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Histoire littéraire. Les sources
anciennes
Les femmes dans les textes
anciens
par Brigitte
Duzan, 24 mars 2026
Selon la
tradition de la Chine patriarcale, la place des femmes est
limitée à « l’intérieur » (nèi
內) ;
elles sont privées de rôle en dehors de la sphère familiale (wài
外)
et, dans ce domaine qui leur est réservé, strictement cantonnées
aux rôles de filles, mères, épouses (et sœurs). Ce statut est
généralement considéré comme une conséquence du confucianisme.
Or, quand on cherche des références dans les textes attribués à
Confucius lui-même, on ne trouve qu’une phrase concernant les
femmes dans les « Entretiens », et encore tellement elliptique
qu’elle a été diversement interprétée. Mais il y a toute une
série de textes considérés comme relevant du confucianisme qui
délimitent la place de la femme dans la société, en se fondant
sur les rites et la morale.
Il convient de
noter que les termes mêmes désignant la femme en chinois – nǚ
女et
fù
婦/妇
– sont dès l’abord restrictifs : le premier désignait
initialement une jeune fille, le deuxième une femme mariée –
celle-ci n’accédant à une place déterminée dans la famille (de
son mari) que par le rite du mariage, comme le précise le
« Livre des rites ». Il n’y a pas à l’origine de terme désignant
une femme en dehors du cercle familial.
Les textes, à
partir du Mencius, soulignent l’éducation différente
donnée aux garçons et aux filles, qui détermine leur rôle dans
la société. Il faudra attendre le 20e siècle pour que
cette stricte division des sexes dans la société chinoise soit
battue en brèche, en particulier par l’entrée des femmes à
l’université.
I. Les
femmes dans les textes anciens, des « Entretiens » au « Livre
des rites »
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Confucius enseignant à ses disciples, par Jia
Bingzhen (焦秉貞) |
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1.
Les
Entretiens
(Lunyu
論語/论语)
Outre la
fameuse évocation elliptique de la rencontre avec Nan Zi, on
trouve dans les « Entretiens » quatre déclarations qui ont
alimenté la réputation d’un Confucius méprisant les femmes,
incitant à s’en méfier, voire à les éviter.
Yang Huo
陽貨17:25
子曰:「唯女子與小人為難養也,近之則不孫,遠之則怨。
Le maître a
dit : « Les femmes et les gens de peu sont les plus difficiles à
régir : si l’on s’en approche, ils perdent leur humilité ; si
l’on garde sa réserve, ils s’en offusquent. »
Tai
Bo
泰伯
8.20
舜有臣五人而天下治。武王曰:「予有亂臣十人。」孔子曰:「才難,不其然乎?唐虞之際,於斯為盛。有婦人焉,九人而已。
Shun n’avait
que cinq ministres, mais tout sous le Ciel était bien gouverné.
Le roi Wu [des Zhou] a déclaré : « Moi, j’ai trouvé dix
ministres. » Confucius a dit : « Il est bien vrai que les
talents ne courent pas les rues. Ils étaient bien plus abondants
du temps de Shun. En fait, il y avait une femme [parmi les
ministres dont parlait Wu], autant dire que le roi n’avait que
neuf ministres. »
Zi Han
子罕
9.18
子曰:「吾未見好德如好色者也。」
Le maître a
dit : « J’ai encore à rencontrer un homme qui aime la vertu
autant que la beauté féminine. »
Ji Shi
季氏
16.7
孔子曰:「君子有三戒:少之時,血氣未定,戒之在色;及其壯也,血氣方剛,戒之在鬭;及其老也,血氣既衰,戒之在得。」
Confucius a
dit : « L’homme de bien doit se garder de trois penchants : dans
sa jeunesse, alors que son sang et ses flux vitaux sont encore
en pleine turbulence, de la luxure ; à l’âge mur, alors que sa
force physique est à son zénith, de l’agressivité ; au soir de
sa vie, lorsque ses flux vitaux sont au plus bas, de la
convoitise. »
2. Mencius
(Mengzi
孟子)
3B:2 Teng Wengong II
滕文公下
[Mencius répond à une question … ]
子未學禮乎?丈夫之冠也,父命之;女子之嫁也,母命之,往送之門,戒之曰:『往之女家,必敬必戒,無違夫子!』以順為正者,妾婦之道也。
N’avez-vous
pas étudié les rites ? Lorsqu’un jeune garçon atteint l’âge
adulte, son père lui rappelle ses devoirs. Quand une jeune fille
va se marier, c’est sa mère qui lui donne les derniers conseils
en l’accompagnant jusqu’à la porte, en l’engageant à la retenue
: « Tu vas dans ta (nouvelle) maison. Tu dois te montrer
respectueuse et réservée, et ne jamais désobéir à ton époux. »
Tu dois considérer la conformité en toute chose comme la règle
correcte pour la femme.
