de l’auteur. Par exemple :

- Le premier roman mentionné, dans le premier texte traduit, n’est pas « La tempête » mais « L’ouragan » (《暴风骤雨》) de Zhou Libo (周立波), traduit également « The Hurricane » en anglais – c’est un grand classique, prix Staline en 1951, qui dépeint la réforme agraire dans un village du nord de la Chine, en commençant par la confiscation des biens du propriétaire foncier local.

- De même, on peut être intrigué par le film « Les douze chaises » (p. 27) dont le texte chinois précise qu’il s’agit d’un film russe (p. 119 de l’édition 2021), sans que ce soit traduit. En fait il s’agit d’un film de Mel Brooks de 1970, en français « Le mystère des douze chaises », adapté d’un roman russe éponyme d’Ilf et Petrov qui se passe en URSS en 1927 : au moment de mourir, une vieille femme révèle à son fils et au prêtre venu lui donner les derniers sacrements qu’elle a caché ses bijoux dans une des chaises de son salon avant que n’éclate la Révolution. D’où le lien avec les histoires de bijoux et d’argent cachés qu’évoque Jin Yucheng dans ce passage. Le manque de référence entraîne ici une erreur de traduction : il y a dans un parc d’Odessa un monument à la gloire du roman représentant l’une des fameuses chaises, que Jin Yucheng définit comme « une chaise rembourrée à la française » (一把法式软椅) : il ne s’agit pas d’un fauteuil Voltaire !
Le monument d’Odessa intitulé « Les douze chaises » :

 

 

 

 

- Dans « Souvenirs sous le boisseau », il aurait aussi été utile de mettre une note pour expliquer le terme de « petits hauts-fourneaux » dont il est question au premier paragraphe, pour les lecteurs qui ne connaîtraient pas l’histoire du Grand Bond en avant. Mais le terme n’est pas une traduction exacte et enlève la teneur ironique de l’expression utilisée par Jin Yucheng qui parle, lui, de « la grande époque de la fabrication de l’acier »   (大炼钢时代), ce qui est en outre une allusion au grand classique de 1933 de l’écrivain soviétique Nikolai Ostrovski « Et l’acier fut trempé » (《钢铁是怎样炼成的》), adapté ensuite au cinéma.

 

 

     

 

 

 

 

     

 

 

 

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