Histoire littéraire

 
 
 
     

 

 

Histoire de la poésie chinoise

 

Du Fu 杜甫 

712-770

 

1. Une vie en poèmes

2. Du Fu et Li Bai

3. Du Fu et la postérité

par Brigitte Duzan, 22 mai 2026

 

 

Le portrait de Du Fu par le peintre Jiang Zhaohe (蒋兆和  1904-1986)

 

 

Saint poète, poète historien

 

Surnommé « le saint de la poésie » (shisheng 詩聖) par un lettré des Song, Du Fu (杜甫) est célébré comme étant le seul poète chinois à avoir été à la fois poète épique, lyrique, engagé, et plein d’humour (il utilisait le zhen de l’empereur en parlant de lui dans sa famille, a remarqué Stephen Owen). Il est couramment opposé à Li Bai (李白), tous deux étant érigés en représentants emblématiques des deux tendances de l’âme chinoise : l’un, l’homme social engagé, reflétant une pensée confucianiste (shèng / étant à prendre en ce sens) ; l’autre, au contraire, taoïste anarchique, en quête d'ivresse et de bonheur simple dans la nature [1].

 

Les poèmes de Du Fu reflètent en effet une loyauté indéfectible envers l’empereur, même aux moments les plus tragiques de son existence, ceux de l’aveuglement et la totale désorganisation du pouvoir impérial face à la révolte d’An Lushan (安史之亂), ceux où, solitaire, affamé et malade, il erre sur les routes « telle une mouette entre ciel et terre » à la recherche d’un havre de paix, ceux où il désespère de l’empereur, justement, où il le critique et l’admoneste. Ses remontrances sont ainsi toujours empreintes de tristesse, la tristesse de celui qui voit sa fidélité trahie, sa foi trompée et ses espoirs illusoires.

 

Du Fu a également, sous les Song toujours, été surnommé « poète historien » (shī shǐ 詩史) car ses poèmes reflètent un sens aigu de l’histoire, l’histoire en train de se faire qui transparaît dans ses vers à travers l’expérience des ravages de la guerre et ses propres malheurs. Mais sa détresse personnelle est à l’image de celle du petit peuple : nombre de poèmes, écrits sous l’emprise de l’émotion, offrent un regard sensible sur sa misère et son impuissance, opposée à l’inconstance et l’indifférence du pouvoir. Ainsi, commentant une bataille livrée contre les rebelles pendant l’été 756, qui s’est soldée par un bain de sang :

哀哉桃林戰,Si triste la bataille du Bosquet des pêchers
百萬化為魚。Un million d’hommes donnés an pâture aux poissons. 

                         (L’officier de la Passe de Tongguan Tóng Guān lì 潼關吏) [2]

 

Cette poésie est d’un abord « allègrement illogique », comme l’a dit son traducteur William Hunt ; les poèmes abondent en références où l’on peine à trouver le sens caché, et bien souvent il faut connaître le contexte historique de leur composition pour bien les comprendre – ce qui nécessite un détour par la biographie, la poésie de Du Fu étant indissociable de l’histoire de son époque. Ce sont les souffrances d’une vie d’errance due à la guerre et aux troubles qui sont la source de ses poèmes, au jour le jour, et qui en même temps le rapprochent du peuple dont il partage la misère, en nous la faisant partager.

 

Poète errant

 

Du Fu est issu d'une famille modeste, mais de lignage ancien, de petits fonctionnaires sans guère de fortune, même si sa mère, tôt disparue, était originaire d’une grande famille du Nord. Il est le petit-fils d'un poète mineur mais influent, Du Shenyan (杜審言), auquel il fait parfois allusion dans ses poèmes. Son père s’étant remarié après la mort de sa première épouse, le jeune Du Fu est laissé aux soins de sa sœur aîné, à la campagne près de Luoyang (洛阳).

