Histoire littéraire

 
 
 
     

 

 

Histoire de la poésie chinoise

 

Du Fu 杜甫

(1/ Du Fu, une vie en poèmes)

2/ Du Fu et la postérité

par Brigitte Duzan, 6 mai 2026

 

Méconnu de son temps, Du Fu (杜甫) a été redécouvert au 11e siècle.

 

Sa vaine recherche d’un poste officiel tout au long de sa vie a trouvé des échos chez les lettrés qui voyaient un reflet de leurs propres désillusions dans cette quête obstinée, et dans son indéfectible loyauté envers l’empereur et un régime aux abois. Ils ont fait de Du Fu le type même de « l’homme de bien », l’idéal du junzi (君子) confucéen. Méconnu comme Confucius en son temps, il a dû de même affronter les vicissitudes de la guerre et de l’adversité pendant quasiment toute sa vie et c’est en même temps le sujet principal de sa poésie.

 

Du Fu redécouvert sous les Song

 

o    Ouyang Xiu 

 

Il a été découvert par l’historien, calligraphe et poète des Song Ouyang Xiu (歐陽修 1007-1072), auteur entre autres, pour l’empereur Renzong (宋仁宗), du « Nouveau livre des Tang » (《新唐書》/《新唐书》) présenté à l’empereur en 1060 [1], mais aussi d’une importante œuvre littéraire où la critique voisine avec les études de fleurs et la poésie. Son œuvre en prose la plus célèbre est un recueil intitulé « Notes du pavillon du vieux pochard » (Zùiwēngtíng Jì 《醉翁亭記》) [2].

 

Tout comme Du Fu, Ouyang Xiu mêle dans ses poèmes – tout spécialement ceux de sa maturité – des thèmes célébrant le quotidien comme la vie de famille, les sorties et soirées avec les amis, à des thèmes de satire politique et d’amour des antiquités, dans un style qui n’exclut pas l’humour ni même l’autodérision, là aussi comme Du Fu.

 

o    De Ouyang Xiu à Xu Shi

 

Ouyang Xiu a tout particulièrement loué la loyauté doublée d’esprit critique de Du Fu, comme l’ont fait les lettrés des Song après lui, tel Su Shi (蘇軾/苏轼 1037-1101), victime lui aussi des factions politiques de son temps, exilé à plusieurs reprises et donc comme Du Fu souvent séparé des siens ; finalement assigné à un poste à Chengdu, il ne l’atteindra jamais car il mourra en route.

 

Comme Du Fu a rêvé de Li Bai, et l’a plusieurs fois noté dans des poèmes, Su Shi a rêvé de Du Fu. Ils avaient les mêmes opinions politiques, détestant la cruauté des légistes et prônant la bienveillance pour gouverner le peuple. Mais ce que Su Shi appréciait le plus en Du Fu, c’était surtout sa loyauté. C’est ce qu’il dit dans la préface au recueil de poèmes de Wang Dingguo (《王定国诗集叙》), en comparant les expériences tragiques et malgré tout l’indéfectible loyauté des deux hommes :

 

                “古今诗人众矣,而杜子美为首,岂非以其流落饥寒,终身不用,而一饭未尝忘君也欤。

« Depuis l’antiquité, il y a eu de nombreux poètes, mais Du Zimei (c’est-à-dire Du Fu) est le plus grand. Non tant pour avoir souffert de la faim et du froid pendant ses périples. Ni pour ne jamais avoir servi le pays. Mais parce qu’il n’a pas oublié son souverain un seul instant. »

                                             [littéralement : le temps d’un seul repas]

 

En fait, la notoriété de Du Fu est allée croissant après le milieu de la dynastie des Song du Nord, et cela tient en grande partie à Su Shi qui exerçait alors une influence incontestée. Il a souvent pris le talent de Du Fu comme modèle et l’a donné en exemple à diverses reprises. Ainsi, dans sa postface à l’ouvrage sur la calligraphie des « six maîtres des Tang » (《书唐氏六家书后》), il dit :

颜鲁公书雄秀独出,一变古法,如杜子美诗,格力天纵,奄有汉魏晋宋以来风流,后之作者,殆难复措手。

La calligraphie de Yan Zhenqing est d’une élégance et d’une puissance sans égales, transformant les styles anciens. Comme la poésie de Du Fu, son style et sa force sont un don du Ciel, combinant le talent suprême des Han, des Wei, des Jin et des Song. Ses successeurs ont eu de la peine à l’égaler.  

