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Club de lecture de littérature chinoise (CLLC)

Compte rendu de la séance du 11 mars 2026

et annonce de la séance suivante

par Brigitte Duzan, 14 mars 2026

 

Cette troisième séance de l’année 2026 était consacrée au roman de Lu Nei (路内), auteur de la même génération que Cao Kou (曹寇) au programme de la précédente séance :

- Jeune Babylone (Shàonián Bābǐlún《少年巴比伦》), trad. Johanna Gayde, Actes Sud, 2024.

 

 

Jeune Babylone《少年巴比伦》éd. 2008

 

 

C’est un premier roman, initialement publié en 2007 dans la revue Shouhuo (《收获》), dont la traduction en anglais (« Young Babylon ») est parue en 2015, que Johanna Gayde a commencé à traduire en français à ce moment-là, mais dont la traduction devra encore attendre dix ans avant d’être enfin publiée en France.

 

 

 Jeune Babylone, 2025

 

 

Les premiers échos, des quelques membres retenus ailleurs et s’excusant de ne pas être là, montraient que l’humour décapant de Lu Nei faisait mouche. Échos confirmés pendant la séance, après une brève introduction pour présenter les grandes lignes de la programmation prévue pour l’année prochaine, mais encore à peaufiner.

À l’exception de Sylvie qui a trouvé le roman un peu long, l’ayant lu par « petits morceaux », comme une suite d’anecdotes, avec le sentiment que rien n’avançait beaucoup, et qui a fini par lâcher pied au milieu des trente pages du chapitre des Bains, le sentiment général a été celui d’une découverte, et d’un plaisir de lecture porté par l’humour certes, mais avec un sous-texte de critique finalement plus acerbe qu’il n’y paraît.

 

Ø  Christiane s’est portée spontanément volontaire pour ouvrir la séance, car elle avait beaucoup aimé le roman et avait aussi beaucoup à en dire, l’ayant trouvé à la fois dur dans le fond de son propos et joyeux dans son humour, soutenu par un style parlé très vivant.

 

Évidemment, c’est l’humour qui l’a retenue dès l’abord, un humour frisant souvent l’absurde – comme dans cette page entière où Lu Nei dépeint les camions de l’usine dont il distingue trois catégories, et dont la mère du jeune protagoniste Lu Xiaolu lui répétait sans cesse d’y faire attention pour ne pas mourir écrasé ; c’étaient les camions de produits chimiques dont il avait le moins peur, car ceux-là, il connaissait leurs chauffeurs, et si l’un deux le renversait et le tuait, « il se précipiterait dans leur local pour lui envoyer une beigne ». La moindre émotion latente est aussitôt noyée dans l’autodérision : parlant de Bai Lan, la doctoresse de l’usine dont il est amoureux, Lu Xiaolu raconte : « La première fois qu’elle m’avait embrassé, elle avait tenu mon visage dans ses mains, et je m’étais senti comme une souris coincée dans un piège… Après ce baiser, elle avait dit : "Bon, vas-y et fais gaffe sur la route." ». Lu Xiaolu a des comparaisons inattendues : « Si on me demandait de décrire le local des électriciens, je dirais, primo, que c’était un peu comme une fumerie d’opium, et deuzio, que c’était carrément comme une fumerie d’opium. »

 

Lu Nei décrit de la même manière ses tribulations pour commencer son roman : « J’aurais pu commencer en imitant Duras dans L’Amant : "Comment dire, je n’avais que dix-neuf ans cette année-là", ou García Márquez dans Cent ans de solitude : "Bien des années plus tard, Lu Xiaolu, assis sur le bord d’un trottoir, se remémorait son entrée à l’usine…" ». Ce qui permet aussitôt de railler les idéaux de jeunesse du jeune garçon, et l’atmosphère de l’usine : « À l’époque, mon idéal était, chaque matin, de me préparer un thé, en préparer un pour le chef de département, ouvrir ensuite le Quotidien de Daicheng, m’asseoir à mon bureau et attendre l’heure du déjeuner. »

 

Sur quoi l’auteur enchaîne sur une comparaison qui est du plus pur Lu Nei, et dont il dit bien d’ailleurs que ce n’est que le fruit de son imagination : « Devant la fenêtre, il y aurait un cactus boule qui, par beau temps, sous les rayons du soleil projetterait son ombre à la manière d’un cadran solaire. Le matin, cette ombre serait pointée sur moi, l’après-midi, ce serait sur le chef en face de moi, et à l’heure du déjeuner pile sur la porte du département. Si tu as chaque jour la patience d’observer ce cadran solaire, le temps passe très vite. »

 

Mais c’est justement ainsi, entre dérision et envolées de plume, qu’il fait passer sa critique acerbe de la vie à l’époque, celle des années 1990. Il dénonce la pollution chimique, l’insécurité au travail et les conditions de travail en général, en particulier celles des travailleurs migrants, peu payés, à qui on peut faire n’importe quel travail sans qu’on ait peur qu’ils aillent se plaindre. Et comme cette dénonciation est libellée en termes pamphlétaires très drôles, l’auteur fait rire et on en oublierait presque la satire.

