Auteurs de a à z

 
 
 
     

 

 

A Lai 阿来

Présentation

par Brigitte Duzan, 14 décembre 2015

 

A Lai est un écrivain chinois connu pour son ascendance en partie tibétaine, et une œuvre toute entière centrée sur la culture, l’histoire, les coutumes et modes de vie originaux de la région dont il est originaire, dans le nord du Sichuan, et où il a vécu trente-six ans avant d’aller s’installer à Chengdu.

 

Depuis la fin des années 1980, il a écrit plusieurs romans et recueils de nouvelles, mais, tout récemment, s’est orienté plutôt vers la non-fiction, ainsi que vers le

 

A Lai

cinéma ; fin 2015, il a créé son propre studio pour le développement de scénarios, mais lui-même a déclaré vouloir privilégier les scénarios originaux, laissant à d’autres scénaristes le soin d’adapter ses propres œuvres. Il est président de l’association des écrivains du Sichuan

 

Berger, instituteur et poète

 

Sur les chemins de l’école

 

La préfecture d’Aba, au nord du Sichuan

 

A Lai est né en 1959 dans un village tibétain Jiarong, ou Gyarong (嘉绒藏族村庄) du district de Barkham, ou Ma’erkang (马尔康县), dans la préfecture autonome tibétaine et qiang d’Aba - ou Ngawa (阿坝藏族羌族自治州) [1]. C’est sa mère qui était tibétaine. Son père était de nationalité hui, fils d’un marchand qui faisait du commerce dans les zones tibétaines du nord du Sichuan. Il est à lui seul l’image de la complexité ethnique et linguistique de la population locale : tibétain, sans doute, par sa mère, mais ne parlant qu’un dialecte local, et écrivant en chinois.

 

Il a grandi dans le village, au bord de la rivière Dadu (大渡河), au milieu d’une population composée à moitié de bergers, à moitié de cultivateurs. Aîné d’une famille nombreuse, il doit, à six ans, comme les autres enfants, aller garder les buffles et les moutons. Il a sept ans au début de la Révolution culturelle, et c’est alors qu’il va à l’école ; mais l’enseignement est en chinois, et il ne comprend pas un traître mot de la langue. Il lui faut trois ans avant d’y parvenir.

 

A la fin du primaire, il est l’un des rares enfants de l’école à décider de continuer ses études. Le collège est à 150 li, sept ou huit kilomètres sur un sentier de montagne qu’il parcourt à pied, été comme hiver ; en chemin, il ramasse des plantes médicinales et du bois, ce qui lui paie les frais de scolarité et les livres.

 

En 1976, à la fin du lycée, il revient au village, où il est accueilli comme « le jeune intellectuel revenu au pays » ("回乡知识青年"), mais il n’a d’autre alternative que de

 

Maisons traditionnelles Gyarong de la région de Barkham

travailler. Six mois plus tard, il est engagé comme ouvrier sur le chantier de construction d’une centrale hydro-électrique ; comme il a de l’instruction, cependant, on l’envoie apprendre à conduire un engin de chantier.

 

Instituteur de montagne

 

A Lai à vingt ans

 

Mais il ne veut pas rester au village.A la fin des années 1970, quand les universités sont rouvertes, il est admis à l’Ecole normale de Barkham (马尔康师范学校), et c’est là qu’il apprend vraiment la langue chinoise. Deux ans plus tard, il a son diplôme d’instituteur, mais il est envoyé dans un petit hameau perdu dans les montagnes, au bout du monde.

 

Comme les élèves viennent de loin à pied, les jours de mauvais temps, il n’y a personne à l’école. Pour meubler le temps, il lit, des livres apportés à dos d’homme du district. C’est le début des années 1980, les traductions se multiplient ; le premier roman qu’il lit est un roman d’Hemingway… il continue avec Faulkner, Scott Fitzgerald, Walt Whitman, Pablo Neruda… en revanche, il n’a aucun livre d’histoires tibétaines ou chinoises. Quand il commence à écrire, de toute façon, c’est l’expression naturelle de son univers personnel.

 

Il est un bon instituteur, très apprécié, si bien qu’au bout

d’un an il est transféré au collège du district, pour enseigner l’histoire. Au total il a enseigné pendant cinq ans.