3. Le
Shijing (詩經/诗经)
ou
Classique des poèmes
Shijing,
Xiao Ya, Si Gan (À leur naissance … ) https://kknews.cc/culture/5b95yxk.html
a) Poème
189
斯干
Si Gan
Ce poème en
neuf strophes de la partie « Petites odes » (Xiao Ya
小雅) est
traditionnellement attribué au roi Xuan des Zhou. Dans sa
dernière partie, un devin répond aux songes du roi qui a vu en
rêve des ours et des serpents. Il les explique comme étant
l’image symbolique des garçons et des filles qu’il va engendrer
(strophe 7). Le poème dépeint ensuite le sort défini à chacun
dès sa naissance et la place stricte qui lui sera réservée dans
le culte ancestral : les garçons dans la strophe 8, les filles
dans la strophe 9.
7.
維熊維羆、男子之祥。
維虺維蛇、女子之祥。
Ours noirs et
ours bruns sont un présage de garçons.
Les serpents
venimeux ou non un présage de filles.
8.
乃生男子、載寢之床
(chuáng)、載衣之裳
(cháng)、載弄之璋
(zhāng)。
其泣喤喤、朱芾斯皇、室家君王。
À leur
naissance, les garçons seront couchés sur un lit, vêtus d’une
robe longue,
Et pour jouer
auront un sceptre de jade.
Leurs pleurs
seront puissants, leurs genouillères vermeilles, car ils seront
prince ou roi.
9.
乃生女子、載寢之地、載衣之裼、 載弄之瓦。
無非無儀 (yí)、唯酒食是議
(yì)、無父母詒罹
(yílí)。
À leur
naissance, les filles seront couchées sur le sol, vêtues d’une
simple tunique,
Et pour jouer
auront une tuile de terre.
Elles devront
éviter fautes et impairs,
Ne penser qu’à
servir vins et mets divers,
Et ne point
affliger père et mère.
b) Poème 264 (Da Ya
大雅,
section Dang
蕩之什)
瞻卬
Zhan Yang
(Imploration)
Ce poème de
sept strophes de la partie « Grandes odes » (Da Ya
大雅) est
traditionnellement considéré comme une critique cinglante du roi
You des Zhou (周幽王)
et de sa passion pour la belle Bao Si (褒姒).
Entrée au palais en 779 avant JC, elle passe pour avoir incité
le roi à se débarrasser de la reine Shen (申后)
à son profit, et fait destituer le prince héritier en faveur de
son propre fils. Le père de la reine Shen, souverain Qiang d’une
principauté vassale, monta une attaque avec l’aide des nomades
Quanrong (犬戎).
Le roi You fut vaincu et tué, de même que le fils de Bao Si.
Elle-même fut capturée, livrée aux Quanrong et se pendit. La
mort du roi You marque le début de la période des Printemps et
automnes.
Le poème s’en
prend en fait non tant à la débauche du roi que, de manière
générale, à l’intervention des femmes dans les affaires
publiques. Le roi est incité à prendre pour modèle son ancêtre
le roi Wu qui a déclaré : « Ce n’est pas à la poule de chanter
pour annoncer l’aube » (voir Shujing ci-dessous).
L’attaque
virulente contre les femmes est aux strophes 3 et 4.