 

Celle-ci touche aussi l’évolution de l’économie : on devine la fin des vieilles usines d’État et le début des entreprises privées, taïwanaises ou hongkongaises, mais aussi coréennes, qui faisaient peur. « Un jour, j’avais demandé à Xiao Li, toi qui es jeune et qui as de bonnes compétences techniques, pourquoi tu vas pas tenter ta chance dans une entreprise étrangère ? Xiao Li m’avait répondu que ces entreprises étaient très strictes et qu’on s’y faisait virer pour un rien. » Les entreprises d’État, elles, étaient peut-être minables, « mais elles ne pouvaient pas licencier leurs employés, à moins qu’ils aient carrément cassé la gueule à un chef d’atelier. »

 

L’évolution de la vie dans cette époque en pleine transformation apparaît à travers divers petits détails : l’apparition de fast-foods, par exemple (en l’occurrence un KFC). Mais les mentalités semblent immuables, et les ouvriers coincés dans des hiérarchies inaltérables, le 3/8 étant le bas de l’échelle, la terreur de tout le monde. Le pire est l’impossibilité d’envisager un avenir autre, toutes les échappatoires étant bloquées : il y en aurait deux, l’université et l’armée, mais l’usine décourage les jeunes d’étudier par peur de perdre ses ouvriers (si je m’inscris aux cours du soir, dit Lu Xiaolu, ils vont me mettre en 3/8 pour être sûrs que je ne puisse pas les suivre), de même elle craint de les voir partir à l’armée et pire revenir médaillés, auquel cas elle devrait leur faire un pont d’or.

 

Christiane pose au passage la question de la distinction, peu claire à son sens dans le roman, entre « réforme par le travail » et « rééducation par le travail ». La première, c’est le laogai (劳改), abréviation de láodòng gǎizào (劳动改造), avec sa cohorte de camps. Lui a été substitué le terme de láojiào (劳教), abréviation de láodòng jiàoyǎng (劳动教养) ou rééducation par le travail. La « réforme » a des origines soviétiques, la « rééducation » est un système plus spécifiquement chinois, et bien plus insidieux. Le laogai est une sanction pénale, énoncée au terme d’un jugement. La rééducation par le travail láojiào est plus insidieuse car elle n’implique pas jugement, et donc ne comporte pas de date butoir : on ne sort que lorsqu’on est jugé « rééduqué ». C’est le cas des camps du Xinjiang aujourd’hui, sensés aider à la lutte contre le terrorisme.

 

Ø  Lingling a elle aussi beaucoup aimé le roman (qu’elle a lu en chinois), mais une fois passé les deux premiers chapitres qu’elle a trouvés un peu ennuyeux. C’est long, dit-elle, car il ne se passe pratiquement rien, mais elle a trouvé de l’intérêt à l’apparition de Bai Lan, avec des dialogues satiriques un rien loufoques qui lui ont rappelé des dialogues de xiangsheng (相声), les dialogues comiques chinois.

 

Il est vrai que rien ne se passe : on est en 1992 (est-il dit plusieurs fois, dont au chapitre 5 sur Bai Lan), Lu Xiaolu est bloqué dans une situation sans issue, c’est la génération des ouvriers qui seront sacrifiés dans la vague de licenciements qui vont bientôt suivre.  Personne ne réfléchit, personne ne cherche un sens à sa vie : appuyer sur un bouton est le mieux que l’on puisse souhaiter, le plus sûr et le moins fatigant. Même le chef de Lu Xiaolu ne lui apprend rien. Il règne une atmosphère délétère qui passe aussi par un manque de respect total envers les femmes, mais c’est juste un manque d’éducation, dit Lingling.

