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« Ecrire, ce n’est pas transmettre, c’est appeler. » Pascal Quignard

 
 
 
     

 

 

Bei Bei   北北 (aujourd’hui Lin Nabei 林那北)

Présentation 介绍

par Brigitte Duzan, 26 avril 2010

 

Bei Bei  (北北) est née en 1961 dans le Fujian (福建), au sud-est de la Chine. Son vrai nom est Lin Lan (林岚), la’ brume dans la forêt’, ce qui était déjà un superbe nom de plume en soi, mais peut-être un peu trop romantique, ou trop littéraire. Originaire du sud, fascinée par les immenses paysages de Mongolie, Lin Lan rêvait du nord, alors, quand elle a commencé à écrire, après plusieurs essais, elle a fini par signer Bei Bei, tout simplement.

 

Une jeunesse sans histoire

 

Bei Bei a grandi à Fuzhou (福州), la capitale provinciale. Le nom signifie ‘l’heureuse région’, on pourrait dire ‘le coin béni des dieux’ : la ville n’a jamais été détruite ni par la guerre ni par des désastres naturels ; le climat subtropical en fait un

 

havre à la végétation luxuriante, symbolisée par le banyan.

 

 

La mère de Bei Bei était enseignante, Bei Bei a grandi dans

l’enceinte du collège. Ce fut une enfance insouciante, elle avait quinze ans à la fin de la Révolution culturelle, et n’en a pas été affectée. Elle est entrée peu après à l’institut de formation des enseignants de Fuzhou, dans l’annexe du district de Minhou (福州师专闽侯分班). Elle est devenue professeur, et a enseigné pendant sept ans.

 

C’était une existence comme le titre de l’une de ses premières nouvelles : 《我的生活无可奉告》wǒdeshēnghuó wúkěfènggào, une existence sur laquelle il n’y a rien à dire. Mais son univers était déjà celui de la littérature, de l’imaginaire. Elle raconte souvent une anecdote qui le montre bien : quand elle était enfant, elle oublia un jour son cartable à l’école ; comme il n’y avait pas de nom dessus, les camarades qui le trouvèrent  l’ouvrirent, et

s’aperçurent alors qu’il n’y avait à l’intérieur aucun manuel scolaire, seulement des nouvelles et des romans…

 

Ecrivain en herbe

 

Au début des années 1980, elle commence à écrire, des articles publiés à partir de 1983 dans divers journaux. Son travail est alors surtout journalistique, elle tient des rubriques spéciales dans des quotidiens locaux comme celui de Fuzhou《福州晚报》, mais aussi dans des revues d’autres provinces, comme le Shenghuobao《生活报》du Heilongjiang.

 

Ce genre d’écrits, qui vont de la réflexion sur des faits divers ou des sujets à la mode à des méditations plus profondes sur la société ou l’état du monde, représente une ancienne tradition littéraire ; ils sont désignés en Chine par le terme général de 散文随笔sǎnwén suíbǐ, ‘notes éparses’ écrites ‘au fil de la plume’. Bei Bei en a publié deux recueils : le premier s’intitule北北话廊》Běi Běi huàláng, la galerie de paroles de Bei Bei, galerie de paroles comme on dit galerie de peintures (1995), et le

 

second《不羁之旅》Bùjī zhī lǚ, libre errance (1998).

 

Bei Bei s’est ainsi peu à peu imposée dans le paysage littéraire chinois comme un auteur à la plume vive et aux observations souvent drôles, reflétant un caractère fondamentalement enjoué. Elle était jeune et frêle, comme un fétu de paille à la merci du vent, comme on disait des jeunes femmes autrefois : 弱不禁风ruò bùjīnfēng. Elle aurait pu rester dans cette catégorie où la gent littéraire, masculine, enferme souvent leurs consoeurs, avec un brin de condescendance : “小女 xiǎo nǚzi, les ‘petites femmes’.

 

Alors, à la fin des années 1990, elle a changé de registre : elle s’est mise à publier des nouvelles.

 

 

Beaucoup de critiques se sont demandé où elle allait trouver ses sujets d’inspiration, vu qu’elle avait jusque là mené une existence tranquille, et sans histoire justement. Elle a en fait compensé ce manque d’expérience vécue par son travail de journaliste : ce sont les gens rencontrés lors de ses investigations, et tout son travail de terrain, qui lui ont fourni la base de la plupart de ses nouvelles. Certaines ont ainsi la saveur de faits divers, et toutes portent la marque d’un sens aigu de

l’observation et de la narration.

 

Romancière

 

Son premier recueil, publié en 1997, s’intitule ‘histoire couleur de café’ (《咖啡色的故事》; ce sont en fait des nouvelles qu’elle a commencé à écrire dès les années 80. Sa consécration en tant que romancière vient ensuite, avec la publication, en novembre 2000, du recueil cité plus haut, 《我的生活无可奉告》.

