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Léon d’Hervey de Saint-Denys
1822-1892
par Brigitte
Duzan, 28 mai 2026
Né en mai 1822
à Paris, Léon Le Coq d'Hervey est adopté en 1858 par son oncle
maternel, sans descendant, devenant ainsi l’héritier du titre de
marquis de Saint-Denys. Sinologue et traducteur, plus connu de
son temps pour ses recherches sur le rêve, il représente toute
une époque, cette fin du 19e siècle français qui
s’est passionnée pour le pavillon chinois de l’Exposition
universelle de 1867. La Chine était un pays exotique et
mystérieux .
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Léon
d’Hervey de Saint-Denys |
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1.
Sinologue contesté
Léon d’Hervey
de Saint-Denys avait commencé par des traductions de l’espagnol.
Mais il s’est concentré sur la Chine à partir de 1850, suivant
au Collège de France le cours de
Stanislas Julien qui l’encouragea et auquel il succéda.
Ce sont ses traductions des « Poésies de l’époque des Thang » en
1862 qui le font connaître.
Professeur
de langue chinoise à l'École spéciale des langues orientales
(aujourd’hui Inalco), il est nommé commissaire spécial pour
l'Empire chinois à l'Exposition universelle de 1867. C’est
l’apogée du Second Empire ; l’empereur Napoléon III confie
l’organisation de l’exposition à une commission d’éminents
personnages et lance un énorme chantier pour édifier les
installations éphémères du parc de l’exposition. C'est la
première Exposition universelle où sont présentés des pavillons
nationaux et l’espace réservé à la Chine suscite tout
particulièrement la curiosité.
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Le
pavillon chinois de l’Exposition universelle de 1867
(Le
Monde illustre, 1867) |
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En 1874, Léon
d’Hervey de Saint-Denys succède à son maître Stanislas
Julien, décédé l’année précédente, à la chaire des
langues et littératures chinoises, tartares et mandchoues au
Collège de France, mais son élection suscite toute une
controverse qui serait du domaine de l’anecdote si elle ne
reflétait les rivalités et courants de la sinologie française de
l’époque.
La candidature
d’Hervey de Saint-Denys est contestée par l’abbé Paul Perny,
ancien missionnaire en Chine et candidat malheureux au même
poste au Collège de France. Sous le titre « Le Charlatanisme
littéraire dévoilé », et sous le pseudonyme de Léon Bertin,
Paul Perny publie en 1874 à Versailles un pamphlet adressé aux
professeurs du Collège de France dans lequel il dénonce
l’incompétence et les pratiques prétendument frauduleuses du
marquis d’Hervey de Saint-Denys : il l’accuse non seulement
d’être incompétent mais en outre d’usurper le titre de marquis.
Tout cela parce que Hervey de Saint-Denys, tout comme Stanislas
Julien, se sont formés à Paris à la langue chinoise, alors que
Perny a été missionnaire en Chine, au services de la Société des
missions étrangères de Paris. Il a brigué la chaire du Collège
de France en 1873, mais auparavant, en 1872, il avait postulé
pour suppléer Stanislas Julien, alors malade, aux Langues O’,
puis pour l’y remplacer l’année suivante ; les deux fois, il
s’était vu préférer le marquis d’Hervey de Saint-Denys, ce qui
avait attisé sa colère.
Cependant,
malgré le pseudonyme, l’abbé se trahit ; après perquisition à
son domicile, le tribunal correctionnel de Versailles le
condamne à une amende de 500 francs et à six mois
d’emprisonnement pour « diffamation envers un particulier » – la
peine étant ensuite réduite à deux mois de prison par la cour
d’appel de Paris.
L’affaire
n’est cependant pas sans conséquence pour le marquis, et va même
au-delà de l’enjeu personnel. En mars 1873, l’assemblée des
professeurs du Collège de France a ainsi hésité à maintenir la
chaire de chinois, faute d’un candidat idoine. L’assemblée du
11 mai qui doit se prononcer sur la succession de Stanislas
Julien doit choisir entre le sculpteur Louis Rochet, auteur d’un
obscur Manuel pratique de la langue chinoise vulgaire,
l’abbé Perny et le marquis. Mais, sur les vingt-cinq professeurs
qui doivent prendre part au vote, la plupart se disent
incompétents en matière de langue chinoise. Aussi finissent-ils
par se ranger à l’avis de Stanislas Julien, qui avait fait
d’Hervey de Saint-Denys son suppléant : il est choisi à une
majorité de vingt et une voix contre une seulement à Perny,
disqualifié d’emblée par Jules Mohl (qui occupe la chaire de
langue persane) parce qu’ « il ne suffit pas de connaître la
langue vulgaire pour enseigner la littérature chinoise ».