 

La voie royale de la poésie

 

Au collège, il se retrouve avec des camarades qui écrivent des poèmes, d’autres des articles pour les journaux, ce qui leur permet de gagner un peu d’argent. Un jour, l’un des professeurs lui dit qu’il va y avoir une réunion d’écrivains ("笔会") au bureau de la culture du district, et que c’est une occasion de manger gratis pendant deux jours. Et il explique à A Lai qu’il s’agit d’écrire quelque chose pour pouvoir participer aux débats.

 

A Lai envoie son premier poème, écrit pour l’occasion le soir même. La réunion est sans intérêt, mais le poème d’A Lai est bientôt publié dans la revue « Lettres tibétaines » (《西藏文学》). On est en 1984. A Lai a 25 ans.

 

C’est une grande période pour la poésie en Chine, mais il est à l’écart du mouvement, poète silencieux dans les réunions de poésie.

 

Des poèmes aux nouvelles

 

Ses succès littéraires lui valent cependant de devenir rédacteur de la revue littéraire du bureau de la culture de la préfecture autonome d’Aba, « Prairie nouvelle » (《新草地》). En même temps, il fait des recherches sur la religion et l’histoire de la région, et continue d’écrire des poèmes. Mais il se rend compte qu’ils sont de plus en plus longs, de plus en plus descriptifs et détaillés. En fait, ce qu’il aime, c’est raconter des histoires, exprimer les spécificités de la culture locale ; il veut devenir le chantre des gens de chez lui.

 

Finalement, dans la seconde moitié des années 1980, il commence à écrire des nouvelles. La première paraît en 1987 dans la revue « Littérature du Sichuan » (《四川文学》). C’est la période où émergent en Chine des auteurs comme Ma Yuan (马原), Zhaxi Dawa (扎西达娃), Han Shaogong (韩少功), A Cheng (阿成)… A Lai s’inscrit dans le même mouvement. Mais ses nouvelles expriment sa situation particulière, son expérience personnelle et la vie des gens dans la préfecture tibétaine où il est né et continue de vivre.

 

Premier recueil de nouvelles

 

Son premier recueil de nouvelles est publié en 1989, un an avant son premier recueil de poésie. Intitulé « Traces de sang du passé » (年的血迹), il comporte dix nouvelles [2]. A Lai a trente ans. Il ressent le besoin de se plonger au cœur de la vie locale et de la culture de la région. Alors il part pendant deux mois dans les montagnes du district de Zoige (若尔盖大草原), tout au nord de la préfecture d’Aba, zone au climat très dur, à 4 000 mètres d’altitude.

 

Cette randonnée est un tournant dans sa carrière. Seul dans la montagne, il se fond pleinement dans la grandeur sauvage de la nature, et en ressent un grand bonheur. Il écrit le poème : « En balade à trente ans sur les hautes plaines de Zoige » (30周岁时漫游若尔盖大草原》). On y perçoit un formidable élan.

 

Traces de sang du passé

 

Une fois rentré, il écrit des nouvelles. Courtes, puis de plus en plus longues, jusqu’à son premier roman, terminé en 1997…. Il a décrit cette période d’écriture intense : 

"那一年的5月,我坐在窗前,面对着不远处山坡上一片嫩绿的白桦林,听见从村子里传来的杜鹃啼鸣声……我打开电脑,多年来在对地方史的关注中积累起来的点点滴滴,忽然在那一刻呈现出一种隐约而又生机勃勃、含义丰富的面貌。于是,《尘埃落定》的第一行字便落在屏幕上了……那是一种自然的流淌。"

« Au mois de mai, cette année-là, je me suis assis devant la fenêtre, avec devant moi la forêt de bouleaux blancs sur le versant de la montagne, au loin, et, venant du village, des cris de coucous…. J’ai allumé mon ordinateur, et les milliers de petits points d’histoire locale accumulés pendant des années sont soudain, à cet instant précis, venus former des visages encore indistincts, mais pleins de vie et d’une grande richesse. La première ligne de « Red Poppies » [3] s’est ainsi inscrite sur l’écran…. dans un processus parfaitement naturel. »

 

Cinq mois plus tard, le roman est terminé. Ecrit dans une langue poétique, avec un grand lyrisme, c’est un roman qui couvre trois décennies d’histoire et de culture tibétaines, mais l’histoire et la culture locales, celles de Gyarong, où il est profondément enraciné.