 

Justement, le style lui a paru extrêmement vulgaire : c’est la langue de la rue, la langue des ouvriers, avec des termes qu’elle n’oserait même pas répéter

[Ce qu’elle fait quand même dans un dialogue épicé avec Lei, réticente elle aussi à ce genre de vocabulaire dont sa mère lui a dit et répété qu’on ne le dit pas quand on est bien élevé. ]

 

Le personnage de Bai Lan lui a paru particulièrement intéressant car elle tranche sur les autres personnages du roman, qui travaillent dans l’usine. C’est la seule à être « éduquée », et à avoir une ambition au-delà de l’usine, un objectif de réussite. D’ailleurs, elle finit pas partir. Mais Lingling se demande s’il n’y a pas, dans son parcours, une évocation des événements de 1989 : Lu Nei dit qu’elle était étudiante en médecine à Pékin, promise à un brillant avenir, et que, pour « une raison inconnue » selon les rumeurs, elle avait été sanctionnée et envoyée dans cette usine minable, et dangereuse, où elle ne fréquentait personne. Comme le roman se passe en 1992, et qu’il est dit que cela fait deux ans qu’elle est là, on arrive à recouper ce qui a dû se passer.

 

Mais c’est là tout le problème de ce genre d’écriture allusive : on peut facilement passer à côté des allusions – ce qui était le cas de la quasi-totalité des membres du club. D’un autre côté, c’en est aussi l’intérêt, comme un puzzle à reconstituer. Et c’est nécessaire pour qu’un tel roman puisse être publié.  Il s’agit donc d’être vigilant et de lire entre les lignes.

 

Ø  Claire n’a pas eu le temps de terminer le roman, mais elle a adoré le style qui lui a un peu rappelé celui des zhongpian de Cao Kou (曹寇) lus pour la séance précédente. Un style un peu « potache » par moments, avec des dialogues qui accrochent aussitôt, mais un roman aussi très réaliste dans les détails, et plein d’humanisme.

 

Les différents portraits lui sont apparus comme formant un kaléidoscope représentatif de l’époque. Il est vrai que l’on ressent à le lire un certain enfermement, mais vu avec beaucoup de recul. Elle a beaucoup ri, mais en même temps a ressenti le poids de la satire, une satire toujours en demi-teinte, à demi-mots, comme celle dénonçant la cruauté de l’époque, à travers l’épisode « du lapin » : Lu Xiaolu ayant malencontreusement tué un lapin pris dans une roue de son vélo, il l’apporte à Bai Lan, et la trouve le soir en train de finir de le manger, ce qui supposait qu’elle l’avait dépecé ; répondant à sa surprise, elle lui explique sans émoi qu’elle en a disséqué plein quand elle était étudiante, et que la cruauté fait partie de sa nature au même titre que la gentillesse. Passer du sublime à la violence lui paraît normal.

 

Claire s’est demandé si les gens étaient tels qu’ils sont dépeints dans le roman, figés dans une mentalité sclérosée, sans aucune perspective, parce que c’était leur nature, où si c’était l’usine qui les rendait ainsi.

 

Ø  LLP s’est efforcée de lire le roman en chinois, et cela lui a paru passablement long, en particulier le chapitre 9 sur les Bains – et sans compter le vocabulaire très spécifique sur les produits chimiques Mais elle s’est dit, à la décharge de Lu Nei, que c’était un premier roman, en grande partie autobiographique.

 

Elle a apprécié l’humour, froid, un rien étrange parfois. C’est une vision désenchantée d’un monde en fin de course, où tous les ouvriers sont des perdants, où la violence de l’époque affleure par touches (les stérilisations forcées, par exemple, ou les violences sexuelles sur les femmes), mais dans un contexte de pudibonderie qui n’a pas changé depuis Mao et d’arbitraire dans la hiérarchie et la gestion du monde du travail. L’usine est dépeinte comme une mafia.

 

Et pourtant, au milieu de la dérision percent des moments de pure poésie, comme dans le chapitre 8 « Les fleurs sauvages » (野花) : Lu Xiaolu explique à Bai Lan qu’il avait fini par réaliser que les choses pouvaient être à la fois joyeuses et tristes et que c’était peut-être là ce qui le différenciait des autres : « Je suis séparé du monde qui m’entoure par une rivière et chaque côté regarde l’autre comme s’il était schizophrène. »  En fait ces fleurs sauvages sont une métaphore du monde de l’usine, de la grande route de l’ouverture qui avait largué les ouvriers sur le bord du fossé.