 

Talent précoce, échecs répétés

 

Il montre très tôt un réel talent poétique, mais comme beaucoup de ses contemporains, il n'a guère voulu l'exploiter, dans sa jeunesse, que pour obtenir un emploi du gouvernement ; puis, une fois ce rêve déçu, il a utilisé son art poétique pour s’attirer les faveurs de personnages qui puissent l’aider, à vivre et faire vivre sa famille. S’il a gardé sa vie durant l'impression d’avoir raté une carrière digne de lui dans l’administration, rien ne donne cependant à penser qu'il ait eu des aptitudes quelconques pour la politique ou l'administration où il a essuyé des échecs répétés, mais sans doute aussi par inappétence à se plier aux manœuvres inhérentes au fonctionnement de la cour.

 

Il a débuté comme un jeune sans souci, vivant des finances paternelles. De sa vingtième à sa trentième année, il parcourt l’est et le sud de la Chine en divers voyages qui n’étaient pas seulement d'agrément ou d'intérêt culturel ; il s’agissait aussi de se bâtir une réputation et des relations en vue de sa future carrière. Cette période est cependant marquée par deux premiers échecs. En 736, il est recalé à un examen à la capitale. Fin 746, à trente-quatre ans, il tente encore sa chance, mais cette fois tous les candidats sont refusés par le chancelier Li Linfu (李林甫), bras droit de l’empereur Xuanzong, qui détestait les intellectuels en les considérant comme des dangers potentiels. Entre-temps, en 741, de retour à Luoyang entre deux voyages, il s’est marié, avec la fille du vice-ministre de l’Agriculture. Et en 744, il a rencontré Li Bai qui restera son ami et auquel il dédiera maints poèmes.

 

Révolte d‘An Lushan, vie d’expédients

 

En 747, après son échec mal vécu, Du Fu décide de s'installer dans la capitale, Chang’an (长安). Son père est mort quelques années plus tôt, il n’a plus de ressources ; les poèmes composés ces années-là reflètent une vie d’expédients, comme va l’être toute sa existence. Il tente à de nombreuses reprises d'obtenir un patronage, seul moyen, en dehors des examens, d'entrer dans une carrière officielle. En 755, à l'âge de quarante-trois ans, il obtient enfin un petit poste, mais, à la fin de l’année éclate la révolte d’An Lushan qui met un terme à l'âge d'or du règne de Xuanzong, dévaste le nord de la Chine ainsi que la vie de Du Fu et de ses contemporains. La capitale tombe aux mains des rebelles en juin 756 ; Du Fu est fait prisonnier alors qu'il tentait de rejoindre la résistance loyaliste au Gansu et il est ramené manu militari à la capitale, et emprisonné. Certains de ses poèmes écrits durant cette période décrivent de façon poignante la vie dans la ville occupée par l'ennemi.

 

En mai 757, Du Fu parvient à s'évader de Chang'an et fuit vers Fengxiang (凤翔), dans l’actuel Shaanxi, où le nouvel empereur Suzong ((唐肅宗)) a établi sa cour ; il se présente devant lui, dit-il, en sandales de paille et les manches trouées au coude. On lui accorde un poste à la chancellerie impériale en récompense de sa loyauté, mais un poste essentiellement cérémonial. Il ne peut s’empêcher d’adresser une protestation à l’empereur pour défendre son mécène faussement accusé, ce qui lui vaut d’être renvoyé ; bien que vite pardonné, il n’en reste pas moins sans emploi…

 

En septembre, il part rejoindre sa femme et ses enfants qui sont allés se réfugier dans un village du nord. Mais,

quand il rejoint sa famille au bout d’un trajet éprouvant, il entend sur le seuil un long hurlement : son plus jeune fils vient de mourir de faim. Sa détresse lui a inspiré l’un de ses plus beaux poèmes, l’un des plus longs et des plus déchirants : « De la capitale au district de Fengxian, une complainte en 500 caractères » (自京赴奉先縣詠懷五百字).

 

Sa réunion avec sa famille n’est pas moins douloureuse, exprimée dans un superbe poème en trois parties, le Village des Qiang (Qiāngcūn sānshǒu 羌村三首) :

晚岁迫偷生,还家少欢趣。Au soir de ma vie contraint de mendier ma pitance,

                                             J’ai maigre plaisir à retrouver les miens.

娇儿不离膝,畏我复却去。Les petits s’agrippent à mes basques,

                                                         De peur de me voir repartir au loin.