3.
哲夫成城、哲婦傾城。L’homme
sage érige un mur, la femme sage l’abat.
懿厥哲婦、為梟為鴟。
Si admirable soit-elle, elle n’est pas mieux que chouette ou
hibou.
婦有長舌、維厲之階。
Les femmes ont langue bien pendue, source de tous les maux.
亂匪降自天、生自婦人。Le
chaos ne vient pas du ciel, c’est d’elles qu’il provient.
匪教匪誨、時維婦寺。
Ni éducation ni instruction sont le propre des femmes comme des
eunuques.
4.
鞫人忮忒、譖始竟背。Elles
pervertissent par leurs inconduites, calomnient du début à la
fin,
豈曰不極、伊胡為慝。
Sans dire que ce sont des mensonges : qu’y a-t-il là de mal ?
如賈三倍、君子是識。
Si un marchand triple ses prix, l’homme supérieur le voit bien.
婦無公事、休其蠶織。
La femme doit rester chez elle, à soigner ses vers à soie et son
tissage.
4. Le
Shujing
(書經/书经)
ou Classique des documents
Shangshu
尚書 :
Mu Zhi
牧誓
/ 4 :
Le discours à Mu
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Ce
n’est pas à la poule de chanter pour annoncer l’aube
(peinture
satirique de Huang Yulang) |
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王曰:「古人有言曰:牝雞無晨;牝雞之晨,惟家之索。今商王受惟婦言是用,昏棄厥肆祀弗答,昏棄厥遺王父母弟不迪,乃惟四方之多罪逋逃,是崇是長,是信是使,是以為大夫卿士。俾暴虐于百姓,以奸宄于商邑。
Le roi dit
(alors) : « Comme l’ont dit les anciens : " Ce n’est pas à la
poule de chanter pour annoncer l’aube. Si elle le fait, c’est
une subversion de la famille." De nos jours, Shou, le roi de
Shang, ne suit que les paroles de sa femme. Dans son
aveuglement, il a négligé les sacrifices qu’il aurait dû offrir,
et il n’offre aucune rétribution [pour les faveurs qu’il a
reçues]. Il a également négligé son père et sa mère en omettant
de les honorer comme il se doit. Il n’a d’estime que pour les
vagabonds de tous horizons coupables de tous les crimes, et eux,
il les emploie en toute confiance, en en faisant ses grands
officiers et en leur conférant les plus hauts titres de la
noblesse, ce qui les autorise à tyranniser le peuple et exercer
leurs méfaits dans les villes de Shang. »
5. Le
Liji (禮記 /礼记)
ou
Livre des rites
a) Liji
9
Jiao Te Sheng
郊特牲
/35
Il est question ici du mariage.
天地合而後萬物興焉。夫昏禮,萬世之始也。…
幣必誠,辭無不腆。告之以直信;信,事人也;信,婦德也。壹與之齊,終身不改。故夫死不嫁。
C’est par
l’union du ciel et de la terre que sont créées toutes choses. La
cérémonie du mariage est ainsi le commencement d’une lignée qui
durera pour les siècles des siècles. … Il doit y avoir entière
sincérité dans les présents et les paroles adressées à la mariée
doivent être correctes. Elle doit être engagée à être droite et
sincère. La sincérité est la qualité essentielle dans les
rapports à autrui, et c’est tout particulièrement vrai pour la
femme. Une fois mariée, elle sera toujours fidèle à son époux et
jamais ne changera à son égard. S’il meurt, elle ne se remariera
pas.
男子親迎,男先於女,剛柔之義也。天先乎地,君先乎臣,其義一也。執摯以相見,敬章別也。男女有別,[然後父子親,父子親然後義生,義生然後禮作,禮作然後萬物安]。無別無義,禽獸之道也。婿親御授綏,親之也。親之也者,親之也。敬而親之,先王之所以得天下也。出乎大門而先,男帥女,女從男,夫婦之義由此始也。婦人,從人者也;幼從父兄,嫁從夫,夫死從子。夫也者,夫也;夫也者,以知帥人者也。
L’homme vient
à la rencontre de la femme, c’est lui qui prend l’initiative,
non la femme, comme dans la relation du fort par rapport au
faible. C’est selon la même idée que le ciel a préséance sur la
terre, et le souverain sur son sujet. Les cadeaux sont échangés
avant que les parties se soient vues, ce qui est conforme à la
distinction (qui doit être observée) entre homme et femme (男女有別).
