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Zhang Henshui  张恨水

Présentation

par Brigitte Duzan, 14 novembre 2011

      

Zhang Henshui (张恨水) est un romancier qui connut une immense popularité dans les années 1920-1930. A un moment où la littérature moderne était influencée par les idées héritées du mouvement du 4 mai, il a continué à écrire des romans inspirés des grandes œuvres de la littérature classique, mais en en adaptant le style à l’époque.

      

Essentiellement histoires d’amours contrariées, ses romans sont classés pour cela dans cette « littérature des canards mandarins et papillons » (鸳鸯蝴蝶派) méprisée par les intellectuels de gauche de l’époque. Pourtant, si son œuvre a connu le succès qu’elle a eue, c’est parce qu’elle offrait aux lecteurs populaires non seulement des histoires qui les émouvaient, mais aussi des tableaux vivants du monde qui les entouraient, et dans une langue qu’ils comprenaient parce qu’elle était proche de la leur.

      

 

Zhang Henshui

C’est une œuvre plus complexe qu’il n’y paraît, qui s’inscrit dans la grande tradition littéraire classique, celle en langue vernaculaire. C’est là que Zhang Henshui a puisé son inspiration de départ.

       

Influencé par la littérature classique vernaculaire

       

De son vrai nom Zhang Xinyuan (张心远), Zhang Henshui (张恨水) est né en 1895 à Shangrao (上饶), au nord-est du Jiangxi, dans le sud-ouest de la Chine, où son père était un petit fonctionnaire. Il y passe son enfance et son adolescence, mais son père meurt alors qu’il a seize ans. La famille déménage alors dans la maison ancestrale, à Qianshan (潜山), dans la province de l’Anhui.

       

Li Yu

 

Dès l’enfance, celui qui n’était encore que Zhang Xinyuan se passionne pour la littérature classique vernaculaire ou baihuawén (白话) : la littérature écrite en baihua, c’est-à-dire un mandarin calqué sur la langue orale. C’est une littérature influencée par la tradition orale qui se dégage, surtout à partir de la dynastie des Ming, de la narration historique traditionnelle pour donner des œuvres destinées à un public plus populaire. Les modèles en sont les ‘quatre grands romans classiques’ (1) auxquels on doit rajouter le Jin Ping Mei (金瓶梅词话) ou « Fleur en fiole d’or », en cent chapitres et cent vingt poèmes.

      

C’est ce genre qui influence ses premiers écrits. En 1914, il prend pour les signer le nom de plume de Zhang Henshui (张恨水). Ce prénom vient d’un vers d’un poème qu’il aimait

beaucoup : un poème de la fin du 10ème siècle, intitulé « Pleurs dans l’obscurité de la nuit » (《乌夜啼》), du dernier souverain de la dynastie des Tang du Sud, Li Yu (李煜) ; fait prisonnier en 975 par l’armée des Song auxquels il avait refusé de se soumettre, il y chante la tristesse d’une époque révolue, la sienne et celle de son royaume, et du ‘flot des regrets’ (恨水) de toute une existence qui s’écoule vers l’est   (自是人生长恨水长东”).

      

1919-1935 : journaliste et romancier populaire

 

En 1918, il devient journaliste à Wuhan (武汉), embauché par l’un de ses oncles qui avait un journal à Hankou ; mais comme il n’a pas beaucoup de travail, il griffonne des poèmes, et commence même à écrire des romans à ses heures de loisirs. C’est tout naturellement qu’il s’inspire alors du style vernaculaire appelé zhānghuí xiǎoshuō (章回小说) qui caractérise les grands romans classiques en vernaculaire qu’il aimait tant, c’est-à-dire des ‘romans à chapitres’, où chaque nouveau chapitre est introduit par un titre qui constitue un bref résumé du contenu de l’épisode.