Mais les
compétences d’Hervey de Saint-Denys restent contestées. La
rumeur s’en était emparée avant même le pamphlet de Perny.. Sur
la suggestion d’Ernest Renan, les professeurs choisirent
finalement de ne confier provisoirement au marquis que le titre
de chargé de cours, avec période probatoire – il ne sera
titularisé qu’en avril 1874.
La querelle
n’est pas purement anecdotique : elle est révélatrice des
conflits qui ont agité la sinologie française au 19e
siècle, avec deux branches rivales en lutte à partir des années
1840
,
au moment où la sinologie se constitue comme discipline
institutionnalisée en cherchant à surmonter son déficit de
légitimité – institutionnalisation qui a commencé avec les
missionnaires jésuites, mais qu’a poursuivie de manière décisive
Jean-Pierre Abel-Rémusat,
premier titulaire de la chaire de sinologie créée au Collège de
France en 1814, qui s’est s’opposé,
justement, aux missionnaires aussi bien qu’aux fantasmes
courants sur la Chine et sa langue. Il s’agissait de dépasser la
querelle entre langue vulgaire et langue lettrée, entre
sinologues « de terrain » et ceux « de cabinet », pour établir
un corpus scientifique d’étude de la langue.
2.
Onirologue
Or, justement,
le marquis d’ Hervey de Saint Denys avait ce côté un peu
fantasmatique du chinois non point tel qu’on le parle, mais tel
qu’on l’imagine. C’est d’ailleurs ce qu’avait souligné l’abbé
dans son pamphlet en renvoyant aux écrits du marquis sur les
rêves.
Car le marquis
d’ Hervey de Saint Denys était alors connu pour ses travaux sur
le sommeil et ce qu’il appelle « le rêve lucide », ayant
commencé à noter ses rêves au réveil dès l’âge de 14 ans. En
même temps, il nourrit sa passion de lectures diverses sur le
sujet et conçoit une « théorie du sommeil et des rêves ». Il en
publie une synthèse en 1867, chez Amyot éditeur, rue de la Paix,
sous le titre « Les Rêves et les moyens de les diriger »,
sous-titré « Observations pratiques »
.
L’ouvrage a été réédité à de nombreuses reprises, une dernière
fois en 2018.
Les dix exemplaires de tête de l’édition originale étaient en
outre illustrés de
dessins originaux.
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Les
Rêves et les moyens de les diriger,
observations
pratiques, Amyot 1869 |
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Il y avait là
de quoi brouiller l’image du sinologue. Il a même exercé une
influence sur Freud, qui le cite dans son « Interprétation des
rêves » : « Les rêves les plus bizarres trouvent une
explication des plus logiques quand on sait les analyser…
l'incohérence devient alors compréhensible, les conceptions les
plus fantasques deviennent des faits simples et parfaitement
logiques. » De là au mouvement surréaliste il n’y avait
qu’un pas. Hervey de Saint Denys en a influencé plusieurs
membres, et en particulier André Breton qui dit de lui dans
« Les Vases communicants »
qu’il était remarquable « qu’un homme ait pu se trouver pour
tenter de réaliser pratiquement ses désirs dans le rêve ».
On comprend
que les très sérieux professeurs du Collège de France aient pu
hésiter à lui confier la chaire laissée vacante par Stanislas
Julien. Mais le marquis n’en a pas moins poursuivi sa carrière :
il a été élu membre de l'Académie des inscriptions et
belles-lettres en 1878 et a été le professeur de Paul
Pelliot.
Outre les
traductions qu’il a laissées, et qui n’ont pas manqué de
susciter elles aussi la controverse, encore aujourd’hui, on
oublie parfois les autres ouvrages que le marquis nous a laissés
sur la Chine, et qui reflètent leur temps autant que leur
auteur.