[…] L’absence d’une telle distinction est le propre des animaux.
Le jeune marié se tient près du palanquin de la mariée et lui
tend la courroie (pour l’aider à monter), lui témoignant ainsi
son affection. Et c’est par cette affection qu’il peut l’attirer
à lui. C’est grâce à cette révérente affection pour leurs
épouses que les anciens rois ont pu gagner leur royaume. En
passant par la grande entrée (de la maison paternelle), il la
précède, et elle le suit ; c’est ainsi que débute la relation
correcte entre un époux et son épouse. La femme suit son mari et
lui obéit, comme dans sa jeunesse elle a suivi son père et son
frère aîné. Une fois mariée, elle suit son mari, et si son mari
meurt, elle suit son fils. L’homme est un soutien, par sa
sagesse il est apte à mener les autres.
….
共牢而食,同尊卑也。故婦人無爵,從夫之爵,坐以夫之齒。
[… ensuite,
lors des offrandes sacrificielles, homme et femme mangent
ensemble la victime sacrificielle, déclarant ainsi être du même
rang, mais la femme elle-même n’a pas de rang (婦人無爵),
elle prend son rang à côté de son mari, selon le rang qui lui
revient, à lui.]
b) Liji
10
Nei Ze
內則
/ 76-82
Il est
question ici de l’éducation des enfants qui sont élevés et
instruits de manière de plus en plus séparée à partir de sept
ans.
76.
子能食食,教以右手。能言,男唯女俞。男鞶革,女鞶絲。
Quand un
enfant est capable de manger tout seul, on lui apprend à se
servir de sa main droite. Quand un enfant sait parler, on engage
le petit garçon à s’exprimer fermement, la petite fille à parler
avec retenue. Au garçon on donne une ceinture de cuir, à la
fille une ceinture de soie.
77.
六年教之數與方名。七年男女不同席,不共食。八年出入門戶及即席飲食,必後長者,始教之讓。九年教之數日。
À l’âge de six
ans, on enseigne aux enfants les nombres et les noms des points
cardinaux. À l’âge de sept ans, garçons et filles ne partagent
plus la même natte et ne mangent plus ensemble. À l’âge de huit
ans, pour entrer ou sortir, se rendre à leur place pour manger
ou boire, on leur demande de suivre leurs aînés – c’est à partir
de cet âge que commence l’apprentissage d’une attitude de
concession [ràng
讓/让].
À l’âge de neuf ans, on leur apprend à énumérer les jours.
78.
十年出就外傅,居宿於外,學書計,衣不帛襦褲,禮帥初,朝夕學幼儀,請肄簡諒。
À l’âge de dix
ans, le garçon part hors de la maison auprès d’un maître, sans
revenir la nuit. Il apprend alors les caractères et le calcul,
ne porte ni veste ni pantalon de soie tout en se conformant à
ses leçons initiales. Matin et soir il apprend à se comporter en
jeune garçon selon les rites, et à étudier les tablettes de
bambou pour les comprendre en profondeur.
79.
十有三年學樂,誦《詩》,舞《勺》,成童舞《象》,學射御。二十而冠,始學禮,可以衣裘帛,舞《大夏》,惇行孝弟,博學不教,內而不出。
À l’âge de
treize ans, il apprend la musique, le « Classique des poèmes »,
et plus tard les danses martiales des ducs de Zhou, le tir à
l’arc et la conduite de char. À l’âge de vingt ans, il reçoit la
coiffe et apprend les pratiques rituelles, il peut alors porter
fourrures et soieries, danser la danse de Yu et pratiquer de
tout cœur ses obligations de piété filiale et de frère. Il
apprend mais n’enseigne pas, il en est encore à recevoir, non à
donner.