 

Et dans la postface de l’ouvrage sur la peinture de Wu Daozi (《书吴道子画后》) il affirme encore :

 

诗至于杜子美,文至于韩退之,书至于颜鲁公,画至于吴道子,而古今之变,天下之能事毕矣

« La poésie a atteint des sommets avec Du Fu, la prose avec Han Yu, la calligraphie avec Yan Zhenqing et la peinture avec Wu Daozi ; ils ont réussi à combiner à la perfection l’ancien et le moderne. »

 

Le maître de Su Shi, Zhang Fangping (张方平) – celui-là même qui avait recommandé Su Shi à Ouyang Xiu[3] – était lui-même un admirateur de Du Fu. Zhang Fangping a écrit un poème intitulé « En lisant des poèmes de Du Fu » (《读杜工部诗》) où il dit :

                “文物皇唐盛,诗家老杜豪,雅音还正始,感兴出离骚。

« La dynastie des Tang a été un âge d’or de la littérature et de la culture. Du Fu a été le grand poète de cette époque ; sa voix élégante résonne des échos de l’ère Zhengshi, ayant (par ailleurs) puisé son inspiration dans le Li Sao [4] ».

               

Su Shi lui a rendu hommage, comme en réponse, dans un long poème où il compare la poésie de son maître à celle de Du Fu, en regrettant de n’être, à côté d’eux, que du menu fretin. Il faut dire qu’en quelques références choisies Zhang Fangping fait ressortir tout ce qu’il admirait chez Du Fu et que va admirer Ouyang Xiu à sa suite : son talent unique mais plongeant aux sources de la poésie de Qu Yuan (屈原), dont l’époque troublée et l’expérience de l’exil se reflètent dans la tristesse exprimée dans ses vers, sentiments partagés par Du Fu.

 

C’est cette sympathie pour les malheurs du poète que traduit aussi l’essai de Qian Zhongshu (钱钟书) « La poésie peut être complainte » (《诗可以怨》) où l’écrivain reprend l’idée que la meilleure poésie est créée en des temps de pauvreté tragique pour le poète qui en est réduit à fuir (“诗人例穷苦,天意遣奔逃”). Mais ce n’est pas une loi universelle de l’histoire littéraire. Su Shi a plutôt souligné la force expressive de la poésie de Du Fu, qu’il s’agisse de rendre la solennité du son des tambours sous la lune à la veille d’un combat, ou l’apparition soudaine, au creux de la nuit, de l’éclat de la lune se reflétant dans l’eau :

                “四更山吐月,残夜水明楼。

                À la quatrième veille la montagne crache la lune,

                Dans la nuit en sursis l’eau illumine les murs.

 

Cette admiration pour Du Fu – qui n’exclut pas la raillerie pour autant [5]  –  est généralement partagée par les poètes et critiques de ce 11e siècle [6], même par Wang Anshi (王安石), et Su Shi l’a transmise à ses élèves et proches.

 

o    De Su Shi à ses élèves

 

Le principal de ces proches est le poète et calligraphe Huang Tingjian (黃庭堅 1045-1105), célèbre pour ses calligraphies, mais aussi pour ses poèmes réguliers et ses ballades. En 1078, il a présenté à Su Shi deux de ses poèmes dans le style ancien (gǔshī 古诗), style dérivé des « Dix-neuf poèmes anciens » qui avait connu un regain de popularité sous les Tang, sous le pinceau de Li Bai et de Du Fu ; Su Shi lui avait répondu par deux poèmes, scellant ainsi une amitié qui vaudra à Huang Tingjian d’être plusieurs fois exilé comme Su Shi, pour leur opposition aux réformes de Wang Anshi. Et comme Su Shi quelque temps avant lui, il mourra dans son dernier exil, dans le sud.

 

Huang Tingjian est le fondateur de l’École de poésie du Jiangxi (江西诗派), directement inspirée de Du Fu pour ses recherches formelles et l’utilisation récurrente d’images empruntées au passé, mais citées de manière allusive, sur le modèle des poèmes de Du Fu dont il disait qu’ « il n’est pas un seul mot qui n’ait sa source » (“无一字无来处”), et que c’est justement cette référence constante au passé qui permet de « transformer le fer en or » (“点铁成金”), cette transformation étant une véritable réincarnation, comme « prendre un fœtus pour lui donner des os » (duó tāi huàn gǔ  “夺胎换骨”). Chaque poème nécessite un véritable décryptage, ligne par ligne.

 

Comme Du Fu, cependant, Huang Tingjian a également écrit des poèmes sur le quotidien ; il a ainsi calligraphié des lettres à des amis, en particulier pour les remercier de cadeaux de fruits, gingembre ou autres (il était bouddhiste et végétarien), pour donner une recette, ou simplement pour exprimer un sentiment d’harmonie avec la nature. Ainsi ce poème intitulé « Patates douces ».

 

 

Modèle de poème calligraphié

 « Les patates douces » (shānyù tiē 山預帖),

extrait du recueil « du Hall des Trois Raretés »

 (Sānxītáng tiē 三希堂法帖)

 

 

Ces « patates douces » sont le souvenir de pousses de patates douces que l’on jette normalement ; mais, cuites sur l’instance des enfants, elles se sont révélées délicieuses. Et le texte se termine, comme chez Du Fu, par une pensée rétrospective, en guise de morale :

                物理不可盡如此。今之論人材者。用其所知而輕棄人。可勝歎哉。

On ne va pas aussi loin en sciences naturelles. Aujourd’hui, les gens sont jugés par ce que l’on sait de leurs talents, et c’est sur la base de ces connaissances qu’ils sont rejetés sans autre procès. Quel dommage, vraiment !