 

Il reviendra sur la faim endurée par ses enfants, dans un superbe poème épique qui date aussi de 757 : la « Ballade de Pengya » (彭衙行). Dans la première partie, il décrit la famille fuyant dans la nuit, d’autres bandits encore, ses filles s’accrochant à lui et criant de faim, et lui tentant désespérément d’étouffer leurs pleurs, terrifié que leurs cris puissent attirer « les loups ou les tigres ». (痴女饥咬我/ 啼畏虎狼闻。/ 怀中掩其口/ 反侧声愈嗔。).

 

Brève quiétude à Chengdu

 

À partir de l’été 758, il occupe différents postes mineurs, dont six mois à Qinzhou (秦州), actuellement district de Tianshui (天水), dans le Gansu, où il écrit plus de soixante poèmes. C’est de là que, en décembre 759, il part à Chengdu, au Sichuan, où il a été invité par le préfet et poète Pei Di (裴迪). C’est à nouveau l’occasion d’une longue série de poèmes décrivant les horreurs de ce voyage en plein hiver, sur des chemins en corniche plantés à flanc de falaise, au-dessus de précipices effrayants [3]. L’arrivée dans la plaine de Chengdu est comme la fin de l’enfer. Il va y rester cinq ans, dans une relative quiétude, dans une chaumière devenue célèbre, construite et aménagée grâce à l’aide de son protecteur du moment, Yan Wu (严武), alors gouverneur général de Chengdu.

 

 

La chaumière de Du Fu (杜甫草堂) près de Chengdu [4],

chaumière reconstituée devenue site touristique

成都杜甫草堂故居

 

 

Mais même là, il n’est pas un poème qui ne traduise la tristesse, et une intense nostalgie du passé. La chaumière elle-même n’est pas à l’abri des intempéries ; un poème à ce sujet, écrit en 761, montre bien la précarité du poète, derrière les apparences de retour idyllique à la nature : « Chanson sur ma chaumière abîmée par le vent d'automne » (茅屋为秋风所破歌). Un orage soudain emporte le chaume du toit, les gamins du village courent le récupérer, le poète impuissant les regarde filer, et passe le reste de la nuit avec ses enfants [5] sous une couette trempée…

 

En 762, la rébellion l’oblige à nouveau à fuir, mais il revient deux ans plus tard, à l’appel de Yan Wu, pour participer à la campagne contre les Tibétains. En avril 765, Yan Wu meurt de maladie. Du Fu part avec femme et enfants pour aller s’installer à Luoyang qui a été reprise par les forces gouvernementales pendant l’hiver 762. Il descend le Yangtsé, mais lentement, en faisant des haltes, car il est malade ; il souffre de diabète et de malaria. À la fin du printemps 766, ils s’arrêtent près de deux ans à Kuizhou (夔州), l’actuelle Baidicheng (白帝城), à l’entrée des Trois-Gorges. Du Fu est soutenu par le gouverneur Bai Maolin (柏茂琳) qui l’emploie comme secrétaire privé.  Il achète une chaumière et un verger : il est presque prospère.

 

C’est sa dernière grande période créatrice : il écrit là près de 400 poèmes, dont un grand nombre de poèmes autobiographiques et d’eulogies, mais aussi des poèmes sur le paysage, le climat, le peuple et ses coutumes, en explorant plus particulièrement l’expression des sentiments dans des poèmes réguliers à sept caractères (七言律诗) : « Cinq poèmes sur des sites anciens » (咏怀古迹五首) écrits en 766 à Kuizhou, ou « Huit poèmes sur mes sentiments en automne » (秋兴八首). Les premiers sont l’occasion de rendre hommage, pour leur haute moralité, leur culture littéraire et leurs réalisations, aux cinq grands personnages historiques dont les noms sont restés attachés aux sites visités. Les huit poèmes sont introduits par un prélude qui dépeint les couleurs d’automne et les sons dans les gorges du Yangtsé, en créant une atmosphère de désolation ; les suivants sont une longue lamentation qui mêle diverses perspectives, tristesse du présent et souvenirs nostalgiques du passé, le tout dégageant un sens profond de tragédie personnelle.