80.
[suit le déroulé de sa carrière officielle standard, de trente à
soixante-dix ans].
81.
女子十年不出,姆教婉娩聽從,執麻枲,治絲繭,織紝組紃,學女事以共衣服,觀於祭祀,納酒漿、籩豆、菹醢,禮相助奠。
Quant à la
fille, à l’âge de dix ans, elle cesse de sortir ; elle a une
gouvernante qui lui enseigne les bonnes manières et l’art de
s’exprimer avec grâce, à être docile et soumise, à manier les
fibres de chanvre, à s’occuper des vers à soie, à filer et
tisser la soie ; elle apprend toutes les taches féminines :
comment fournir la maisonnée en vêtements, assister aux
sacrifices, veiller à ce que ne manquent dans les plats
d’offrandes ni alcools ni sauces, ni viandes ni légumes marinés,
aidant ainsi à la bonne tenue des cérémonies.
82.
十有五年而笄,二十而嫁;有故,二十三年而嫁。聘則為妻,奔則為妾。凡女拜尚右手。
À l’âge de
quinze ans, elle s’attache les cheveux, à vingt ans elle est
mariée, ou pour une raison ou une autre à vingt-trois ans. Si
tout se passe selon les rites du mariage, elle devient épouse.
Sinon elle devient concubine. De manière générale, les femmes se
servent en priorité de la main droite pour saluer.
c) Liji
41 Hun
Yi
昏義
/ 1-9
Il est
question ici du sens de la cérémonie de mariage, qui conditionne
totalement la vie de la femme, mais qui est d’abord entendue
comme célébration du lien entre deux familles, dans le but
d’assurer la continuation des services rituels dans le temple
des ancêtres. Le fils va chercher sa jeune épouse sur ordre de
son père.
3.
敬慎、重正,而後親之,禮之大體,而所以成男女之別,而立夫婦之義也。男女有別,而後夫婦有義;夫婦有義,而後父子有親;父子有親,而後君臣有正。故曰:昏禮者,禮之本也。
Le respect et
la retenue, l’attention portée au moindre détail pour s’assurer
que tout est correct, ainsi que la promesse d’affection
mutuelle, tels sont les points importants de la cérémonie (de
mariage), servant à fonder la distinction nécessaire entre homme
et femme et la relation correcte à établir entre eux. C’est de
la distinction entre homme et femme que découle la relation
correcte entre mari et épouse, et c’est de là que provient
l’affection entre père et fils, affection sur laquelle se fonde
à son tour la relation loyale entre souverain et ministre. C’est
ainsi que la cérémonie de mariage est le fondement de toutes les
autres cérémonies rituelles.
5.
[le matin suivant le mariage, la jeune épouse se lève tôt pour
être présentée à ses nouveaux parents au cours d’une nouvelle
cérémonie rituelle qui l’intronise dans son nouveau rôle de
future mère de la famille]
6.
成婦禮,明婦順,又申之以著代,所以重責婦順焉也。婦順者,順於舅姑,和於室人;而後當於夫,以成絲麻布帛之事,以審守委積蓋藏。是故婦順備而後內和理;內和理而後家可長久也;故聖王重之。
Ainsi, la
cérémonie établissant la jeune épouse dans sa nouvelle fonction
montre son engagement à se mettre respectueusement au service
des parents de son mari, et à continuer ainsi avec déférence la
lignée familiale. C’est par sa déférence envers ses
beaux-parents, par ses relations harmonieuses envers les autres
occupants des appartements intérieurs, qu’elle se montre juste
partenaire de son époux et qu’elle peut remplir les tâches qui
lui incombent – le tissage de la soie et autres pour faire des
vêtements et le contrôle des diverses provisions et réserves de
la famille. De la sorte, c’est par son attitude déférentielle
qu’est assurée l’harmonie dans la famille, et c’est lorsque
celle-ci est assurée qu’est assurée la continuité à long terme
de la lignée familiale. C’est pourquoi les anciens accordaient
une telle importance aux cérémonies du mariage.