 

La liberté du ton ainsi que l’originalité des personnages dépeints et des histoires contées en font tout de suite un auteur qui compte. 变坏一男一女》(un homme et une femme transformés) raconte l’odyssée d’un homme et d’une femme qui se donnent rendez-vous dans un container vide, dans une gare, et se retrouvent embarqués dans un périple inattendu de plusieurs jours lorsque le train se met

en marche, jusqu’à les laisser au bord de l’inanition, et dégrisés ; 《有病》(malade) est l’histoire d’une jeune ‘escort girl’ atteinte du sida ; 《玫瑰开在我父亲怀里》(la rose ouverte que tient mon père) est une histoire, elle, pleine de chaleur et d’humanité, dont le père du titre est un paysan analphabète qui rêve d’écrire, de composer de la musique, et de prendre l’avion, un personnage plein de poésie, dont l’imaginaire tente de défier la médiocrité ambiante, un peu à la manière de ces poètes chinois qui se noyaient en essayant d’attraper le reflet de la lune dans l’eau – mais, dans l’histoire, c’est sa femme qui meurt, comme si le rêve et la poésie, aujourd’hui, ne pouvaient que semer la désolation et le désespoir.

 

Trois ans plus tard, après un roman intitulé « Emei » (《娥眉》), son style se précise dans un nouveau recueil de nouvelles publié en janvier 2003 dans la revue « Littérature du peuple » (《人民文学》) :寻找妻子古菜花(à la recherche de ma femme, Gucaihua). On peut d’ailleurs considérer cette nouvelle, ‘de taille moyenne’, comme un bon exemple de ce qu’elle écrit dès lors. (1)

   

 

L’histoire, centrée sur d’humbles personnages du peuple, se passe à Changle (长乐), près de Fuzhou. Le personnage principal, Li Fugui (李富贵), est tombé amoureux de Gucaihua (古菜花) après l’avoir entendue chanter ; il l’épouse, mais le mariage ne dure qu’un an : Gucaihua s’enfuit avec un autre, et Li Fugui, désespéré, laisse tomber ses champs pour la chercher. Il y a cependant une autre femme depuis longtemps amoureuse de lui : Naiyue (奈月). Elle attend patiemment Li Fugui, mais quand celui-ci se retourne enfin vers elle, elle se rend compte qu’il a déjà la peau flétrie et renonce à lui.

 

 

C’est une histoire étrange où les comportements des uns et des autres semblent erratiques, dictés par des sentiments romantiques chez les deux premiers, très réalistes chez la troisième : autant Gucaihua reste la femme perdue classique de la littérature chinoise traditionnelle, autant Naiyue est en fait une femme moderne égarée dans le village, elle a la tête froide et l’individualisme de ses consoeurs urbaines. Le contexte social du village est au second plan, ce sont les caractères et les sentiments des personnages qui sont au centre de la nouvelle.

 

Ce qui frappe chez Bei Bei, c’est qu’elle ne décrit pas la vie du village, ou celle de la ville, ce qui l’intéresse c’est le choc des deux, et les contradictions qui en résultent dans le contexte moderne. Et ces contradictions sont décrites à partir de la psychologie des personnages qui est vraiment

l’élément central et moteur de ses histoires. En ce

sens, elle est bien représentative d’une nouvelle génération de femmes écrivains.

 

Depuis lors, elle a multiplié les recueils, mais sans frénésie : elle dit prendre son temps pour écrire, sans forcer les choses. Elle est vice-présidente de

l’association des écrivains du Fujian, et rédactrice adjointe de la revue littéraire bimensuelle 《中篇小说选刊》, spécialisée dans la publication de nouvelles ‘de taille moyenne’. L’an dernier, en août, elle a eu l’honneur de la couverture de la revue littéraire de Pékin (北京文学) à l’occasion de la publication de sa nouvelle 《风火墙》fēnghuǒqiáng : le pare-feu.

 

Elle a quarante ans, et l’avenir devant elle.

 

Maturité et changement de nom

Avec la maturité, cependant, son nom de plume lui a paru puéril, un nom de petit panda, ou de mascotte olympique, le reflet d’un rêve d’enfant.

 

 
Alors elle a décidé d’en changer. Ne cherchez donc plus Bei Bei (北北) ; depuis mars 2008, elle signe Lin Nabei (林那北), un astucieux compromis entre son vrai nom et son ancien nom de plume.

 

(1) C’est cette nouvelle qui figure dans le recueil « Le vendeur de nids d’hirondelles » paru en 2007 aux éditions Bleu de Chine. Voir actualités.

 


 

A lire en complément :

 

《总之还要住下去》 « Laisser la vie suivre son cours »

 

 


 

 



 

 

 

 

     

 

 

 

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