3. Ouvrages
sur la Chine
La Chine
devant l’Europe et vice versa
Hervey de
Saint Denys a commencé sa carrière de sinologue par une
publication en 1850 sur l’agriculture et l’horticulture des
Chinois, et sur « les procédés agricoles que l'on pourrait
introduire dans l'Europe occidentale et le nord de l'Afrique ».
Pui il publie en 1859 un ouvrage sur « La Chine devant
l’Europe », qui suscite aussitôt une polémique, et une riposte
par « l’obscur Charles Gay » selon les termes d’Angel Pino,
intitulée « L’Europe devant la Chine » publiée la même année
chez Plon, ouvrage également
numérisé sur Gallica.
Charles Gay
commence par un semblant d’ hommage : « M. d’Hervey aime la
Chine. Je crois avec lui que c’est très permis. Voltaire
l’aimait aussi ; seulement il l’aimait en philosophe, de
confiance, et, je suppose, parce qu’elle avait chassé les
Jésuites. M. d’Hervey l’aime en savant, comme quelqu’un qui la
connaît. S’il n’a pas l’autorité d’un témoin oculaire, personne
ne lui refusera celle d’un juge compétent. … [La Chine est
tellement riche qu’]on peut l’explorer sans voyager… » Mais
ensuite cela se gâte un peu : « M. d’Hervey est de l’école un
peu enthousiaste de M. Abel-Rémusat. Je serais plutôt de celle
de Montesquieu. » On connaît l’amour pour la Chine de l’auteur
de « L’esprit des lois »… La satire est féroce, dans ce style
orné des polémistes du 19e siècle. « Un peuple qui a
vécu quarante siècles, usé vingt-deux dynasties … Pendant cette
longue période, que d’événements sur notre globe… d’incessant
travail de la pensée humaine ! Seul le peuple chinois s’est
agité sans marcher… Comment la plus vieille civilisation du
monde est-elle aussi la plus arriérée ? » Et de passer en revue
tous les maux que cette terre puisse porter…
Ethnographie
En 1872,
Hervey de Saint Denys livre un mémoire qui suscite un grand
intérêt lorsqu’il en fait lecture à l’Académie des inscriptions
et belles lettres, en décembre 1872 et janvier 1873 : « Mémoire
sur l’ethnographie de la Chine méridionale, d’après un ensemble
de documents inédits tirés des anciens écrivains chinois ».
L’ouvrage est doublé d’une traduction d’un ouvrage du 13e
siècle, « Ethnographie des peuples étrangers à la Chine. Pays
situés au midi de l’empire chinois », traduction publiée en 1876
qui vaudra au marquis le prix Stanislas-Julien de l’Académie.
L’ouvrage
original est de Ma Duanlin (馬端臨/马端临
1245–1322), historien né sous les Song du Sud qui, après la
chute de la dynastie, a compilé une encyclopédie intitulée
« Examen extensif [de l’administration] fondé sur des sources
littéraires » (Wénxiàn Tōngkǎo
《文献通考》),
publiée sous les Yuan en 1324. Tous les domaines de
l’administration impériale sont couverts, avec des chapitres
totalement nouveaux par rapport aux ouvrages similaires écrits
auparavant, dont des chapitres sur le territoire impérial
rebaptisés « Géographie » (yúdì
輿地)
ainsi que sur les régions frontalières et les « quatre
barbares » (sì
yì
四裔).
Les extraits traduits par le marquis d’Hervey de Saint Denys
concernent les « barbares méridionaux » tels que dépeints par Ma
Duanlin, sur la base des annales des Han postérieurs et des
encyclopédistes qui l’ont précédé, comme des peuples « de race
différente » opposés à leurs envahisseurs.
Hervey de
Saint Denys se place là en précurseur des ethnologues et
anthropologues qui, au siècle suivant, vont s’intéresser aux
peuples des marges chinoises. En même temps, il conforte l’image
du sinologue en chambre que lui reprochait l’abbé Perny, et que
va dépasser
Paul Pelliot.
Traducteur et théoricien de la traduction
C’était là
l’image de la Chine à l’époque, suscitant une fascination pour
une sorte de merveilleux exotique, et c’est dans ce contexte que
doit s’apprécier le travail traduction du marquis. Outre un
recueil de textes « faciles et gradués en chinois moderne »,
avec vocabulaire et clefs, à l’usage de ses élèves, il a traduit
des poésies et des textes en prose, des
huaben.