 

Elle s’est donc demandé si l’on pouvait parler de littérature engagée. Il y a bien les diatribes contre la pollution, la violence contre les femmes, le mépris des ouvriers à leur égard, le laxisme généralisé dans le travail, la peinture de l’usine comme une mafia… mais ce sont des remarques en passant, ce n’est pas « engagé »,. En revanche, la satire est féroce sous le couvert de l’humour, avec même un côté nostalgique ; on sent comme un regret que l’oisiveté de l’époque n’ait plus cours. Le passage du temps se mesure à la fin : les salles d’autocritique sont transformées au salles de karaoké. Et la satire apparaît aussi dans la critique de la gouvernance « par la loi », à propos des entreprises singapouriennes.

 

Finalement, c’est la chronique de la fin d’un monde, entre hier et aujourd’hui, un monde qui éclate (il y a même tremblement de terre, dans l’histoire, daté de l’automne 1993[1]) avec la question ouverte de savoir ce que va être demain. 

 

[Malgré l’humour, le roman dégage une atmosphère fin-de-siècle, celle des années 1990 qui marquent bien la fin d’une époque, après le voyage dans le sud de Deng Xiaoping pour relancer les réformes après le coup de frein de 1989. C’est l’atmosphère de la fin du roman, quand Lu Nei évoque l’année 1994 : « si on me demande quel souvenir je garde [de cette année], je dirai que cela avait été comme la fin du monde, toutes les choses que j’aimais s’étaient transformées en poussière et je m’étais retrouvé tout seul sur ce tas de poussière… »

La vague de licenciements sauvages et de fermetures d’usines ont inspiré nombre de films et toute une littérature. Au nombre des films de fiction, l’un des plus représentatifs est sans doute « Une pluie sans fin » (《暴雪将至》) de Dong Yue (董越) ; et toute la littérature du Nord-Est (东北文学) qui a émergé dans les années 2010 est liée à ce phénomène. Mais on y chercherait en vain des textes humoristiques. ]

 

Ø  Guochuan a trouvé elle aussi l’ambiance étouffante en lisant le récit de tous ces jeunes sans avenir, qu’elle a trouvé assez d’actualité. Le problème des jeunes est toujours actuel – y compris pour ceux venus faire leurs études en France et qui se demandent ce qu’ils doivent faire, rester ou rentrer. L’avenir est tout aussi impénétrable d’un côté comme de l’autre.

 

Elle a ri aux larmes parfois, et en particulier en pensant à la mascotte ratée de l’année du Cheval qui, en raison d’un problème de fabrication, est sortie avec une tête larmoyante au lieu d’afficher un grand sourire. Du coup les internautes l’ont baptisée Kukuma (“哭哭马”), le cheval qui pleurniche, et elle a eu un succès phénoménal.

 

 

Kukuma

 

 

Lu Xiaolu apparaît comme un anti-héros : il n’est pas comme les autres, ne fait partie d’aucun groupe, aucun cercle, et il écrit même de la poésie. Mais, en dépit de son autodérision constante, il est conscient de vivre dans un monde absurde et on le sent au bord du désespoir. C’est ce qui apparaît en particulier dans le dialogue avec le chien, à la fin : Lu Xiaolu a fini par démissionner, et il explique que c’est à cause d’un chien errant qui avait mordu un gamin et qu’il avait pris en chasse, mais finalement c’est le chien qui l’avait poursuivi ; il s’ensuit un dialogue avec le chien [genre Beckett et théâtre de l’absurde] : le chien lui demande ce qu’il fait, ce que Lu Xiaolu traduit comme : « C’est quoi, ta raison de vivre ? ». Incapable de répondre, il s’est demandé lequel d’entre eux deux était vraiment enragé. « Je ne voyais pas quelle était ma raison de vivre, c’était tellement absurde d’être là, dans ce monde, à courir dans tous les sens. »

 

Si elle devait citer deux des passages qui lui ont paru les plus drôles, elle dirait :

- la page décrivant les différentes manières de dormir au travail, ce qui est considéré comme dormir, et donc répréhensible (comme dormir allongé sauf crise d’épilepsie), et ce qui ne l’est pas (dormir debout), vaste champ de connaissance que Lu Xiaolu a découvert en entrant à l’usine.

- et l’histoire des canalisations, les fuites d’acide sulfurique étant à redouter, surtout quand la canalisation est placée au-dessus d’une canalisation d’eau…

 

Guochuan a trouvé le film adapté du roman : « Young Love Lost » (《少年巴比伦》), un premier long métrage comme le roman était un premier roman. Il est sorti au festival international de Shanghai en juin 2015, puis sur les écrans chinois en janvier 2017, mais sans grand succès.

Ce qu’elle a trouvé intéressant, c’est le jeu sur les couleurs : dans un monde d’ouvriers en bleu, Lu Xiaolu a une chemise blanche. Ce qui ramène au nom de Bai Lan (白蓝) : blanc et bleu.