 

Autre disciple et contemporain de Su Shi, Chen Shidao (陈师道 1053-1101) a également pris les poèmes de Du Fu comme modèles d’écriture, mais de manière différente, moins intellectuelle : pour tenter d’exprimer les résonnances émotionnelles de la poésie, dans une tentative de « retour à la simplicité ». Il a été classé dans l’École de poésie du Jiangxi, cette école caractérisée comme ayant « un ancêtre et trois maîtres » (“一祖三宗”), l’ancêtre étant… Du Fu !

 

Tous ces poètes étaient, comme Du Fu, souvent pauvres, exilés, sur les routes, et trouvaient réconfort dans sa « Ballade du vieux cyprès » (古柏行) :

                孔明廟前有老柏,柯如青銅根如石。

                ….

                志士幽人莫怨嗟,古來材大難為用。

 

Face au temple de Kongming est un vieux cyprès.

aux branches comme bronze, racines comme rocher…

….

Ambitieux méconnus, ne vous lamentez pas,

Depuis l’aube des temps le talent tel le bois

               N’est bien souvent d’aucun usage.

 

o    Et des Song du Nord aux Song du Sud

 

On retrouve Du Fu comme inspirateur des « poèmes en vers assemblés » (jíjùshī  集句诗) dont la paternité est attribuée à Wang Anshi, sous l’empereur Shenzong (宋神宗), mais dont le terme lui-même de jíjù viendrait de Chen Shidao. Or, un sous-genre est constitué de poèmes constitués uniquement de vers de Du Fu : les jídùshī (集杜诗), créés par le poète Wen Tianxiang (文天祥 1236-1283), sous le règne de l’empereur Lizong (宋理宗) des Song du Sud. Il en aurait composé un volume en prison après avoir été capturé par les Mongols.

 

Sous les Song du Sud, même Zhu Xi (朱熹), qui était aussi poète [7], a recommandé à ses pairs l’étude des poèmes de Du Fu, associé comme souvent à Li Bai.

 

Un modèle récurrent des Yuan aux Qing

 

o    Un modèle pour les poètes des Yuan…

 

De la période des Yuan, l’histoire littéraire a surtout retenu les dramaturges auteurs de zaju (杂剧). Mais ce théâtre, « varié » comme son nom l’indique, intégrait musique et danse ; en marge s’est développé, dans le nord, un genre de chants « séparés », les sǎnqǔ (散曲), conservés dans quatre anthologies du 14e siècle. Chants populaires, ils étaient pour beaucoup l’expression de protestations contre la corruption et les exactions du régime, par des lettrés exclus des sphères du pouvoir, avec parfois une certaine nostalgie du passé, mais non sans humour, voire autodérision.

 

Leurs modèles sont souvent les poèmes du Shijing, mais aussi ceux de Du Fu. L’un des auteurs les plus prolifiques de sanqu est Zhang Kejiu (張可久 v.1270-1348), qui nous a laissé quelque 855 poèmes uniques dits xiao ling (小令) [8]. Maître de l’allusion, il a été célébré pour son style raffiné qui a été particulièrement apprécié sous les Ming. C’est ainsi que le dramaturge, poète et critique littéraire du 16e siècle Li Kaixian (李開先), spécialiste du théâtre des Yuan, l’a sacré « Du Fu du sanqu » (散曲的杜甫).

 

o    Pour ceux des Ming…

 

Le 15e siècle est un hiatus dans la vie culturelle en Chine. La poésie est à son nadir. Au début du siècle, dans le Fujian, un anthologiste lui-même poète, Gao Bing (高棅 1350-1423), se tourne alors vers la poésie des Tang et publie une anthologie de près de six mille poèmes classés selon des critères à la fois historiques et esthétiques : c’est l’anthologie dite Tangshi pinhui (唐詩品彙). Les principes de sélection et de classement sont inspirés de ceux du poète et théoricien des Song du Sud Yan Yu (严羽), célèbre pour son ouvrage de théorie sur la poésie, « Propos sur la poésie de Canglang [9] » (Canglang shihua沧浪詩話) où il élève le 8e siècle au rang de véritable âge d’or de la poésie des Tang (盛唐), et par-dessus tout celles de Li Bai et Du Fu, considérés comme les « authentiques grands ancêtres » (zhèngzōng 正宗).

 

Toute la période Ming a ensuite connu une vogue archaïsante dite « de retour à l’ancien » (fùgǔ 复古), avec en poésie un style ancien (gǔtǐ 古体) allant puiser ses modèles jusque dans la poésie des Han et des Wei, tandis que la poésie inspirée des poètes Tang du 8e siècle était qualifiée de « style moderne » (jīntǐ 今体), sous l’influence de Yan Yu et Gao Bing. Ce n’est qu’à la fin des Ming que se développera un mouvement anti-archaïsant, fondé sur la défense d’une littérature vernaculaire, mais au 17e siècle encore, un poète comme Chen Zilong (陈子龙 1608-1647) prendra comme modèle de raffinement stylistique les poèmes de Du Fu [10].

