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Zheng Zhi |
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Écrivain et scénariste né en 1987 à Shenyang, dans
le Liaoning (辽宁沈阳),
Zheng Zhi a connu une nouvelle notoriété quand, en
juin 2024, est sorti au festival international de
Shanghai le film de
Gu Changwei
(顾长卫)
« The Hedgehog » (《刺猬》)
dont il a coécrit le scénario, adapté d’une de ses
nouvelles.
Il
a fait ses études à Hong Kong, puis il est resté
vivre là. Mais il garde des liens étroits avec sa
région natale dont la culture et les croyances et
coutumes populaires sont sa principale source
d’inspiration. Avec entre autres
Ban Yu (班宇)
et
Shuang Xuetao (双雪涛),
tous deux nés également à Shenyang, il fait partie
d’un courant littéraire et artistique qui inclut
également le cinéma et qu’on appelle depuis quelques
années « la Renaissance du Dongbei » (东北“文艺复兴”
)
.
Histoire familiale
Son histoire familiale a déterminé ses débuts
d’écrivain et l’environnement du Dongbei son
inspiration. Son père était ouvrier d’usine, comme
son père l’avait été avant lui. C’était un parcours
glorieux dans un Nord-Est dont l’industrie était
l’orgueil de la Chine maoïste. Puis, dans les années
1990 sont venues les vagues de restructurations et
de licenciements. Le père de Zheng Zhi sentit le
vent tourner, démissionna et avec ses économies
ouvrit une petit restaurant de nouilles, vite
rattrapé par la crise de la région.
Zheng Zhi eut la chance d’avoir, grâce à sa mère
,
acquis un excellent niveau d’anglais qui lui permit
d’être admis à l’Université baptiste de Hong Kong.
Il partit donc là en 2006. Mais son père tomba
gravement malade peu après et à sa mort Zheng Zhi
revint à Shenyang. Il y resta un an, profitant de ce
séjour pour mieux se familiariser avec une ville
dont il ne connaissait guère que le chemin qui le
menait à l’école, ce qui lui donna ses premières
sources d’inspiration, au contact de la rue.
Un an plus tard, il revint à Hong Kong terminer ses
études après avoir emprunté l’argent nécessaire.
2007 : flottements
On
comprend qu’il ait pu… « Flotter » (《浮》).
C’est le titre de son premier roman, publié en
septembre 2007 - roman qui a tout de suite suscité
des controverses par le ton autant que le fond, et
du fait que l’auteur n’avait que 19 ans. Il s’agit
en fait de la version papier d’un récit
partiellement autobiographique intitulé « On
s’ennuie mortellement, non ? » (《我们是不是很无聊》),
que Zheng Zhi avait écrit alors qu’il venait
d’entrer à l’université ; il avait été sérialisé
l’année précédente sur internet avec un succès
médiatique tenant à son style plein d’humour, mais
aussi à son ton acerbe et un rien provocant, un peu
dans le genre du blog de
Han Han (韩寒).
D’ailleurs, un éditeur peu scrupuleux en avait
publié une version piratée « signée Han Han ». La
version « officielle » a été éditée par la très
sérieuse Maison des écrivains, comme l’ont été les
romans suivants de Zheng Zhi.
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Flotter |
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2010 : la ville de la pierre qui pleure
Le
temps de laisser la poussière retomber, il publie
son deuxième opus en avril 2010 : « N’allez pas dans
cette petite ville » (《别去那个镇》)
– comme on dit : n’allez pas dans ce bled. Le roman
était nettement plus « littéraire », ont dit les
critiques, il n’en était pas moins caustique.
