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Zhang Yihe 章诒和

Présentation

par Brigitte Duzan, 16 juillet 2013

            

Fille du célèbre « droitier » Zhang Bojun (章伯钧), Zhang Yihe (章诒和) a passé dix ans de sa vie dans un camp au Sichuan pour avoir critiqué Jiang Qing dans son journal intime. Elle a transposé l’expérience du camp et ses souvenirs des femmes rencontrées là dans une série de trois romans – et bientôt quatre - dont le premier, « Madame Liu » (《刘氏女》),

vient d’être traduit en français, et publié dans la collection Ming Books du groupe Hachette.

             

Elle était jusqu’ici surtout connue comme spécialiste réputée de l’opéra traditionnel chinois, sur lequel elle a écrit plusieurs ouvrages. La vindicte avec laquelle elle a été traitée par les autorités chinoises et l’interdiction de ses derniers

ouvrages l’ont cependant poussée à défendre avec virulence son droit d’expression et les valeurs démocratiques :

 

Zhang Yihe

à soixante-dix ans, Zhang Yihea repris le flambeau que lui a confié son père, avec un véritable talent littéraire.

             

Jeunesse par monts et par vaux, laogai et maturité critique

             

Zhang Yihe est née pendant la guerre sino-japonaise, mais sa jeunesse a plus été marquée par l’ombre de son père que par les aléas du conflit.

             

Etudes de littérature d’opéra

             

Zhang Yihe est née à Chongqing en septembre 1942, où ses parents, originaires de l’Anhui, s’étaient réfugiés. Enfant, elle fut confiée pendant trois ans à des parents à Hong Kong où elle fréquenta l’école primaire de Peizhang (培正小学). Puis elle suivit sa famille à Pékin, juste avant la fondation de la République populaire.

             

En 1954, elle entre au collège de filles (aujourd’hui expérimental) rattaché à l’Université normale de la capitale (北京师范大学附属女子中学), et,en 1960, réussit le concours d’entrée à l’Institut de recherche

sur l’opéra chinois (中国戏曲研究院), où elle intègre le département de littérature.

             

En 1963, elle est envoyée travailler au bureau artistique de la troupe d’opéra du Sichuan, et c’est là que, en 1970, la rattrapent les événements politiques qui l’avaient relativement épargnée jusque là.

             

Dix ans de laogai

             

En 1970, en effet, elle est dénoncée pour avoir écrit des critiques de Jiang Qing dans son journal :

la création des opéras modèles dont était responsable la femme de Mao ne pouvait guère

avoir l’assentiment d’une spécialiste d’opéra traditionnel.

             

Elle fut jugée par l’Assemblée révolutionnaire du Sichuan ainsi que par les autorités de contrôle de la sécurité publique de la province et condamnée à… vingt ans d’internement en camp de rééducation. Elle y passa en fait neuf ans, et fut libérée et réhabilitée en 1979. Dans l’intervalle, elle avait donné naissance à une petite fille, et son mari, Tang Liangyou (唐良友), était mort d’une inflammation du pancréas, en mai 1979.

             

Mais sa réhabilitation ne fut pas la fin de ses difficultés. Lorsqu’elle publia en 2011 le premier roman sur ses souvenirs du laogai et de ses codétenues, le livre fut vite interdit, non tant pour son contenu, que parce qu’il était l’œuvre de « la fille de Zhang Bojun ».

              

Deuxième fille de Zhang Bojun

             

Chez elle devant la photo de son père

 

Zhang Yihe est en effet la seconde fille de Zhang Bojun (章伯钧), défenseur de la démocratie avant d’être décrété droitier en 1957. En effet, après avoir  adhéré au Parti communiste dès sa création, Zhang Bojuns’en est éloigné après 1927 pour devenir un élément moteur du mouvement en faveur de la démocratie : il a été le sixième président du Parti démocratique des paysans et ouvriers de Chine (中国农工民主党) fondé en 1927,et fondateur en 1941 de la Ligue démocratique de Chine (中国民主同盟).

             

Bien que nommé ministre des transports  dans les premières années de la République populaire, il était un élément suspect, et fut étiqueté « premier des cinq grands droitiers » en 1957 (“五大右派之一”)  pour avoir prôné une alternative démocratique lors de l’effervescence de la campagne des Cent Fleurs.

             

Il mourut d’un cancer de l’estomac en 1969, mais, signe de la crainte qu’il inspirait encore, il fut l’un des droitiers restés non réhabilités en 1980. Le ressentiment envers le père se reporta sur la fille.

             

Une œuvre en deux étapes

              

En 1979, Zhang Yihe reprit ses activités de recherche sur l’opéra chinois, au sein de l’Institut de recherche rattaché à l’Institut national des Beaux-Arts.