 

o    Et sous les Qing, pour Jin Shengtan… et l’empereur Qianlong !

 

Jin Shengtan (金聖嘆/金圣叹) est célèbre pour avoir édité une version courte du roman « Au bord de l’eau » (Shuihuzhuan《水浒传》), version tronquée en 70 chapitres et un prologue achevée en 1641 qui a longtemps été la plus connue, et traduite. Mais sa notoriété ne s’arrête pas là. C’était un lettré anticonformiste qui a publié des commentaires et deux anthologies fondées sur des critères de sélection résolument iconoclastes. Il a en effet établi une liste de « Six œuvres de génie » (六才子书) où il mêle des œuvres en langue classique et des œuvres populaires décriées par les lettrés de son temps comme l’ « Histoire du pavillon de l’Ouest » (Xixiang ji《西厢记》) et le Shuihuzhuan, les quatre premières œuvres étant :  le Zhuangzi (《庄子》), le Li Sao (《离骚》) de Qu Yuan (屈原), les « Mémoires historiques » (Shiji《史记》) de Sima Qian (司马迁), et en quatrième position … les poèmes de Du Fu (杜甫) !

 

On a d’ailleurs récemment édité un choix de 600 poèmes des Tang sélectionnés et annotés par ses soins, sélection qui commence par deux poèmes de Du Shenyan (杜审言 645 ou 648-708), grand-père de Du Fu qui a été un précurseur dans l’écriture de poèmes réguliers à sept ou cinq caractères, en particulier dans le genre de la poésie de frontière (边塞诗).

 

 

600 poèmes des Tang annotés par Jin Shengtan,

北京联合出版公司 2016.

 

 

Quant à l’empereur Qianlong (乾隆帝), un siècle plus tard, peintre et poète dont la collection de peintures lui était tellement précieuse qu’il l’emportait avec lui lors de ses voyages pour comparer ses tableaux avec les paysages véritables, il a lui-même développé la pratique d’inscrire des poèmes sur les rouleaux de peinture, comme des sortes de notes de voyage intimes. Dans la 16e année de son règne, il a fait éditer une « sélection impériale » de quelque 2 660 poèmes des Tang et des Song (御选唐宋诗醇). De manière significative, l’anthologie compte 722 poèmes de Du Fu, contre 375 pour Li Bai ou 363 pour Bai Juyi… Dans ses commentaires, l’empereur fait l’éloge de Du Fu, pour sa fervente piété filiale et son indéfectible loyauté envers son souverain, même au pire de ses épreuves, et pour l’art avec lequel il exprime ses émotions dans ses complaintes. Il loue son art de la narration des événements, qualifiant sa poésie d’ « histoire poétique ». 

 

On trouve ainsi les poèmes de Du Fu cités à maintes reprises comme précurseurs et représentatifs de différents genres, des « poèmes inscrits » sur les peintures à la littérature de voyage, et même comme modèles d’art narratif.

 

Du Fu précurseur et inspirateur

 

o    Les poèmes accompagnant une peinture (tihua shi 题画诗), soit inscrits sur une peinture ou en lien avec elle, représentent une forme artistique caractéristique de la tradition picturale chinoise qui s’est développée à partir de la fin de la période des Six Dynasties. Mais, d’après le critique d’art des Qing Shen Deqian (沈德潜), « il n’y avait pas de tels poèmes avant la dynastie des Tang, le genre a débuté avec Du Fu » [11].

 

Selon Shen Deqian, la poésie de Du Fu marque un changement fondamental dans le rapport entre texte et image. Sous les Han, on a ce qu’on appelle des « éloges » (zàn /), c’est-à-dire des poèmes descriptifs évoquant les sentiments suscités par un paysage ou un objet sur une peinture en recréant l’expérience de celui qui contemple le tableau. Le texte oriente l’interprétation du tableau en l’expliquant, dans un sens didactique. Avec Du Fu, explique Shen Deqian, le rapport texte-image change : le poème devient interprétation subjective du tableau par le poète. Pour Du Fu, la peinture offre une « réalité » à partir de laquelle il peut méditer sur le monde réel, en jouant sur les métaphores.

 

C’est le cas, par exemple, du poème « Peinture de faucon, une ballade » (《畫鶻行》 /画鹘行) : « Dans la grande salle de réception, j’aperçois un faucon vivant », commence le poème, c’est un tableau tellement vivant que le faucon semble réel ; le dernier quatrain est une réflexion – allusive –  sur la propre incapacité du poète à prendre son envol.