 

Ultime dérive au fil de l’eau

 

Il semble avoir trouvé un certain équilibre à Kuizhou, et pourtant, il abandonne tout et repart au début de 768, en bateau, avec sa famille. Il s’arrête à Jiangling (江陵府) pour se joindre à des réunions avec des amis poètes, mais il est toujours dans la misère :

                “饥藉家家米,愁征处处杯

                Contraint par la faim à mendier du riz à chaque porte,

                Poussé par le chagrin à m’inviter partout à boire un verre.

 

La guerre s’étend à l’est du Sichuan. À nouveau menacé, il est obligé de fuir vers le sud. À la fin de l’année, il est à Yueyang (岳阳) où il écrit l’un de ses plus célèbres poèmes : « En montant sur la tour Yueyang » (《登岳阳楼》).

亲朋无一字,老病有孤舟。           Pas un mot d’amis ou de proches,

         vieux et malade sur un bateau solitaire.

戎马关山北,凭轩涕泗流。           La guerre fait rage au nord des passes,

                                                        appuyé sur la rambarde les pleurs m’inondent le visage

 

Alors qu’il tombe une forte chute de neige, il écrit le poème « Voyage de fin d’année » (《岁晏行》).

C’est aussi la fin du voyage. En avril 770, il est à Tanzhou (潭州), aujourd’hui Changsha, dans le Hunan. Mais il se produit là une autre rébellion, Du Fu doit encore fuir. Il repart avec sa famille en bateau sur la Xiang dans l’intention de se réfugier chez son oncle maternel Cui Wei (舅父崔湋). Mais des inondations l’obligent à s’arrêter en route. Du Fu et sa famille endurent la faim pendant cinq jours avant d’être sauvés par le magistrat local qui leur fait porter de la viande et du vin. Mais, dans l’impossibilité de poursuivre vers le sud, ils reviennent à Tanzhou.

 

Malade, épuisé, Du Fu meurt à bord de son bateau en novembre ou décembre 770, après avoir laissé un dernier poème de style ancien à cinq caractères (五言古诗) dédié « à ses amis du Hunan », désolé de ne rien avoir d’autre à leur léguer que « des torrents de larmes » [6].

 

Œuvre poétique

 

De son œuvre, il reste plus de 1 450 poèmes, dont plus de mille poèmes réguliers (lüshī 律诗 ou juéjù 绝句), moins de cinq cents poèmes « anciens » (gǔtǐ shī 古体诗) outre une trentaine de morceaux de prose. Si les longs poèmes écrits en vers anciens, proches du style des ballades populaires, sont plus facilement appréciés, c'est dans la forme plus stricte des poèmes réguliers que Du Fu excelle. Mais sa maîtrise s’étend à toutes les formes poétiques et tous les registres, y compris le registre familier. Il est capable d’évoquer différentes facettes d’une même situation par des sauts thématiques, ce qu’Eva Shan Chou [7] a qualifié de « juxtaposition » et qui fait penser à l’art cubiste.

 

C’est un modèle classique, mais innovant, qui évolue au fil du temps, jusqu’aux derniers poèmes. Du Fu puise dans le patrimoine classique forgé par ses prédécesseurs une pléthore de références qui sont autant d’allusions à déchiffrer. Pas une ligne sans référence, a-t-on pu dire, des Han aux Six Dynasties : celles à Yang Xiong (揚雄) et à Sima Xiangru (司馬相如) voisinent avec celles de ses poètes de prédilection, Tao Qian ou Yuanming (陶潜/陶淵明) et son contemporain Xie Lingyun (謝靈運/谢灵运), chacun avec ses propres images, ses propres évocations, l’écho des voix du passé répondant à la sienne [8].

 

Cependant, sur ce fond d’héritage revendiqué, on voit Du Fu inventer des images innovantes en forgeant des expressions au prix d’une total déni de la syntaxe, en créant ses propres règles prosodiques. On est frappé par le génie qui lui permet de traduire une vision soudaine, et l’émotion qui en naît, non point instantanément, car il y faut le recul, mais en la recréant comme dans le moment même de sa perception, avec d’autant plus d’intensité.

 

La perfection de ses vers peut sans doute représenter une image de son aspiration à un ordre social idéal, mais ses poèmes sont bien plus le reflet de ses aspirations avortées, de son existence tourmentée dans un pays en déliquescence. Ils sont fondés sur des parallélismes, des oppositions et des contrastes, sur les ruptures de rythme et de tonalité, sans oublier l’humour qui transparaît soudain au détour d’un vers.