 

Romancier de Gyarong

 

Le tournant de 1997

 

L’année 1997 marquent un grand tournant dans la carrière d’A Lai. Non seulement parce qu’il a achevé le manuscrit de son roman, mais surtout parce qu’il quitte le haut plateau d’Aba, où il a passé trente-six années de son existence, pour aller s’installer à Chengdu.

 

Dans son grand essai écrit dix ans plus tard, « Les échelles de la terre » (大地的阶梯), il a expliqué :

"不是离开,是逃避,对于我亲爱的嘉绒,对于生我养我的嘉绒,我惟一能做的就是保存更多美好的记忆。"

« Ce n’était pas partir, c’était m’échapper. M’échapper de mon cher Aba, qui m’avait vu naître et grandir, et dont il ne me restait plus qu’à préserver le souvenir, d’autant plus précieux. »

 

Il commence, justement, avec son premier roman.

 

Red Poppies

 

Red Poppies, édition 1998

 

« Red Poppies » (尘埃落定) est publié en mars 1998. C’est un grand succès. A Lai y raconte l’histoire, au début du 20ème siècle,du district de Barkham, qui s’appelait autrefois Situ, ou les Quatre Chefs (四土), tu pour tusi (土司), ces chefs coutumiers qui étaient nommés par l’administration impériale sous les Ming et les Qing pour administrer les zones allogènes.

 

Le roman raconte justement la fin de ce système à Barkham, à travers la rivalité du dernier tusi, le chef Maiqi (麦其土司), avec les trois autres chefs de la vallée de la Dadu. A travers, surtout, l’histoire de son fils, un « idiot » conçu un soir de beuverie, qui raconte l’histoire à la première personne. Un idiot sublime, rabelaisien, qui sauve le peuple de Markham de la famine, apporte la paix et la prospérité à son territoire en devenant le premier tusi capitaliste… mais finit assassiné après la libération du Tibet en 1951.

 

Si le personnage est rabelaisien, son histoire est énaurme et carnavalesque, à la limite même, parfois, des romans de wuxia de Jin Yong, avec, en particulier, le kidnapping de l’idiot à la frontière, par une tusi féminine, chef des Rongong…. Mais le roman est aussi une histoire très profonde de quête identitaire : le tusi Maiqi ne tient pas son autorité du centre religieux de Lhasa, à l’ouest (dominé par la secte Gelukpa, opposée aux traditions bön et autres, prédominantes à Gyarong), mais de ses attaches politiques avec l’administration chinoise, à l’est, plus proche géographiquement.

 

A Lai fait une description fascinante de Gyarong comme d’une région polyethnique, à l’extrême est du plateau tibétain, longtemps considérée comme zone sauvage et barbare aussi bien par les empereurs chinois que par les religieux tibétains eux-mêmes, et peuplée par vagues successives de nouveaux arrivants : qiang au 4ème siècle, tibétains au 8ème, han au 10ème siècle et hui au 14ème… avec, parallèlement, des vagues similaires de religions différentes : bouddhisme tibétain, bön, taoïsme, islam, christianisme.

 

Le roman est bâti sur un réseau de symboles, à commencer du point de vue géologique, la zone d’Aba se situant sur deux lignes de faille entre plaques tectoniques, dont A Lai fait un symbole des tensions sino-tibétaines. Mais le symbole le plus frappant est celui du vaste tapis rouge de fleurs d’opium, hallucinogènes et aphrodisiaques, qui vient couvrir les terres du chef Maiqi, s’imposant entre les terres « des robes blanches » (l’Inde) et les terres « des robes noires » (la Chine). Fleurs apportées par les Chinois à Barkham à la fin des années 1930, elles sont interdites par les communistes en même temps qu’est définitivement supprimé le système des tusi, et remplacées par une « utopie rouge » tout aussi hallucinatoire…

 

D’une étonnante richesse, le roman n’en finit pas de susciter la réflexion [4].

 

L’aventure de la science-fiction

 

A Chengdu, par ailleurs, A Lai entre à la rédaction du grand magazine de science-fiction édité dans cette ville, « Le Monde de la science-fiction » (《科幻世界》) [5]. Une fois son roman publié, ilse jette à corps perdu dans le travail de rédaction du journal et le développe au cours des années suivantes en en faisant le magazine de science-fiction le plus lu dans le monde. En 2000, il en devient le rédacteur en chef.