 

高堂见生鹘,飒爽动秋骨。Dans la grande salle je vois un faucon vivant,

                                                    intrépide et à l’automne plus agile encore,

初惊无拘挛,何得立突兀   d’abord étonné qu’il ne soit point attaché,

                                                    et plane là sans bouger dans les hauteurs.

………..

缅思云沙际,自有烟雾质。Je pense alors qu’entre sable et nuées

                                                     est un être de brume et de fumées.

吾今意何伤,顾步独纡郁。J’en suis profondément touché,

                                                     et vais seul tête baissée tout à mon affliction.

 

Sous les Song ensuite, cette méditation subjective a évolué vers une redéfinition de la peinture comme expression privilégiée de l’art du lettré à l’égal de la poésie, en faisant du texte le complément indissociable de la peinture, Su Shi, en particulier, s’inspirant ici aussi de Du Fu. La peinture, alliée à la poésie, acquiert alors un avantage moral, seul le lettré infiniment cultivé pouvant en déchiffrer et apprécier le sens.

 

« Shaoling [Du Fu] peint des tableaux où l’encre ne laisse pas de trace ; les peintures de Han Gan sont des poèmes sans trace de parole (少陵翰墨无形画韩干丹青不语诗) [12] » dira Su Shi… qui écrira un poème inspiré du célèbre tableau de Han Gan « L’éleveur de chevaux » (书韩干牧马图).

 

o    La littérature de voyage

 

La littérature de voyage s’est surtout développée sous les Song, mais il en existe des antécédents : les notes de voyage (yóujì 游记). Ce sont des notes prises lors d’une simple excursion sur un site local ou lors d’un voyage en des contrées lointaines ; elles sont souvent structurées chronologiquement comme un journal de bord et sont essentiellement descriptives, mais sans négliger les réflexions et interprétations de l’auteur. À ce genre se rattachent les rapports d’ambassade de Zhang Qian (张骞) en Asie centrale, au 2e siècle de notre ère, ainsi que les notes de voyage des moines bouddhistes : Faxian (法显 337-420), dont le « Mémoire » a été traduit par Abel Rémusat au début du 19e siècle, puis Xuanzang (玄奘) au 7e siècle dont le « Mémoire sur les contrées occidentales » (Dà Táng Xīyù Jì 《大唐西域記》) rédigé à la demande de l’empereur Taizong reste un modèle du genre [13] avec ses descriptions de la géographie de chaque pays visité, des climats, produits locaux et populations.

 

Parmi les premières « notes de voyage », sous les Tang, sont celles de Liu Zongyuan (柳宗元 773-819), grand maître de la prose classique, auteur des « Huit notes de voyage à Yongzhou » (《永州八记》) ; à la même époque, le premier journal de voyage est celui de Li Ao (李翱 772-836) « Chronique de voyage dans le sud » (《来南录》) décrivant son voyage de Luoyang à Canton en 809.

 

Ces notes de voyage se développent sous les Song en raison même de la propension des lettrés à faire des voyages, parfois sur le chemin d’une ambassade, mais aussi de l’exil, et à consigner leurs impressions par écrit. En 1036, partant en exil, Ouyang Xiu a ainsi écrit des notes de voyage intitulées « Chronique d’un départ pour le service »  (Yúyì zhì 《于役志》) tandis que Su Zhe (苏辙), frère cadet de Su Shi, puis Hong Mai (洪邁) sous les Song du Sud ont laissé des notes de leurs voyages en tant qu’émissaires auprès des Liao et des Jin.

 

Or ces lettrés des Song étaient des admirateurs de la poésie des Tang et en particulier de celle de Du Fu, comme on l’a vu. Or Du Fu a constamment été sur les routes : non seulement nombre de ses poèmes peuvent être considérés comme relevant du domaine de la littérature de voyage, en outre les lettrés des Song se retrouvaient souvent, lors de leurs voyages, dans des lieux et des sites dépeints dans sa poésie, n’hésitant pas à en citer les vers, avec leurs commentaires.

 

o    L’art narratif

 

Au-delà de l’aspect factuel des descriptions de paysage et autres, ces notes de voyage développent un art narratif qui se déploie aussi dans la fiction – fiction qui prend ses lettres de noblesse au début du 20e siècle, dans le roman, mais aussi dans la nouvelle ; au début, la nouvelle est en langue classique, on a tendance à l’oublier car ces nouvelles ont été emportées par le courant de la nouvelle en baihua. Même Hu Shi (胡适), grand défenseur et promoteur du baihua, n’en fait pas état dans son essai « Sur la nouvelle » (Lùn duǎnpiān xiǎoshuō 《論短篇小說》) publié en 1918 dans la revue La Jeunesse, vol. 4, n° 5 (Xin Qingnian《新青年》第4卷第5). En revanche, il cite des précédents dans la littérature ancienne, et en particulier des poèmes classiques, dont un de Du Fu ! Il s’agit du poème de 759 « L’officier du village de Shihao » (《石壕吏》), poème pentasyllabique que Hu Shi rapproche d’un récit en prose rimée (yùnwén 韵文) comme on en écrivait sous les Tang et qu’il présente comme tel dans son article, sans le présenter comme un poème :

暮投石壕村,有吏夜捉人,老翁踰墻走,老婦出門看。吏呼一何怒!婦啼一何苦!聽婦前致詞:三男鄴城戍。一男附書至,二男新戰死。生者且偷生,死者長已矣!室中更無人,惟有乳下孫,有孫母未去,出入無完裙。老嫗力雖衰,請從吏夜歸,急應河陽役,猶得備晨炊。夜久語聲絕,如聞泣幽咽……天明登前途,獨與老翁別!