D’abord la petite ville en question s’appelle « le
bourg de la pierre qui pleure » (泣石镇),
d’après une légende selon laquelle les pierres
pleurent à la fin de l’été. Quant aux personnages,
ce sont ce qu’on appelle couramment des marginaux :
un voleur repenti, une ancienne actrice, un ancien
maniaque sexuel… Ils se retrouvent dans ce coin
perdu pour y réaliser leur rêve de construire une
école primaire avec l’argent qu’ils ont gagné à la
loterie. Et en même temps arrive là un jeune peintre
convaincu d’y retrouver sa fiancée perdue, sans se
douter que le destin de la ville est en train de se
jouer au gré des illusions brisées de chacun, le
temps que la pierre se mette à pleurer.
Zheng Zhi a expliqué à la sortie du livre que le ton
de son roman était dû aux pressions qu’il avait
subies, et à la sorte de dépression vécue alors
qu’il écrivait. Comme pour s’excuser de ne pas avoir
participé à l’enthousiasme collectif de la période
olympique et post-olympique. En fait, on retrouve
dans le roman la même atmosphère que celle du « Black
Dog » (《狗阵》)
de
Guan Hu (管虎),
entre humour et détresse.
2013 : sur un air de Teresa Teng
Zheng Zhi a publié son troisième roman au début de
2013, inspiré cette fois par une chanson de Teresa
Teng (邓丽君) :
« Il n’y a que toi qui m’importes » (《我只在乎你》).
L’auteur y dépeint une histoire d’amour entre deux
générations, pendant les trente ans de la période
d’ouverture (à partir du début des années 1980),
mais sur fond de crise socio-économique dans la
vieille région industrielle du Dongbei. Le ton est à
l’opposé de la chanson : froid, avec un rien de
violence latente, mais surtout une infinie
tristesse. Comme l’annonce le livre suivant de Zheng
Zhi, un recueil de textes courts publié en 2015 : «
partir
de maintenant, je vais apprendre à cacher ma
tristesse » (《从此学会隐藏悲伤》).
Il
poursuit avec un recueil de douze nouvelles publié
en 2016 : « Je t’attendrai jusqu’à la fin des
temps » (《我在时间尽头等你》)
- douze récits comme autant de possibilités d’aimer.
La nouvelle titre a été adaptée au cinéma, sur un
scénario que Zheng Zhi a lui-même écrit ; le film
est sorti en 2019 sous le titre international « Love
You Forever ».
2017 : avaler cru
En
octobre 2017, il publie un roman très différent qui
marque une nouvelle étape dans sa maturation :
« Avaler cru » (《生吞》).
C’est une histoire d’amour cruelle construite comme
un roman noir, à suspense, avec en outre une
recherche d’originalité stylistique : la narration
est contée selon une double perspective, à la
première personne par le principal jeune au centre
de l’intrigue, Wang Di (王頔),
et du point de vue du policier chargé de l’enquête,
Feng Guojin (冯国金).
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Avaler cru |
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Pendant l’hiver 2003, une jeune fille de 17 ans est
assassinée après avoir été violée ; son corps
dénudé, recouvert de neige, est retrouvé abandonné
devant un immeuble en construction. Dix ans plus
tard, le corps d’une autre jeune fille est retrouvé
dans les mêmes conditions, mais le suspect du crime
précédent est mort. Le détective Feng Guojin qui a
déjà enquêté sur le premier crime sans parvenir à
l’élucider reprend l’enquête et découvre peu à peu
une histoire cruelle de jeunes à l’hérédité chargée
où sa propre fille est impliquée.
L’histoire est assez caractéristique du courant de
romans à suspense devenus populaires en Chine dans
les années 2010 dont, entre autres, les romans de
Xu Yigua (须一瓜) ;
comme chez elle, tous les personnages de Zheng Zhi
ont des problèmes familiaux qui les fragilisent dans
leurs relations aux autres – l’intrigue d’« Avaler
cru » rappelant en particulier celle de « Taches
solaires » (《太阳黑子》),
adapté au cinéma par
Cao Baoping (曹保平)
sous le titre « The
Dead End » (《烈日灼心》).