 

La même année, « Red Poppies » est couronné du 5ème prix Mao Dun - avec, entre autres, « Le chant des  regrets éternels » (《长恨歌》) de Wang Anyi (王安忆) – deux romans élevés au rang de grands classiques. A 41 ans, A Lai est même alors le plus jeune lauréat de ce prix. Il se remet à écrire.

 

Empty Mountain

 

En 1999, il participe à un programme d’étude intitulé « Entering Tibet », organisé par la Yunnan People’s Press, qui lui permet de reprendre ses voyages et de renouer avec son inspiration. Deux ans plus tard, en mai 2001, il publie un second recueil de nouvelles : « Le forgeron au clair de lune » (《月光下的银匠》). C’est un recueil de treize nouvelles, dont la première est celle du recueil précédent, « La vieille maison » (老房子), mais comme un simple trait d’union, les autres sont inédites. Le recueil a été réédité en

 

Le forgeron au clair de lune, édition 2001

octobre 2013, sans la première, et avec une moitié des nouvelles différentes [6].

 

Empty Mountain, 2005, tome 1

 

A Lai se plonge ensuite dans la rédaction d’un long roman qui est publié en trois volumes en mai 2005 : « Empty Mountain » ou « Hollow Mountain » (《空山》) : la montagne vidée, la montagne creuse. C’est en fait une série de six récits liés entre eux, deux par deux, qui décrivent la vie du petit village tibétain de Jicun (机村) et de ses derniers chasseurs de la fin des années 1950 au début des années 1990. Chaque récit raconte en fait la même histoire, mais vue sous l’angle d’un personnage différent qui n’y a pas la même place.

 

Le roman est construit comme un puzzle, ou un jeu de construction dont les pièces s’emboîtent parfaitement les unes dans les autres – l’éditeur a comparé les six récits de l’ensemble aux six pétales d’une fleur. Ce n’est ni une saga ni une épopée, c’est le récit d’un village qui se meurt, d’une montagne qui se vide, et ce n’est pas une histoire tibétaine,

c’est l’histoire de la campagne chinoise sacrifiée sur l’autel de la croissance économique et de  l’urbanisation. C’est aussi une entreprise de démythification de l’image du Tibet et du peuple tibétain, un peuple extrêmement divers, mais surtout essentiellement rural, dont le principal problème est son arriération. En ce sens, pour A Lai, son histoire est celle des peuples ruraux dans leur ensemble, la question essentielle étant identitaire. Mais il se garde bien de se poser en porte-parole de l’ensemble du Tibet, contestant tout aussi bien à quiconque, moine ou autre, le droit ou la capacité de le faire.  

 

2008 : Les Echelles de la Terre

 

Le tremblement de terre de 2008 vient comme souligner l’analyse qu’il a faite de la symbolique des failles dans son premier roman. Il consacre une partie de ses droits d’auteur à un fond pour financer la reconstruction des écoles détruites à Wenchuan et dans la région.

 

Puis il publie un long essai intitulé « Les Echelles de la Terre » (大地的阶梯), écrit au long de ses pérégrinations ;  il y analyse les transformations des villages tibétains, autrefois autonomes et autosuffisants, mais devenus des rouages d’une machine économique régie par la loi du marché et des maillons périphériques d’une civilisation urbaine facteur de changement. Son approche est beaucoup plus positive que beaucoup d’auteurs tibétains : il considère les progrès des transports, de l’éducation, l’élévation du niveau de vie en général comme de réels progrès, et l’insertion dans la société chinoise comme un élément positif.

 

2009 : King Gesar

 

En 2009, il publie sa version de l’épopée du Roi Gesar (格萨尔王). C’est la grande épopée tibétaine qui est un mythe en elle-même, car transmise par voie orale depuis le douzième siècle, par des bardes itinérants inspirés qui en ont « hérité » d’une partie, souvent à la suite d’un songe. Elle pose le problème des origines, de la mémorisation, de la transmission…

 

A Lai a « réécrit » l’histoire en chinois moderne, dans le cadre d’un vaste programme de réécriture de mythes lancé par la maison d’édition britannique Canongate dont fait aussi partie « Binü and the Great Wall » (《碧奴》) de Su Tong (苏童) publié en 2007 [7]

 

A Lai se place à la jointure entre le mythe et la réalité, c’est-à-dire entre l’épopée dans sa version légendaire de glorification du héros et sa transmission par un conteur d’aujourd’hui, avec les innombrables difficultés rencontrées 

 

King Gesar, 2009

dans l’exercice de cet art menacé par les conditions de vie mêmes, l’émergence de la télévision impliquant des transformations profondes dans la libre transmission du mythe.