 

La satire est cependant le plus souvent masquée sous des références symboliques et le style toujours tellement elliptique que l’on peine à saisir le sens véritable de bien des vers – ce qui a nourri d’amples commentaires, des interprétations divergentes et donc des traductions très différentes.

 

Méconnu de son temps, Du Fu a été reconnu après sa mort par le poète Yuan Zhen (元稹 779-831), originaire lui aussi de Luoyang : c’est Yuan Zhen qui l’a célébré le premier, en 813, pour la diversité de son œuvre, unissant à elle seule, dit-il, des genres et des styles que l’on trouve sous des plumes différentes. Yuan Zhen était membre d’un cercle de poésie autour de Bai Juyi (白居易) et un petit-fils de Du Fu lui avait demandé d’écrire une inscription funéraire pour le transfert des restes du poète qui avait été enterré à Changsha.

 

Mais ce n’est qu’à partir du 11e siècle que Du Fu a été redécouvert.

Voir : Du Fu et la postérité.

 


 

Traductions en anglais 

 

Les traductions partielles abondent. Comme l’a dit Burton Watson en introduction à son ouvrage « The Selected Poems of Du Fu » [9] : “There are many different ways to approach the problems involved in translating Du Fu, which is why we need as many different translations as possible.” (il y a différentes manières d’aborder les problèmes liés à la traduction des poèmes de Du Fu, raison pour laquelle il est nécessaire d’en avoir le plus grand nombre possible).

La traduction intégrale de référence est celle de Stephen Owen.

The Poetry of Du Fu, translated by Stephen Owen, ed. by Ding Xiang Warner and Paul W. Kroll, De Gruyter Mouton, “The Library of Chinese Humanities”, 2016 (6 volumes).  Volume I en ligne.

 


 

Traductions en français

 

Les premières traductions de poèmes de Du Fu en français datent de la fin du 19e siècle : on les trouve dans l’ouvrage du marquis Hervey-Saint-Denys « Poésies de l’époque des Thang », sous-titré « traduites du chinois pour la première fois », Amyot, 1862, rééd. Champ libre 1977. Après une très longue introduction sur « l’art poétique et la prosodie chez les Chinois », l’ouvrage commence par des poèmes de Li Bai (Li-Taï-Pé), avant de passer, p. 73, à Du Fu (Thou-Fou), avec une biographie typique de l’époque débutant par une citation des « Études biographiques » d’Abel-Rémusat.

 

On trouve quelques traductions, entre autres, dans l’« Anthologie de la poésie chinoise » éditée par Paul Demiéville (Gallimard, 1962) ainsi que dans l’anthologie de La Pléiade éditée sous la direction de Rémi Mathieu (Gallimard, 2015). Signalons aussi une première édition bilingue dans une traduction de  Georgette Jaeger (Éd. de la Différence, coll. Orphée, 1989).

 

La première traduction intégrale en français des poèmes de Du Fu est celle présentée et commentée par Nicolas Chapuis, édition bilingue, Les Belles Lettres (Bibliothèque chinoise) – édition en cours prévoyant quinze volumes.

- Œuvre poétique I (2015) : Poèmes de jeunesse (735-755, 93 poèmes et annexes)

https://www.lesbelleslettres.com/livre/9782251100203/poemes-de-jeunesse-735-755

- Œuvre Poétique II (2018) : La Guerre civile (755-759, 109 poèmes)

https://lesbelleslettresblog.com/2018/01/30/du-fu-oeuvre-poetique-ii-109-poemes-de-leffondrement/

- Œuvre Poétique III (2021) : Au bout du monde (759, 95 poèmes)

https://lesbelleslettresblog.com/2021/06/22/figures-de-lerrance-et-de-lexil-chez-du-fu-au-bout-du-monde- oeuvre-poetique-iii/

- Œuvre Poétique IV (2025) : Chengdu 760 (décembre 759-février 761, 88 poèmes)

https://www.lesbelleslettres.com/livre/9782251457109/chengdu-760

- Œuvre Poétique V (2026) : Reclus (mars 761-juillet 762, 90 poèmes)

https://www.lesbelleslettres.com/livre/9782251458748/reclus-761-762

 


 

Bibliographie

 

In the Footsteps of Du Fu, by Michael Wood, Simon & Schuster UK, 2023.