             

Témoignages sur la génération de son père et les acteurs d’opéra

             

Elle a commencé à publier en 1999, et ce fut un livre sur l’opéra, mais ses œuvres majeures ont été écrites après sa retraite, en 2001, et ce sont des témoignages sur le sort des intellectuels, des artistes, et des victimes du système politique en général.

           

Le premier à avoir attiré l’attention sur elle est un livre de souvenirs sur son père et ses amis, initialement publié en Chine dans la presse en 2002, puis en 2004 aux Editions du Peuple, avec quelques coupes,sous le titre « Un passé qui ne part pas en fumée » (《往事并不如烟》) et dans sa version intégrale à Hong Kongsous le titre « Les derniers aristocrates » (最后的贵族).

 

Un passé qui ne part pas en fumée

            

Ma Lianliang

 

En 2005, elle a ensuite publié un livredont le titre est un vers tiré d’un opéra : « Une bourrasque de vent a laissé derrière elle des milliers de chantsdes temps anciens »(一阵风,留下了千古绝唱) ; il s’agit d’un témoignage sur les souffrances subies par le maître de l’opéra de Pékin Ma Lianlang (马连良)  pendant la Révolution culturelle. Né en 1901, spécialiste des rôles masculins âgés laosheng,créateur de l’école qui porte son nom, il mourut en décembre 1966 des persécutions qui lui furent infligées. Le livre fut interdit.

 

             

En 2006, elle publie un nouveau livre sur les interprètes de l’opéra chinois, huit d’entre euxdontMeiLanfang et Ma Lianlang : « Vieilles histoires d’acteurs d’opéra ». Elle en souligne, entre autres, la force de caractère devant les épreuves et en décrit les persécutions pendant la Révolution culturelle.

             

Le livre a été publié, dans une version expurgée, puis

interdit, et la maison d’édition passible d’une amende. Indignée, Zhang Yihe a écrit diverses lettres ouvertes pour contester l’interdiction de ses œuvres, au nom de la liberté d’expression théoriquement garantie par la Constitution chinoise.

              

En même temps, elle a édité à Hong Kong des

témoignages d’autres auteurs, anciens droitiers, ce qu’elle a appelé « la série ‘Un passé qui ne part pas en fumée’ » (《往事并不如烟》系列).

 

Vieilles histoires d’acteurs d’opéra

             

Madame Liu et ses consœurs 

              

Liu Shinü

 

C’est à la suite de ces livres qu’elle s’est tournée vers le roman, pour raconter sous une forme apparemment fictionnelle ses souvenirs du laogaiet de ses codétenues, en souvenir de son père, a-t-elle dit, qui lui avait demandé de témoigner pour que le passé ne sombre pas dans l’oubli.

             

Elle a annoncé une série de quatre romans qui sont en fait plutôt des nouvelles longues, et dont le dernier est en cours d’écriture. Le premier, publié en mai 2O11 aux éditions du Guangxi, a étonnamment été tiré à 300 000 exemplaires avant d’être interdit. Intitulé « Madame Liu » (《刘氏女》), il a pour personnage principal une femme qui a été condamnée pour avoir tué froidement son mari dont elle ne supportait pas les crises d’épilepsie, et l’avoir conservé dans une jarre comme de la viande salée.

             

On découvre un univers infernal où se côtoient criminelles,

détenues de droit commun et prisonnières politiques, comme si tout le monde était uniformément coupable, et soumis au même traitement infra-humain.

             

Avec Zhang Yihe, le passé ne part pas en fumée, il faut l’en féliciter, et la lire.

            


             

Principales œuvres

             

1999 L’opéra chinois中国戏曲》

2004 Un passé qui ne part pas en fumée 《往事并不如烟》*

2004 Les derniers aristocrates 最后的贵族(Hong Kong University Oxford Press)

2005 Une bourrasque de vent a laissé derrière elle des milliers de chants des temps anciens » 一阵风,留下了千古绝唱

2006 Vieilles histoires d’acteurs d’opéra 伶人往事

2007-09 Série ‘Un passé qui ne part pas en fumée’ (publié à Hong Kong)

Dont : "Amitié de Gentleman" 《君子之交》 par Zhang Lifan 章立凡, "Auto-narration réactionnaire"我的反动自述》 par Kang Zhengguo 康正果, "La lutte contre les droitiers" 《反右派斗争始末》par Zhu Zheng 朱正.

2010 A quatre mains 《四手联弹》, avec He Weifang - Hongkong University of Oxford press/ Guangxi Normal University.

2010 Liu Shinü《刘氏女》**

Janvier 2012 Yang Shinü杨氏女

En préparation Zou Shinü邹氏女

              

Traductions en français

*Un passé qui ne part pas en fumée, traduit du chinois et annoté par LuoShenyi, éditions You Feng 2010

**Madame Liu, traduit du chinois par François Sastourné, Ming Books, 2012 (en librairie mai 2013)

A venir : Madame Yang et Madame Zou

             

             

 

 

 

 

 

     

 

 

 

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