      

C’est ainsi qu’est structuré le premier de ses romans à être publié, en 1919, sous forme de feuilleton, dans un journal de la ville de Wuhu (芜湖), dans l’Anhui, le ‘journal de Wanjiang’ (《皖江报》) (2). Intitulé « Chant d’amour au pays du sud »   (《南国相思谱》 Nánguó xiāngsī pǔ), le roman est en effet divisé en chapitres introduits par des vers de poésies classiques ; il raconte une histoire d’amour passionné, comme ceux qui suivront.

       

Aussitôt après, Zhang Henshui part s’installer à Pékin et travaille comme rédacteur dans deux périodiques : le journal de Tianjin Yishi bào (《益世报》) et le journal pékinois Chaobào (《朝报》). Il crée deux autres titres, ‘le soir du monde’ et ‘le quotidien du monde’ (《世界晚报》/《世界日报》), et se partage entre son travail de journaliste et homme de presse, et son travail d’écrivain.

 

Chunming waishi (édition originale)

      

Entre avril 1924 et janvier 1929 paraît, à nouveau sous forme de feuilleton, son premier roman fleuve, en 86 chapitres : « Histoire officieuse de la capitale » (《春明外史》Chūnmíng Wàishǐ). Le roman remporte un immense succès et fait de son auteur le romancier populaire le plus réputé de sa génération. C’est une histoire d’amour romantique, mais pas seulement : c’est aussi une peinture vivante des couches populaires de la capitale dans les années 1920, chacun des nombreux personnages étant

l’occasion d’une description de son entourage.

       

Le héros de cette histoire est un jeune journaliste pékinois, Yang Xingyuan (杨杏园), qui, tombé amoureux d’une courtisane, lui rend à sa mort un hommage funèbre comme si elle avait été sa fiancée. Peu de temps plus tard, il rencontre chez des amis une jeune beauté, Li Dongqing (李冬青), avec laquelle il ressent beaucoup d’affinités. Mais celle-ci est atteinte d’une maladie incurable et

 

Chunming waishi (table des matières

avec les sept premiers chapitres

et leurs titres/descriptifs)

tente de persuader Xingyuan d’en épouser une autre. Il finit par tomber malade, et meurt en lui écrivant un dernier poème, sur quoi Dongqing s’effondre inanimée sur son cadavre.

      

Deux des romans écrits à cette période, et en même temps, sont généralement considérés comme des chefs d’œuvre : « Une famille éminente » (《金粉世家》Jīnfěn shìjiā) publié en feuilleton entre 1927 et 1932 (3), et « Un destin de rires et de pleurs »  (《啼笑因缘》Tíxiào yīnyuán), publié en 1930.

        

Ce dernier roman pourrait être une énième variation sur le thème rebattu des amours entre un talentueux jeune homme et une jeune beauté, mais le roman est une véritable peinture de mœurs. Le jeune Fan Jiashu (樊家树), venu de Hangzhou à Pékin pour entrer à l’université, tombe amoureux d’une jeune chanteuse incroyablement belle rencontrée

 

Une famille éminente

dans la  rue ; mais, vendue à un chef de guerre qui la maltraite, elle en devient folle. Sur ces entrefaites, Jiashu rencontre une autre jeune femme qui lui ressemble étrangement, mais qui est riche. Le roman s’achève sur leur union.

L’histoire comporte de multiples rebondissements, et même un clin d’œil au wuxia, l’un des personnages étant une femme spécialiste d’arts martiaux. Elle a été de nombreuses fois adaptée au cinéma et à la télévision, et même à l’opéra.

      

Un destin de rires et de pleurs

 

Au milieu des années 1930, la popularité de Zhang Henshui est au maximum, il travaille en même temps à six romans qui paraissent par épisodes dans la presse, tout en continuant son travail d’éditeur de presse et rédacteur. On le surnomme « le grand auteur des romans à chapitres » (章回小说大家”) et « le maître de la littérature populaire » (通俗文学大师”). Ces œuvres sont généralement classées dans le genre « littérature des canards mandarins et papillons » (鸳鸯蝴蝶派) dont Tíxiào Yīnyuán est considéré comme un des grands classiques.