7.
[la future épouse, autrefois, était donc instruite trois mois
avant le mariage des préceptes et règles rituelles qu’elle
devrait observer une fois mariée]
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Les
impératrices vertueuses des siècles passés,
album de peintures de Jiao Binghen (焦秉贞),
dynastie des Qing,
avec
des poèmes de l’empereur Qianlong |
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8.
古者天子後立六宮、三夫人、九嬪、二十七世婦、八十一御妻,以聽天下之內治,以明章婦順;故天下內和而家理。天子立六官、三公、九卿、二十七大夫、八十一元士,以聽天下之外治,以明章天下之男教;故外和而國治。故曰:天子聽男教,後聽女順;天子理陽道,後治陰德;天子聽外治,後聽內職。教順成俗,外內和順,國家理治,此之謂盛德。
Autrefois, la
reine, épouse du Fils du Ciel, a instauré une division des
femmes du palais en six « maisons » (宮),
avec trois épouses principales (fūren
夫人),
neuf concubines impériales (pín
嬪),
vingt-sept « femmes du monde » (shìfù
世婦) et
quatre-vingt une femmes au service de l’empereur (yùqī
御妻).
Toutes ces femmes étaient instruites des règles domestiques et
privées qui devaient prévaloir dans tout le royaume, afin
d’illustrer les règles idoines de déférence propres aux femmes
et qu’ainsi soient assurées l’harmonie générale et l’entente
dans les familles. Quant au Fils du Ciel, il a lui aussi divisé
le palais en six « maisons » avec à la tête trois ducs (gōng
公),
puis neuf grands dignitaires (qīng
卿),
vingt-sept officiers supérieurs (dàfū
大夫) et
quatre-vingt un fonctionnaires de première classe (yuán shì
元士).
Tous étaient instruits des règles concernant le gouvernement
public du royaume, de manière à ce que soit assurée, à
l’extérieur, l’harmonie dans les affaires publiques. C’est ainsi
que l’on peut dire : « Du Fils du Ciel étaient apprises les
leçons pour le gouvernement des hommes, de la reine les règles
d’obéissance propres aux femmes. » Le Fils du Ciel dirigeait la
voie à suivre par les énergies masculines, la reine régulait les
vertus à cultiver par les qualités réceptives des femmes. Le
Fils du Ciel donnait la marche à suivre par les officiers
affectés à l’administration externe des affaires publiques, la
reine présidait à l’application des règles de fonctionnement
interne des affaires familiales. L’enseignement de l’un et
l’attitude déférente inculquée par l’autre allaient enrichir les
manières et l’éducation du peuple. À l’extérieur comme à
l’intérieur, dans le domaine public comme dans le domaine privé
régnaient ainsi l’harmonie et l’ordre naturel, l’État comme la
famille étaient gouvernés selon leurs propres exigences,
aboutissant à ce que l’on peut appeler « une vertu parfaite ».
9.
[…]
是故日食則天子素服而修六官之職,蕩天下之陽事;月食則後素服而修六宮之職,蕩天下之陰事。故天子與後,猶日之與月、陰之與陽,相須而後成者也。天子修男教,父道也;後修女順,母道也。故曰:天子之與後,猶父之與母也。故為天王服斬衰,服父之義也;為後服資衰,服母之義也。
Ainsi, lors
d’une éclipse de soleil, le Fils du Ciel revêtait une robe
blanche toute simple pour aller corriger ce qui s’était déréglé
dans les six maisons impériales, purifiant ce qui relevait de la
sphère masculine dans tout le royaume. Lors d’une éclipse de
lune, c’est la Reine qui s’habillait de blanc et procédait à la
rectification des manquements aux devoirs des six maisons,
purifiant tout ce qui relevait de la sphère féminine dans le
royaume. Le Fils du Ciel est ainsi à la Reine ce que le soleil
est à la lune … [Ils sont nécessaires et complémentaires et ne
remplissent leurs fonctions qu’en étant interdépendants.]
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II. Les
Quatre Livres pour les femmes, de Ban Zhao à madame Liu
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