Terminologie et vocabulaire

 
 
 
                

 

Etymologie de Jia

par Brigitte Duzan, 13 avril 2026

 

Selon l’étymologie la plus répandue, le caractère jiā représente un porc – composant shǐ – sous un toit – composant mián –  comme symbole de la maison, lieu d’habitation de la famille. C’est ce qui apparaît dans le premier dictionnaire chinois analysant les caractères, le Shuowen jiezi (说文解字), achevé en l’an 100, sous la dynastie des Han : il explique que le caractère désigne le lieu d’habitation, la partie supérieure étant l’élément mián représentant le toit et la partie inférieure l’élément phonétique jiā  (家,居也。从宀,豭省声).

 

On explique ceci en disant qu’autrefois seuls les nobles pouvaient avoir des temples pour vénérer leurs ancêtres et les divinités ; le peuple devait se contenter de le faire chez eux, avec des porcs pour les sacrifices. Dans une note de son ouvrage « The Ancestral Landscape: Time, Space, and Community in Late Shang China, ca. 1200-1045 BC » [1], le sinologue américain spécialiste de la dynastie des Shang David N. Keightley a ainsi noté que, dans les inscriptions sur os d’animaux ou carapaces de tortues dites jiaguwen (甲骨文), le caractère jia désignait probablement le temple d’un palais, avec l’élément porc indiquant les sacrifices qui y étaient pratiqués.

 

Un expert américain en paléographie chinoise, John Renfroe, a suggéré une variante de cette étymologie : l’élément supérieur du caractère jiā , plutôt qu’un toit, était à l’origine le dessin d’un bâtiment, englobant le caractère désignant le porc, qui n’aurait qu’une valeur phonétique, rejoignant donc l’explication du Shuowen jiezi. Mais les experts chinois de paléographie considèrent aujourd’hui que le caractère jiā n’a pas seulement valeur phonétique, mais aussi sémantique, comme l’indique un article paru en février 2019 dans le mensuel du Musée du Palais de Pékin (《故宮文物月刊》) [2].

 

Cependant, dans son ouvrage « Construction of Space in Early China » [3] (p. 92), Mark Lewis a contesté cette interprétation. Selon lui, le caractère jiā ne représente pas un cochon sous un toit mais un enfant sous un toit, le caractère hài  pour enfant, écrit en écriture sigillaire, ressemblant beaucoup au caractère shǐ signifiant porc. Il donne en note une citation du Lüshi chunqiu (《吕氏春秋》) ou « Printemps et des Automnes de Lü Buwei » pour illustrer la confusion possible :

 

En route vers l’État de Jin, Zi Xia passa par celui de Wei. Quelqu’un qui lisait une chronique historique lui dit : « L’armée de Jin, et trois porcs, ont traversé le fleuve Jaune ». Zi Xia répliqua : « Mais non, ce n’est pas ça ! Il est écrit « ji hai » (己亥) [pour indiquer le jour, selon le cycle sexagésimal] : ji   est proche de trois (san ) et le caractère shǐ pour porc ressemble au caractère hài signifiant enfant. » 

 

On a néanmoins tendance aujourd’hui à retenir l’explication du Shuowen jiezi, sur la base des études paléographiques des inscriptions sur bronze datant des Shang, en ajoutant une valeur sémantique au caractère du porc [4]. Mais les explications se compliquent quand on tente de considérer les prononciations dialectales, et leur évolution (probable) dans le temps (voir baidu).

 

 

Évolution du caractère 

 (à partir des jiaguwen et inscriptions sur bronze)

 

 

 


 

[1] Research monograph, University of California, Institute of East Asian Studies, Jan. 2000.

[2]  Article richement illustré de Zhang Li (張莅)〈以豬成家─談家字及其相關字義的演變〉(Du porc à la famille : sur l’évolution du caractère et les sens qui lui sont liés) que l’on peut télécharger sur le site du musée.

[3] State University of New York Press, 2006.

[4] Ajoutons que le sens premier du caractère jiā  est celui de « verrat » (le porc mâle), tandis que shǐ (forme simplifiée) désignerait plus spécifiquement le sanglier.

 

 

 

 

 

 

 

 

     

 

 

 

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