 

 

Young Love Lost, sous-titres chinois et anglais

 

Ø  Catherine [2] a lu le roman en s’astreignant à une discipline stricte, trente pages par jour, pour avoir terminé à temps.

 

Elle l’a lu comme un témoignage sur l’époque, a ressenti avec une certaine gêne la passivité née de l’impossibilité de choisir sa vie, mais n’a pas aimé du tout la vulgarité de la langue. Elle a malgré tout été touchée par le personnage de Xiaolu, et apprécié la peinture d’une vie à l’usine que l’on aurait du mal à imaginer. Et apprécié bien sûr l’humour de l’auteur dont il a été amplement question, inutile de revenir dessus.

 

En revanche, ce qui l’a intriguée, et dont personne n’a parlé, c’est le titre : pourquoi « Jeune Babylone » ? C’est justement ce que voulait expliquer Lei.

 

Ø  Lei conclut donc en commençant par l’explication du titre, qui n’est pas cité une seule fois ni même évoqué dans le roman, sauf dans l’épilogue, intitulé, justement « Babylone ».

 

Lu Nei fait doublement référence à la Babylone antique : d’une part à la légende des Jardins suspendus, considérés comme l’une des Sept Merveilles du monde ancien, qui auraient été construits par Nabuchodonosor II (au 6e siècle avant JC) pour son épouse, ou pour une concubine selon les sources. Or justement, la ville de Daicheng (戴城) du roman aurait, elle aussi, été construite par un souverain chinois pour sa concubine préférée, du temps des Printemps et automnes, donc à peu près à la même époque que Nabuchodonosor II.

 

 

Les murs de Babylone photographiés au début du 20e siècle

 

 

Mais l’Apocalypse (18.2) dépeint également Babylone, comme un repaire effroyable de monstres et de démons : « Elle est tombée, elle est tombée, Babylone la grande! Elle est devenue une habitation de démons, un repaire de tout esprit impur, un repaire de tout oiseau impur et odieux » - ce qui n’est pas sans rappeler la vieille usine chimique avec sa pollution et ses risques pour la santé et même la vie des ouvriers.

 

Finalement, Babylone représente un monde idéal auquel puissent aspirer les ouvriers, un monde de rêve, irréel et basculant souvent dans l’absurde. Mais, sous la surface de l’humour et de l’ironie, Lei a trouvé que le roman était en fait très réaliste [3].

[ Il est même d’autant plus réaliste qu’il affecte un ton de dérision et d’allusions subtiles qui couvre une satire souvent virulente qui n’aurait sans doute pas « passé » autrement].

 

La séance se termine avec deux annonces :

-     Laura recherche des « coups de cœur » pour une vitrine qu’elle est en train de préparer pour le week-end suivant, et elle n’a pour l’instant que des coups de cœur de littérature japonaise et coréenne…

Chaque membre du club doit lui en envoyer quelques-uns.

-     Par ailleurs, sans parler de la série télévisée « Blossoms Shanghai » (《繁花》) de Wong Kar-wai qui passe sur Mubi, gratis pour une période d’essai de 7 jours, LLP signale une série passionnante sur l’époque des Six Dynasties que l’on trouve sur YouTube :

https://youtube.com/playlist?list=PLSIJismKOisGNoFkLY4ssZpK6wXhHE6aB&si=TAIdYUx3CAEHpjTQ

On peut lire à son sujet l’article suivant sur un excellent site que l’on peut recommander par ailleurs – article qui fait ressortir les thèmes actuels soulignés (sans en avoir l’air) par la série :

https://www.theworldofchinese.com/2026/03/fascinating-facts-china-five-dynasties-ten-kingdoms/

 


 

Prochaine séance

Le mercredi 8 avril 2026

 

- Si la Chine était un village (《中国在梁庄》), première partie de la trilogie de Liang Hong (梁鸿) sur son village natal, tr. Patricia Batto, éd. Philippe Picquier, 2017, Picquier poche septembre 2019.

 


 


[1] Un tremblement de terre répertorié : séisme peu important, de magnitude 4, qui a eu lieu le 3 octobre 1993, dans le Liaoning. Mais tout le monde vivait encore dans la terreur des tremblements de terre depuis celui de 1976 à Tangshan - voir « Aftershock » (《唐山大地震》).

[2] Qui venait pour la première fois au club de lecture, parce qu’on lui avait offert le livre…

[3] On trouvera par ailleurs ses notes de lecture plus développées.


 

 

     

 

 

 

 

     

 

 

 

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