       

Mais, dans le contexte de la guerre de résistance contre le Japon,  Zhang Henshui va se sentir contraint de changer de style.

 

      

Après 1935 : changement de style

       

En 1934, il fait un voyage dans le Shaanxi et le Gansu où il constate la dureté des conditions de vie locales. Son œuvre s’en trouve transformée. Puis, en 1935, il emmène toute sa famille à Shanghai où il est rédacteur en chef du Libao (《立报》). En 1937, il part à Chongqing où il travaille au Xinminbao (《新民报》).

      

Le roman caractéristique de cette période est « 81 rêves » (八十一梦), publié en 1941. C’est une satire de la corruption de la bureaucratie, évoquée par le biais de paraboles et de rêves. Il écrit encore, autre exemple, « Un monde de monstres et démons » (《魍魉世界》wángliǎng shìjiè) qui montre la lutte pour la survie quotidienne.

 

Un monde de monstres et démons

  

Après la défaite du Japon, il continue d’écrire, mais sans  plus susciter le même intérêt. Ce sont des romans sur des épisodes de la guerre qui vient de s’achever, comme, en 1945, « Vive la division Huben » (《虎贲万岁》hǔbēn wànsuì), sur la défense héroïque de la ville de Changde, au Hunan.  

      

En 1949, une crise cardiaque le prive de l’usage de ses jambes. Il doit pourtant continuer à écrire car il a une nombreuse maisonnée à entretenir et nourrir. Mais sa santé se détériore peu à peu.

       

Il aura publié encore une quarantaine de romans après 1940, soit au total plus de cent dix titres, lorsqu’il mourra, en 1967, d’une hémorragie cérébrale.

       

Mais il ne faut pas en rester à quelques chiffres. Son œuvre a une autre importance, reconnue par les plus grands, Mao Dun (茅盾), par exemple, qui l’a louée en ces termes :

运用章回体而善为扬弃,使章回体延续了新生命的,应当首推张恨水先生。

« Il faut reconnaître à Zhang Henshui d’avoir su reprendre le vieux système des chapitres en lui insufflant une nouvelle vie »

 

81 rêves

ou encore Lao She, complétant le jugement précédent :

是国内唯一的妇孺皆知的老作家。

« Il est, en Chine, le seul écrivain à être universellement connu »

 

      

Notes

(1) Ces ‘quatre livres extraordinaires’ (四大奇书), à l’origine du roman chinois moderne, sont, par ordre chronologique :

- L’Histoire des Trois Royaumes (国演义) (XIVe siècle), le premier roman complet divisé en chapitres distincts à apparaître en Chine ;

- Au bord de l'eau (水滸传) (milieu du XIIIe siècle - XVe siècle),

- Le Voyage en Occident (西游记) (XVIe siècle),

- Le Rêve dans le pavillon rouge ou L'Histoire de la Pierre (红楼梦) (1791)

(2) wǎn est l’autre nom de la province de l’Anhui.

(3) Le livre a été adapté en série télévisée de 40 épisodes en 2003. 

      


      

Adaptations cinématographiques
      
Les romans de Zhang Henshui ont fait l’objet de nombreuses adaptations, au cinéma et à la télévision.
Le premier à avoir été adapté au cinéma est « Two Stars of the Milky Way » (《银汉双星》), roman publié à l’origine dans le « Magazine illustré du Huabei » (《华北画报》), au tout début des années 1920, juste avant « L’ histoire officieuse de la capitale » (《春明外史》).
Il décrit l’amour entre un acteur et une actrice de cinéma, mais le thème est celui habituel chez

l’auteur : le conflit entre l’amour et l’argent.
Sur cette adaptation cinématographique, voir :
www.chinesemovies.com.fr/films_Shi_Dongshan_Two_Stars_of_the_Milky_Way.htm

      

      

      

 

 

 

 

     

 

 

 

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