 

Ce que montre en fait A Lai, à travers la fin annoncée du barde itinérant comme maillon de transmission, c’est, à terme, l’inévitabilité de la disparition prochaine de l’épopée de Gesar comme épopée populaire de tradition orale, façonnée par l’imagination et la faconde des conteurs [8]. C’est une mort annoncée qui tient en fait à la fin d’un mode de vie ancestral.

 

2014 : Zhandui

 

Zhandui, 2014

 

Après un livre sur l’écologie végétale de la région de Chengdu et divers recueils d’essais, A Lai a poursuivi avec un autre ouvrage qui n’est pas non plus de la fiction, mais qui semble en être : « Zhandui » (《瞻对》), publié en janvier 2014.

 

Zhandui est l’ancien nom du district actuel de Jinlong, dans le sud-ouest du Sichuan, une région à la population historiquement connue pour être particulièrement dure, à l’esprit indomptable : dans le dialecte local, zhandui signifie "pierre de fer".

 

Le livre couvre une période plus de 200 ans d’histoire, de 1730, pendant le règne de l’empereur Yongzheng (雍正帝) des Qing, à l’arrivée dans la région de l’Armée de Libération populaire, en 1950, en passant par les diverses révoltes et expéditions militaires sous les Qing et pendant la

République, et les différents conflits de la population avec les gouverneurs.

 

A Lai voulait au départ écrire un roman sur l’un des chefs légendaires d’une tribu locale, puis il a opté pour la non-fiction car l’histoire vraie lui offrait des histoires tout aussi intéressantes que celles qu’il aurait pu imaginer, et en outre emblématiques car les 200 ans relatés valent bien mille ans d’histoire tibétaine au Sichuan. Ce sont des leçons d’histoire, dans l’espoir que les erreurs commises ne se répètent pas.

 

De 1730 à 1903, à la fin du règne de l’empereur Guangxu, les Qing ont mené sept campagnes militaires pour conquérir la région. Après la chute de l’empire, le Guomingdang, les Tibétains et même des troupes étrangères, dont les britanniques, ont ravagé la région en tentant de la soumettre. Toutes les opérations militaires ont échoué, les échecs se répétant en cycles car les causes en sont plus complexes qu’il n’apparaît, au-delà des simples problèmes nationaux, ethniques ou religieux auxquels elles sont souvent réduites.

 

Le livre est paru en épisodes séparés dans le magazine Littérature du peuple pendant toute l’année 2013, et a été primé en décembre par le journal avant d’être publié en entier en janvier de l’année suivante, aux éditions des lettres et des arts du Sichuan.

 

2015 : essais et scénarios

 

A Lai a encore publié un recueil d’essais en juillet 2015, « A l’aise dans sa langue » (《语自在》), mais le plus intéressant développement de ses activités concerne le cinéma.

 

C’est lui qui est l’auteur du scénario du film « Tibet Sky » (《西藏天空》), ou « Phurbu & Tenzin », réalisé par Fu Dongyu (傅东育) et sorti en 2014 [9]. Il a obtenu plusieurs prix pour ce scénario, dont le prix du meilleur scénario au festival de Shanghai.

 

Au début de décembre 2015, il a annoncé avoir créé un atelier, « Le studio d’A Lai » (阿来工作室), qui a pour vocation de devenir un véritable « incubateur de scénarios » (剧本孵化器). Il a vendu à la société de production sichuanaise Kekexili Films les droits d’adaptation de sa  nouvelle « « Trois champignons chenilles » (《三只虫草》). Mais c’est un autre scénariste qui doit écrire le scénario. Quant à lui, il préfère s’orienter maintenant vers l’écriture de scénarios originaux.

 

A Lai à la cérémonie de signature de l’achat des droits de sa nouvelle ‘Trois champignons chenilles’, à Chengdu, fin 2015

 


 

Traduction en français

 

- Sources lointaines, traduit du chinois par Marie-France de Mirbeck, Bleu de Chine 2003

Texte original en ligne :中篇小说《遥远的温泉》

http://v.yc.ifeng.com/book/ts/62220.htm

 

Traductions en anglais

 

Romans

- Red Poppies : a Novel of Tibet, tr. Howard Goldblatt / Sylvia Li-chun Lin, Houghton Mifflin 2002

- The Song of King Gesar, tr. Howard Goldblatt, Canongate Books 2013

 

Nouvelles

- Aku Tonpa, tr. Jim Weldon, Pathlight mai 2015.