« Avaler cru » a lui-même été adapté en une
mini-série télévisée en 16 épisodes diffusée sur
Youku (优酷)
le 8 août 2022 sous le titre « Froussard » (《胆小鬼》).
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Froussard 《胆小鬼》 |
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2018-2020 : le syndrome de l’immortel, ou du
hérisson
Zheng Zhi a ensuite écrit une nouvelle, « Le
syndrome de l’immortel » (《仙症》),
initialement publiée le 25 juillet 2018 sur le site
internet Tencent. Dajia (《腾讯·大家》)
et tout de suite remarquée. Elle a en novembre
remporté le premier prix du « Projet Écrivain
anonyme » (“匿名作家计划”)
de
Zhang Yueran
(张悦然)
.
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Le syndrome de
l’immortel |
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C’est l’histoire d’un original du nom de Wang
Zhantuan (王战团) ;
décrété fou après avoir un peu trop critiqué ses
supérieurs hiérarchiques quand il était dans
l’armée, il exerce une certaine fascination sur son
neveu qui, lui, est affecté d’un bégaiement qui le
condamne au ban de la société. On est là aux franges
de l’onirisme et du shamanisme, dans un monde
imaginaire bien plus facile à vivre que le
quotidien, où le réel le dispute au surnaturel.
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Love You Forever |
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La
nouvelle a vite été complétée par cinq autres en un
recueil de six
publié sous le même titre, dans un genre qui tire à
la fois sur le magique et le suspense, et toujours
dans un style concis et teinté d’humour. La plupart
des histoires se situent dans le Nord-Est, mais pas
forcément, elles ont une certaine universalité :
« Télépathie » (《他心通》)
comporte des éléments de magie et de croyances
populaires locales, mais « Arc-de-triomphe » (《凯旋门》)
relate la décadence d’une petite ville qui pourrait
être n’importe où. Le texte final est une novella
que Zheng Zhi a mis trois mois à écrire : « Un bois
au milieu de la forêt » (《森中有林》) ;
il forme une boucle de destins croisés sur trois
générations.
En
2021, le recueil a figuré parmi les finalistes du
prix Blancpain-Imaginist
et Zheng Zhi a été sacré « écrivain du futur » (“未来文学家”).
Mais ce qui a surtout contribué à sa notoriété,
c’est l’adaptation au cinéma de la nouvelle « Le
syndrome de l’immortel » par le grand réalisateur
Gu Changwei (顾长卫),
sur un scénario coécrit avec Zheng Zhi : intitulé
« The Hedgehog » (《刺猬》),
le film était en compétition au 26e
festival de Shanghai en juin 2024 et il y a décroché
le prix du meilleur scénario.
En
septembre 2022, Zheng Zhi a été admis à
l’Association des écrivains chinois.
2026 : Réalisateur
Après avoir été scénariste pour d’autres, Zheng Zhi
est finalement passé lui-même derrière la caméra. En
avril 2026, son premier film, « All Good Eyes » (《森中有林》),
était en compétition au Festival international de
cinéma de Pékin (北京国际电影节)
où deux des
Tiantian Awards ont
été
décernés à deux des acteurs
du film.
Comme son titre chinois l’indique, le film est
adapté du zhongpian qui clôt le recueil de
nouvelles de 2020.
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All Good Eyes |
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L’acteur primé Yu Hewei (于和伟)
interprète le rôle d’un certain Lian Jiahai (廉加海)
qui perd un œil dans un accident, ce qui l’empêche
de se rendre à un rendez-vous avec Wang Xiuyi (王秀义).
L’accident lui permet cependant de monnayer son œil
pour vivre tranquille avec sa fille.
Les deux amants se rencontrent à nouveau des années
plus tard, mais sont, de manière inattendue, attirés
dans une affaire de meurtre. Or la réalité,
soigneusement dissimulée, est liée à cette
mystérieuse Wang Xiuyi qui s’avère plus dangereuse
qu’il n’y paraissait. Mais finalement, qui a tué
qui ? et qui a payé pour qui ?