 

C’est effectivement une véritable narration, dont la tragédie est esquissée à demi-mots, en deux temps et une chute finale.

 

暮投石壕村,Alors qu’un soir je m’étais arrêté à Shihao,

有吏夜捉人,un officier vint dans la nuit faire une rafle.

老翁踰墻走,Sautant le mur un vieil homme s’enfuit.

老婦出門看。    C’est une vieille femme qui sortit.

吏呼一何怒!    Et l’officier de hurler en furie !

婦啼一何苦!    La femme de pleurer corps et âme !

 

聽婦前致詞:    Je l’entendis expliquer devant sa porte :

[三男鄴城戍。   « J’avais trois fils au siège de Ye,

一男附書至,    de l’un j’ai reçu une lettre,

二男新戰死。    les deux autres sont morts.

生者且偷生,    Celui qui reste est vivant pour l’instant,

死者長已矣!    Ceux qui sont morts le sont pour l’éternité.

 

室中更無人,    Dans la maison personne d’autre

惟有乳下孫,    qu’un petit-fils encore au sein,

有孫母未去,    dont la mère n’ose sortir

出入無完裙。    car elle est trop peu vêtue. »

 

老嫗力雖衰,    Mes forces ont décliné c’est sûr,

請從吏夜歸,    mais emmenez-moi cette nuit avec vous,

急應河陽役,    s’il faut à Heyang servir d’urgence,

猶得備晨炊。]   je pourrai cuisiner au lever du jour. »

 

夜久語聲絕,    Tard dans la nuit les voix se sont tues,

如聞泣幽咽…… j’ai cru entendre des sanglots étouffés…

天明登前途,    À l’aube avant de me remettre en route,

獨與老翁別!    il ne restait plus que le vieil homme à saluer.[14]

 

Hu Shi commente avec admiration :

這首詩寫天寶之亂,只寫一個過路投宿的客人夜裏偷聽得的事,不插一句議論,能使人覺得那時代征兵之制的大害,百姓的痛苦,丁壯死亡的多,差役捉人的橫行,一一都在眼前。捉人捉到生了孫兒的祖老太太,別的更可想而知了。

« Traitant de la révolte d’An Lushan, [Du Fu] se contente de relater ce qu’un voyageur de passage a entendu par hasard dans la nuit, et il le fait sans ajouter le moindre commentaire. Il parvient ainsi à faire ressentir la calamité qu’était le système de conscription à l’époque : les infinies souffrances du peuple, le nombre de morts parmi les hommes dans la fleur de l’âge et les exactions des officiers pratiquant des rafles – tout cela se déroule devant nos yeux. Si l’on en venait à enlever une vieille grand-mère, à plus forte raison peut-on imaginer ce qu’il en était des autres. »

 

La poésie de Du Fu, dans sa superbe concision, est ainsi devenue aussi un modèle d’art narratif.

 

Du Fu au 20e siècle

 

Le poète et historien de la poésie Wen Yiduo (聞一多 1899-1946) s’est posé en héritier de la personnalité et de l’art de Du Fu dont il a loué le patriotisme et les innovations en poésie. On les a comparés comme des âmes sœurs à un millier d’années de distances. Wen Yiduo a longuement loué Du Fu comme le premier grand poète de l’histoire littéraire chinoise, reconnaissant que Li Bai avait autant de génie, mais qu’il n’avait pas la même personnalité. Se préoccupant du sort du peuple et partageant ses peines, Du Fu rejoint en ce sens Qu Yuan (屈原) dans l’appréciation de Wen Yiduo qui en a fait « le poète du peuple » (人民的詩人). Reconnaissant que le patriotisme de Du Fu était celui d’un autre âge, Wen Yiduo considère que son art poétique, en revanche, reste inégalé :

                禽族裡再沒有比鳳凰善鳴的,詩國里也沒有比杜甫更會唱的。

                Dans le monde des oiseaux, nul ne chante mieux que le phénix ;

                Dans l’univers de la poésie, personne ne surpasse Du Fu. 