La poésie des
Tang
C’est en 1862
que le marquis d’Hervey de Saint-Denis a publié un recueil de
traductions de poèmes de l’époque Tang (7e-9e
siècles), avec des notes explicatives et en introduction une
longue étude sur l’art poétique chinois et la prosodie (pp.
V-.CIV). Les poèmes de chaque poète sont en outre précédés d’une
courte note biographique, et accompagnés de notes explicatives.
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Poésies de l'époque des Thang, éd. Champ libre |
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Cependant, si
elles reflètent l’enthousiasme de l’auteur, et dès l’abord pour
le poète « Li-Taï-Pé », c’est-à-dire Li Bai (李白),
qui ouvre le recueil, ces traductions ne résistent pas à l’usure
du temps. On les lit comme le reflet d’une époque.
Le Li-sao
En 1870,
cependant, le marquis fait paraître une autre traduction de
poème, celle du Li sao (《離騷》/《离骚》)
de Qu Yuan (屈原),
premier des Chants de Chu (《楚辭》) et
chef-d’œuvre incontesté de la poésie chinoise qu’il avait cité
dans son introduction aux « Poèmes des Thang ». La traduction du
Li sao est précédée d’une étude préliminaire ainsi que
d’une vie de Qu Yuan titrée des « Mémoires historiques » de Sima
Qian. Elle est accompagnée de notes et commentaires, tirés pour
la plupart, explique-t-il dans son étude préliminaire, des
commentaires accompagnant les quatre éditions chinoises dont il
s’est aidé dans son travail. La traduction est en outre suivie
du texte chinois du poème.
La traduction
est dédiée « À M. Stanislas Julien », en « hommage affectueux de
son élève ». On en trouve aussi une
version numérisée sur Gallica.
C’est là un
travail de fond sur le texte et l’auteur du même ordre que
beaucoup de traductions actuelles, en éditions bilingues,
celles, par exemple, des
poèmes du Shijing
par Rémi Mathieu ou celles
de l’œuvre de Du Fu (杜甫)
par
Nicolas Chapuis.
Le marquis
s’est ensuite tourné vers des traductions de huaben, .
Les huaben du
Jinqu qiguan
Il a traduit
trois recueils de huaben tirés d’une même source : le
Jinqu qiguan (《今古奇觀》),
ou « Spectacles curieux d’aujourd’hui et d’autrefois »,
anthologie classique de 80 huaben publiée à Suzhou entre
1633 et 1645 et compilée à partir des « Trois
propos » (Sān yán 三言).
de Feng Menglong
(馮夢龍/冯夢龙)
et « Deux
coups sur la table » (Pāi'àn jīngqí《拍案惊奇》)
de Ling Menchu
(淩濛初/凌蒙初).
Les deux
premiers recueils, publiés en 1885 et 1889, comportent trois
nouvelles ; le troisième, publié en 1892, peu de temps avant sa
mort, est le plus connu : c’est un recueil de six nouvelles que
l’on trouve, comme les autres,
numérisé sur Gallica.
« Ce recueil est le troisième que je publie pour l’étude des
mœurs de la vieille Chine qui, à vrai dire, ne diffèrent pas
beaucoup de celles de la Chine contemporaine, » dit l’auteur
dans l’Avertissement.
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Le
marquis d’Hervey-Saint-Denis, six nouvelles, Paris
1892 |
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Il y revient
en outre, en introduction, sur ses principes de traduction car
le recueil précédent a fait l’objet d’une critique du sinologue
allemand Gustave Schlegel lui reprochant des coupures et une
traduction manquant d’exactitude. Il ne s’était pas défendu, il
le fait cette fois-ci pour « éviter tout malentendu de la part
de quelques purs linguistes qui voudraient chercher dans mon
livre autre chose que ce qu’on y doit trouver ». Il précise donc
que la traduction littéraire, selon lui, n’oblige pas à rendre
seulement le sens littéral, mais le sens littéraire ; il y entre
donc une dimension esthétique. Il souligne par ailleurs qu’elle
s’adresse au grand public, ce qui implique qu’elle doive se lire
facilement, et que rien ne puisse choquer ni ennuyer. Le
traducteur peut donc se permettre quelques infidélités au texte,
gages de la fidélité du lecteur.