- The Hydroelectric Station, The Threshing Machine, tr. Darryl Sterk, Pathlight 2, 2012.

- Tibetan Soul, stories, tr. Karen Gernant / Chen Zeping, Merwin Asia Feb. 2012, dist. by University of Hawaii Press.

- Wind over the Grasslands, tr. Karen Gernant / Chen Zeping, ME Merwin Asia 2011

- Fish, tr. Howard Goldblatt, in The Columbia Anthology of Modern Chinese Literature, Joseph S.M. Lau and Howard Goldblatt ed. Columbia University Press 2007 (pp 470-479)

 

Interview

- Interview with Shu Jinyu, tr. Emily Jones, Pathlight mai 2015.

 

 

Adaptations télévisées

 

« Red Poppies » : adapté en feuilleton télévisé de 25 épisodes diffusé en janvier 2003, avec Liu Wei (刘威), Song Jia (宋佳) et Fang Bingbing (范冰冰).

http://www.youku.com/show_page/id_zcbfde72c962411de83b1.html

 

Scénarios

 

2014  Tibet Sky《西藏天空》 film réalisé par Fu Dongyu 傅东育


 

[1] Les Tibétains Gyarong sont un sous-groupe qui ne parlent pas le dialecte de l’Amdo, mais un dialecte qiangique.

[2] Mais il est alors passé inaperçu ; ce n’est que lors de la réédition du recueil en 2000 que ces nouvelles ont attiré l’attention des critiques, à la faveur du prix Mao Dun attribué à « Red Poppies ».

                      Préface
老房子                 La vieille maison
奔马似的白色群山    Des montagnes blanches comme des chevaux au galop
环山的雪光            L’éclat de la neige sur le cercle de montagnes
                      Profond sommeil
旧年的血迹            Traces de sang du passé 
生命                    La vie
远方的地平线          L’horizon lointain
守灵夜                  Une nuit de veillée funèbre
永远的嘎洛            Eternel Galuo
猎鹿人的故事          L’histoire du chasseur de cerfs
编后记                  Postface

Textes en ligne : http://www.xiaoshuotxt.com/dangdai/9316/

[3] Le titre chinois (chén'āi luòdìng 《尘埃落定》) signifie : quand la poussière est retombée. Mais il a été traduit en anglais « Red Poppies », à cause d’un épisode significatif du récit, et il est connu sous ce titre.

[4] Pour une analyse de la symbolique du roman et des questions identitaires qu’il soulève, voir : Modern Literature and Social Change, Lauran H. Hartley / Patricia Schiaffini-Vedanied. – chap. 10 : In Quest(ion) of an ‘I’, Identity and Idiocy in Alai’s Red Poppies, by Alan Y.F. Choy, pp 225-235

[6] Les treize nouvelles de l’édition 2013 :

野人                    Le sauvage
槐花                    Les fleurs de sophora
群蜂飞舞               Le vol de l’essaim
阿古顿巴               Agu Dunba
月光下的银匠          Le forgeron au clair de lune 
格拉长大               Histoire de Gela
瘸子                    L’estropié
马车夫                 Le paysan à la charrette
水电站                 La centrale hydroélectrique
自愿被拐卖的卓玛    Kidnappée volontaire
少年诗篇              Poème de jeunesse
蘑菇                   Champignons
                      La route

Textes en ligne : http://www.xiaoshuotxt.com/dangdai/9306/

[7] Traduit du chinois par Marie Laureillard : Le mythe de Meng, Flammarion 2009.

[8] Voir l’analyse commentée du livre d’A Lai par David Yao, doctorant de l’université Sun Yat-sen, traduction en anglais par Bruce Humes : http://bruce-humes.com/archives/1646

Sur l’épopée de Gesar et sa transmission, voir :

Bab Sgrung : Tibetan Epic Singers, by Zhambei Gyaltsho, Oral Tradition 16/1 2001, pp 280-293.

Texte en ligne : http://journal.oraltradition.org/files/articles/16ii/Zhambei.pdf 

[9] Voir : chinesemovies….

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

     

 

 

 

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