Publications
Recueils de nouvelles
2016 Je t’attendrai jusqu’à la fin des temps (Love
You Forever)《我在时间尽头等你》
2020 Le syndrome de l’immortel《仙症》
Romans
2007 Flotter《浮》
2010 N’allez pas dans cette petite ville《别去那个镇》
2013 Il n’y a que toi qui m’importes《我只在乎你》
2017 Avaler cru《生吞》
Scénarios
2019 Love You Forever
《我在时间尽头等你》film
de Yao Tingting (姚婷婷)
2022 Nobody Knows (《胆小鬼》),
série télévisée en 16 épisodes, réal. Zhang Xiaobo (张晓波)
2024 The Hedgehog
《刺猬》
de
Gu Changwei (顾长卫)
2024 I Miss You
《被我弄丢的你》de
Han Yan (韩琰)
Traduction en anglais
Lunch for Two
(Erren wucan《二人午餐》),
tr.
Lilian Huang, Read Paper Republic, July 2023
(dans cette brève nouvelle, Zheng Zhi dresse le
portrait rapide d’un jeune homme devenu végétarien
pour perdre du poids ; dans le restaurant où il va
déjeuner, une jeune femme bizarre excite sa
curiosité…)
Le mouvement a commencé au milieu des années
2010, porté par le succès du « Black
Coal, Thin Ice » (《白日焰火》)
de
Diao Yinan (刁亦男),
puis par celui de la novella de
Shuang Xuetao (双雪涛)
« Moïse dans la plaine » (《平原上的摩西》).
Les articles sur cette « renaissance » se
sont multipliés à partir de 2020 … comme un
feu dans la plaine. Par exemple :
- Cong Zhichen
丛治辰 :
何谓“东北”?
何种“文艺”?
何以“复兴”?——双雪涛、班宇、郑执与当前审美趣味的复杂结构
Hewei ‘dongbei’? Hezhong ‘wenyi’? Heyi
‘fuxing’?—Shuang Xuetao, Ban Yu, Zheng Zhi
yu dangqian shenmei quwei de fuza jiegou :
Qu’entend-on par « Dongbei » ? Par « art et
littérature » ? Par « Renaissance » ? —
Shuang Xuetao, Ban Yu, Zheng Zhi et la
structure complexe des goûts esthétiques
actuels. Article publié en mai 2020 dans le
« Journal de recherche sur la littérature
chinoise contemporaine », et
en ligne sur le site chinawriter.
- Liang Wendao et Jia Hangjia
梁文道/贾行家 :
东北“文艺复兴”了吗?
Dongbei ‘wenyifuxing’ le ma ? « Le
Dongbei a-t-il connu une « renaissance
artistique et littéraire » ? Publié sur
Huxiu le 8 avril 2020.
https://www.huxiu.com/article/349199.html.
- Tong Xin.
东北文艺需要“复兴”吗?
Dongbei wenyi xuyao ‘fuxing’ ma? La
littérature et les arts du Dongbei ont-ils
besoin d’une « renaissance » ?
Beijing Evening News, 5 Mas 2021.
http://www.chinawriter.com.cn/n1/2021/0305/c404033-32043793.html.
Voir le
dossier « Littérature du Nord-Est ».
Comme le dit Zhou Rong dans son article sur
l’œuvre de Zheng Zhi (Liaoning Daily.
16.12.2019) :郑执:
把“东北”和“历史”拉回到日日夜夜寻常巷陌
Ba ‘dongbei’ he ‘lishi’ lahuidao riri yeye
xunchang xiangmo « Zheng Zhi: ramener le
« Dongbei » et l’ « Histoire » au niveau de
la rue, au quotidien ».
https://new.qq.com/omn/20191216/20191216A0LU5W00.html.