En 24 chapitres, l’ouvrage retrace la vie de Du Fu, de l’optimisme des premières années et des premiers poèmes à la révolte d’An Lushan et aux années de constantes errances et de maladie. Mais il va plus loin.

Du Fu est mort à l’âge de 58 ans à Changsha dans le Hunan.

Michael Wood a rencontré à l’université du Hunan la professeure Yang Wu dont l’un des sujets de recherche concerne la « tradition orale vivante de la poésie et la possibilité de reconstruire la musique ancienne qui l’accompagnait ». La poésie de Du Fu a été préservée dans la tradition orale du Hunan aussi bien que dans les manuscrits. Une tradition locale de clubs de poésie qui a survécu à la période maoïste est aujourd’hui à nouveau en essor, encouragée par cette chercheuse et ses étudiants. Ils ont trouvé des manuscrits de partitions musicales et vont jusqu’à fabriquer des répliques des instruments de l’époque, avec cordes en soie.

https://contemplativeinquiry.blog/2024/03/09/book-review-in-the-footsteps-of-du-fu/

 


 

[1] La principale étude comparative des deux poètes étant celle de Guo Moruo (郭沫若), publiée en pleine Révolution culturelle, en 1971, et rééditée en 2012. Voir : Du Fu et Li Bai.

[2] Selon l’interprétation de Stephen Owen (A million men fed to the fish), différente, de manière typique, de celle de Nicolas Chapuis qui a traduit :

Bien triste, la bataille de Taolin / Un million de soldats transformés en poissons.

(poème 205, pp. 22-23, Du Fu « Au bout du monde », Œuvre poétique III, Les Belles Lettres, Bibliothèque chinoise, 2021.

[3] Onze poèmes au début du volume IV de l’œuvre poétique de Du Fu dans l’édition des Belles Lettres (poèmes 266-277).

[4] La chaumière d'origine n'existe plus. Les principaux bâtiments du parc actuel ont été construits au début du 16e siècle sous la dynastie des Ming et rénovés en 1811. Mao Zedong l’a visitée le 7 mars 1958. Le site a été déclaré « héritage national » en 1961.

[5] De sa femme il n’est pas question ; on cherche vainement des poèmes où elle soit plus qu’évoquée.

[6] Poème ancien à cinq caractères (五言古诗) dont l’intitulé résume la situation : Nie Leiyang a envoyé une lettre à Pu Zushui pour lui demander boissons et viande afin de pallier la famine [de la famille] et il a composé un poème sur le fleuve. J’ai repris la rime originale pour composer mon poème et le lui ai présenté en arrivant. Par la route, il y a quarante li jusqu'au relais de Fangtian ; par bateau, il faut une journée. À l’époque, le fleuve était en crue et nous avons dû mouiller à Fangtian. 聂耒阳以仆阻水书致酒肉疗饥荒江诗得代怀兴尽本韵至县呈聂令陆路去方田驿四十里舟行一日时属江涨泊于方田

[7] Dans son ouvrage Reconsidering Tu FuLiterary Greatness and Cultural Context, Cambridge University Press, 2006, où elle lui adresse un éloge souvent cité qui frise le dithyrambe : « Tu Fu is, by universal consent, the greatest poet of the Chinese tradition. In the epochal An Lushan rebellion, he alone of his contemporaries consistently recorded in poetry the great events and pervasive sufferings of the time. For a millennium now, Tu Fu's poetry has been accepted as epitomizing the Chinese moral conscience at its highest, and as such his work has been placed almost beyond the reach of criticism. Indeed, objectivity about Tu Fu has often been viewed as criticism of him.”

[8] Voir Brève histoire de la poésie chinoise, Poésie bucolique et poésie de paysage.

[9] The Selected Poems of Du Fu, traduits et annotés par Burton Watson, Columbia University Press, 2002.

 

 

     

 

 

 

 

     

 

 

 

© chinese-shortstories.com. Tous droits réservés.