Ces principes
sont tout à fait acceptables, tout dépend bien sûr de leur
application. C’est ce que se sont appliqués à analyser Angel
Pino et Isabelle Rabut dans un article intitulé
Le marquis D’Hervey-Saint-Denys et les traductions littéraires,
à partir de la première nouvelle du recueil de 1892 traduite par
Hervey de Saint-Denis sous le titre « Femme et mari ingrats ».
Il s’agit de la 20e nouvelle du Jinqu qiguan :
« Jin Yunu donne la bastonnade à l’infidèle »
(Jin
Yunu bàngdǎ bóqíngláng《第二十卷金玉奴棒打薄情郎》),
un huaben tiré du premier recueil de « propos » de Feng
Menglong, le Yùshì míngyán 《喻世明言》)
ou « Propos éclairants pour éclairer le monde », paru
en 1620
.
La traduction
est orientée vers le lecteur français, comme l’explique le
marquis dans son Avertissement : il s’attache à « n’omettre
aucun trait significatif », mais se garde « du mot à mot
servile » qui donnerait souvent « un tour grotesque ou
grossier » qui n’est pas dans l’esprit du texte original. Il ne
se fait pas non plus « scrupule de retrancher çà et là tantôt
des répétitions fatigantes, tantôt des citations poétiques …
remplies d’allégories qui exigeraient de longs commentaires pour
le lecteur européen. » Il s’adresse donc au grand public en
désirant « être lu par lui sans trop d’effort ».
Bien que
partant de l’idée préconçue des « faiblesses de sinologue »
d’Hervey, la conclusion de l’analyse comparative opérée par
Angel Pino et Isabelle Rabut est finalement favorable au
marquis : « Une chose est sûre, il a repéré avec clairvoyance et
souvent esquivé avec doigté les principaux écueils de la
traduction. Et le lecteur qui prend ces contes pour ce qu’ils
sont, de jolies pièces à savourer, ne lui tiendra pas rigueur
d’avoir privilégié la liberté du style sur les servitudes du mot
à mot. ».
Au-delà de la
pure controverse, ce débat sur une traduction de la fin du 19e
siècle souligne ainsi des points essentiels qui ne devraient
plus faire débat, en obligeant à relativiser la notion même de
fidélité au texte, « surtout s’agissant de textes éloignés dans
le temps ». On lira avec plaisir ces nouvelles traduites par
Hervey de Saint-Denis, dont on admirera l’élégante fluidité,
sans qu’il soit besoin, ici, de beaucoup de commentaires.
Publications de sinologie et traductions en français
Études
et mémoires
- Recueil de
textes faciles et gradués en chinois moderne, avec un tableau
des 214 clefs chinoises et un vocabulaire de tous les mots
compris dans les exercices, publié à l'usage des élèves de
l'École spéciale des langues orientales, 1869
- Mémoire sur
l’ethnographie de la Chine centrale et méridionale, d’après un
ensemble de documents inédits tirés des anciens écrivains
chinois, 1873.
À cela
s’ajoutent les mémoires lus devant l’Académie à partir de 1872,
dont un mémoire sur Formose et un autre sur les doctrines
religieuses de Confucius.
Traductions
- Poésies de
l’époque des Thang, avec introduction sur l’art poétique et la
prosodie chez les Chinois et notes explicatives, Amyot éditeur,
1862.
Numérisé sur Gallica.
- Le Li-sao,
poème du IIIe siècle avant notre ère, précédé d’une étude
préliminaire et accompagné d’un commentaire perpétuel,
Maisonneuve et Cie, 1870.
- Ethnographie
des peuples étrangers. Pays situés au midi de l’empire chinois.
Ouvrage composé au XIIIe siècle de notre ère par Ma-Touan-lin,
traduit pour la première fois du chinois, avec commentaire
perpétuel, H. Georg, 1873-1883, 2 vol.
-
Trois nouvelles chinoises, Ernest Leroux, 1885
- La Tunique de perles, un Serviteur méritant et Tang le
Kiaï-youen, trois nouvelles chinoises, Dentu, 1889.
- Six
nouvelles, traduites pour la première fois du chinois,
Maisonneuve et Cie, 1892, rééd. Bleu de Chine, 1999.
Complément
biographique
Paroles
prononcées par le Président de l'Académie à l'occasion de la
mort de M. le marquis d'Hervey-Saint-Denys « né à une époque où
l’Orient était encore un mystère », séance du 11 novembre 1892,
compte rendu par Alexandre Bertrand.
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