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Sortie d’une traduction en français d’une nouvelle de Chi Zijian : « Bonsoir, la rose »

par Brigitte Duzan, 8 mai 2015

     

« Bonsoir, la rose » (《晚安玫瑰》) est une nouvelle ‘moyenne’ de Chi Zijian (迟子建) qui se lit comme un court roman, initialement publiée dans la revue Littérature du peuple (《人民文学) en mars 2013.

      

Chi Zijian est connue pour être l’auteur du roman « La rive droite de l’Argun » (额尔古纳河右岸) qui a été couronné du prix Mao Dun en 2008. Elle est cependant surtout auteur de nouvelles, dont beaucoup ont déjà été traduites en français. Cette nouvelle traduction, d’un très beau récit relativement récent, vient compléter le catalogue existant et devrait inciter à se plonger dans les titres précédents, c’est-à-dire dans l’univers très personnel de Chi Zijian.

      

Cet univers, c’est le Grand Nord de la Chine, où la romancière est née en 1964, et qui constitue non seulement la toile de fond de ses nouvelles, mais qui en est bien plus le sujet privilégié. Comme elle l’a dit elle-même, si je n’étais

 

Bonsoir la rose, édition chinoise

pas née dans ce village du Pôle Nord (c’est le nom exact de son village natal : 北极村), si je n’y avais pas vécu, je ne serais probablement jamais devenue écrivain.

      

C’est un monde enseveli sous la neige une partie de l’année, aux hivers longs et rigoureux, pendant lesquels il fait bon raconter des histoires au coin du feu. C’est ce que faisait la grand-mère de Chi Zijian, comme beaucoup d’autres femmes du village certainement, et ce sont ces histoires qui ont nourri un imaginaire très riche, au contact de la nature et tout ce qu’elle comporte d’étrange, au contact, aussi, des vieilles coutumes et croyances locales.

       

Bonsoir la rose, traduction en français

 

« Bonsoir, la rose »est une émanation directe de cet univers, et une illustration de ce que Chi Zijian a écrit de meilleur. L’histoire est contée avec un réalisme d’une grande sensibilité, mais possède en même temps une aura de secret caractéristique de la majeure partie de ses nouvelles, mais ici particulièrement développée car ce sont les deux personnages principaux qui ont leur blessure intime, soigneusement cachée.

     

Ce sont deux femmes, l’une jeune et l’autre déjà âgée, celle-ci hébergeant l’autre qui cherchait une chambre à louer, dans la ville de Harbin, qui est celle où vit l’auteur. Elles ne semblent pas faites, a priori, pour s’entendre : la plus jeune travaille dans une agence de presse, l’autre vit dans son passé, joue du piano, prie en hébreu… elle est juive d’origine russe, sa famille a émigré en Chine à la suite de la Révolution d’octobre.

      

Mais toutes les deux sont marquées par leur passé, la plus

jeune est marquée par les circonstances tragiques de sa naissance (que l’on ne précisera pas pour ne pas ruiner la lecture de la nouvelle), l’autre par ses origines, aussi, bien que d’une autre manière.

      

Il y a beaucoup d’émigrés russes venus de Sibérie, dans le nord de la Chine ; ils forment des communautés préservant leur langue, leur culture, leur religion et leurs traditions ; mais ils sont rarement pris comme thème de nouvelles. La Lena de « Bonsoir, la rose » est un personnage coloré et attachant, cachant un passé douloureux et des trésors de tendresse refoulée.

      

Ce sont finalement deux solitudes qui brisent leur isolement, deux être meurtris qui s’épaulent. On pense au chengyu illustrant l’histoire des deux poissons privés d’eau à cause d’une terrible sécheresse qui tentent de survivre en crachant l’un sur l’autre (xiāngrúyǐmò / 相濡以沫). L’histoire de Chi Zijian a, en un sens, le même aspect de fable intemporelle, mais c’est un conte des temps modernes, écrit avec une extrême sensibilité, et une tension affective profondément émouvante.

      

Si l’on veut découvrir les nouvelles de Chi Zijian, c’est l’idéal pour commencer. Si on en connaît déjà, on appréciera la subtile beauté de celle-ci [1].

      

       

      

Bonsoir, la rose, traduit du chinois par Yvonne André, Philippe Picquier, mai 2015, 192 p.

      

     
     


[1] Elle a eu beaucoup de succès en Chine, et a même un site qui lui est dédié, qui explique le contexte, dépeint les personnages et leur histoire, avec le début du texte et une interview de Chi Zijian :

http://book.sina.com.cn/z/wananmeigui/

      

     

     

     

     

     

     

     

     

 

 

 

 

     

 

 

 

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