 

Au 20e siècle, Mao Zedong, lui, a dénigré Du Fu dont il connaissait par cœur et avait annoté près de soixante-dix poèmes. En 1942, à une réunion avec divers écrivains, dont Yan Wenjing (严文井) et le poète et critique He Qifang (何其芳), Mao a déclaré tout de go : « J’aime bien Li Bai. Mais il a quelque chose de taoïste. Quant à Du Fu, je ne l’aime pas beaucoup, il a le point de vue du petit propriétaire. » Il a renouvelé par la suite ce genre de commentaire, en précisant qu’il considérait les poèmes de Du Fu comme des poèmes politiques. En janvier 1958, à la conférence de Nanning (南宁会议) dont le but était de mobiliser le Parti pour la bataille sur le front de la production après le lancement du Grand Bond en avant, alors qu’il critiquait ceux qui préconisaient plus de prudence, Mao s’en prit à Du Fu : « Je ne peux pas supporter les poèmes larmoyants de Du Fu et de Bai Juyi. Être réaliste ne suffit pas, il faut un peu de fantaisie. Trop de réalisme tue la poésie. »

 

Mais c’est une voix discordante dans un contexte de lutte idéologique. Même les compagnons d’arme de Mao ont écrit des couplets pour louer Du Fu. Ainsi Zhu De (朱德) en 1957 composant des sentences parallèles en hommage à la fameuse Chaumière de Du Fu – cette chaumière que Mao lui-même a visitée le 7 mars 1958 et dont le site a été déclaré « héritage national » en 1961. Une chaumière reconstruite[15] et entretenue comme un musée qui constitue peut-être le témoignage le plus concret – outre les poèmes – de ce que disait Lu Xun : que, plus que tout autre, Du Fu lui donnait l’impression d’être toujours vivant.

 

La chaumière de Du Fu (杜甫草堂) près de Chengdu

 

C’est en 759, à la suite de la révolte d'An Lushan, que Du Fu se réfugie à Chengdu, construit une chaumière près d’un petit cours d’au, le Huanhua xi (浣花溪), et y vit pendant quatre ans. Cette période marque l'apogée de la créativité du poète, au cours de laquelle il écrit quelque deux cent quarante poèmes.

 

Ce n’est pas pour autant une période idyllique. Du Fu et sa famille souffrent du froid et de la faim, et la chaumière n’est qu’un abri de fortune soumis aux intempéries. C’est ce que dépeint son plus célèbre poème sur le sujet qui vaut, pour ce qui est de l’art narratif, le poème sur « L’officier du village de Shihao ».

 

 « Chanson sur ma chaumière saccagée par le vent d'automne » (《茅屋为秋风所破歌》

 

八月秋高风怒号,卷我屋上三重茅。         Au 8e mois là-haut hurlent les vents d’automne,

                                                                               emportant de mon logis les trois couches de chaume.

茅飞度江洒江郊,高者挂罥长林梢,      Le chaume vole par-dessus la rivière, se prend dans les arbres,

                               下者飘转沉塘坳。                               ou retombe derrière la digue et s’y enfonce.

南村群童欺我老无力,忍能对面为盗贼。Les gamins du village voisin se jouent de ma faiblesse,

                                                                                             et me volent sans se cacher.

公然抱茅入竹去,唇焦口燥呼不得,         Prenant le chaume ils filent dans les bambous,

en vain m’égosillant à les poursuivre,

                                归来倚杖自叹息。                             je m’appuie sur ma canne et soupire.

俄顷风定云墨色,秋天漠漠向昏黑。     Mais le vent soudain se calme, les nuages virent couleur d’encre,

                                                                                             le ciel d’automne impassible tourne au noir.

布衾多年冷似铁,骄儿恶卧踏里裂。         Sous le vieil édredon froid comme fer, les enfants dormant mal

                                                                                            y font des trous à coups de pied.

床床屋漏无干处,雨脚如麻未断绝。         Le toit fuit au-dessus du lit, pas un endroit de sec,

                                                                                     la pluie tombe dru comme du chanvre, pas de répit.

自经丧乱少睡眠,长夜沾湿何由彻。         Dans ce sombre chaos dormir est malaisé,

                                                                                           longue est la nuit quand on est tout trempé. 

安得广厦千万间,大庇天下寒士俱欢颜,Si j’avais une vaste demeure aux pièces par milliers,

                                                                                            abri pour lettrés appauvris réunis dans la joie,

    风雨不动安如山。                                  tel un roc ne craindrait ni le vent ni la pluie.

呜呼!何时眼前突兀见此屋,                      Ah ! si je voyais cette maison paraître devant moi,

吾庐独破受冻死亦足!                   dans ma hutte délabrée volontiers mourrais de froid !

 

 

 

 


 

[1] Version révisée de l’ « Ancien livre des Tang » et 17e des 24 Annales dynastiques.

[2] Notes qui ont incité le lettré Shen Zun (沈遵) à aller se promener dans la région décrite, ce qui lui a  inspiré une composition musicale pour laquelle Ouyang Xiu, en retour, a écrit des paroles : « Le chant du vieux pochard » (Zùiwēng yín  醉翁吟). Ce qui inspira un poème sur le même thème à Su Shi une trentaine d’années plus tard.

Voir : https://www.silkqin.com/02qnpu/13fxxp/fx42zwy.htm

[3] Zhang Fangping (张方平 1007-1091), nom de courtoisie Andao (张安道), était alors influent car il était en charge des examens mandarinaux ; il prônait une style littéraire reflétant les principes moraux, et déplorait la tendance à vouloir se distinguer par la seule originalité.

[4] L’ère Zhengshi (正始 240-249) est une ère du règne de l’empereur Cao Fang (曹芳), à la fin de la dynastie des Cao Wei (), pendant la période des Trois Royaumes. C’est une période de décomposition du pouvoir politique à la cour des Wei, mais aussi de déclin littéraire après l’âge d’or de la poésie qu’a été l’ère Jian’an (建安 196-220). L’ère Zhengshi est marquée par le retrait des lettrés des cercles du pouvoir sur le modèle des « Sept Sages de la forêt de bambous » (竹林七贤). En même temps, cependant, s’est perpétuée la tradition de graver sur pierre les classiques confucéens, ce sont les « Classiques sur pierre de l’ère Zhengshi » (正始石經), témoignant de la transmission continue du canon confucéen.

Quant au « Li Sao » (《離騷》/《离骚》), ou « Tristesse de la séparation », il s’agit d’un chef-d’œuvre inégalé : le premier des poèmes des « Chants de Chu » (Chuci《楚辭》/《楚辞》) attribués à Qu Yuan (屈原) du royaume de Chu, et datant du 3e siècle avant notre ère, pendant la période des Royaumes combattants.

[5] Y compris dans ses satires des « beautés » dépeintes par Du Fu, Du Fu préférant les femmes minces, à l’encontre de la mode lancée par Yang Guifei, et Su Shi trouvant l’embonpoint plus seyant.

[6]  À l’exception notoire de Mi Fu (米芾1051-1107), peintre, calligraphe et grand collectionneur ; excentrique au point d’en être devenu légendaire, il a créé un nouveau genre : les « Notes de collectionneur ». Défenseur d’une nouvelle esthétique, il a laissé divers ouvrages dont une « Histoire de la peinture » (《画史》) et  les « Dires  célèbres de Haiyue » (海嶽名言) où l’on trouve divers jugements souvent péremptoires sur des peintres et leurs peintures. Et s’il critique Du Fu, c’est justement pour ses commentaires sur un peintre et calligraphe, Xue Ji (薛稷 649–713), dont Du Fu avait suggéré qu’il ne passerait pas à la postérité. Mi Fu rétorquant (dans son « Histoire de la peinture ») qu’il n’y connaissait rien…

(嗟乎!五王之功业,寻为女子笑。 而少保之笔精墨妙,摹印亦广,石泐则重刻,绢破则重补,又假以行者,何可数也).

[7] Et dont nous avons deux recueils de poèmes traduits par Roger Darrobers.

[8] Opposés aux suites ou cycles de poèmes dits tào qǔ (套曲).
Ces poèmes ont fait l’objet d’une traduction éditée en bilingue dans la collection Panda des Éditions Littérature chinoise :
Cent poèmes classiques « xiaoling »
, 1998.

[9] Canglang (沧浪) étant son surnom.

[10] Selon Richard J. Lynn in The Columbia History of Chinese Literature, Victor H. Mair ed., chapter 21 “Poetry of the 17th Century”, p. 412.

[11] Selon Charles Hartman in : « The Columbia History of Chinese Literature », Columbia University Press, 2001, Chap. 25 “Poetry and Painting”, p. 475. Selon lui, la poésie de Du Fu comprendrait deux douzaines de ces poèmes.

D’autres contemporains de Du Fu se sont distingués dans le genre, comme Wang Wei (王维), par exemple, sur ses propres peintures, mais de manière descriptive, pour ajouter une note contemplative : 远看山有色,近听水无声 de loin la montagne est couleurs, de près l’eau fait silence  // 春去花还在,人来鸟不惊。Le printemps fuit mais les fleurs sont toujours là, L’homme arrive mais l’oiseau ne s’effraie pas.

[12] Phrase concise selon un parallélisme bâti autour du double terme de han : le premier, hàn (), étant le pinceau pour écrire, le deuxième le patronyme du peintre Han Gan (Hán Gàn 韩幹/), spécialisé dans la peinture de chevaux. 

[13] Modèle qui inspirera le grand roman populaire « Le Voyage en Occident » (Xī yóu jì 《西游记》).

[14] D’après les traductions et commentaires de Stephen Owen (The Poetry of Du Fu, Vol. 2, Book 7, pp. 86-88) et de Nicolas Chapuis (Les Belles Lettres, L’œuvre poétique de Du Fu, tome 3, poème 204, pp. 11-19).

[15] La chaumière d'origine n'existe plus. Les principaux bâtiments actuels ont été construits au début du 16e siècle, sous la dynastie des Ming, et rénovés en 1811.

 

     

 

 

 

 

     

 

 

 

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