Gu Mingdao
顾明道
1897-1944
Présentation
par
Brigitte Duzan, 2 août 2026
Né à la
toute fin du 19e siècle, Gu Mingdao (顾明道)
a été dans
les années 1920-1930 l’un des
auteurs
les plus prolifiques de romans populaires, aussi célèbre que
Zhang Henshui (张恨水)
et Zhou Shoujuan (周瘦鹃) ;
passé de manière caractéristique au roman de
wuxia
dans les années 1920, c’est son roman « L'héroïne de
Huangjiang » ou « Héroïne de la rivière sauvage » (Huangjiang
nüxia《荒江女侠》)
qui l’a rendu célèbre et qui reste l’un des grands romans de
wuxia de la « vieille école ».
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Gu Mingdao |
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Né à Suzhou en 1897, de son vrai nom Gu Jingcheng (顾景程),
Gu Mingdao a fait ses études dans un collège religieux, le
collège Zhensheng (振声中学),
puis est resté dans le collège pour y enseigner.
Une certaine Meiqian
Il a commencé à écrire en 1914, à l’âge de 17 ans et,
l’année suivante, a été embauché comme “auteur maison” (特约撰稿人)
par le journal Xiaoshuo Xinbao (《小说新报》).
En 1922, il devient membre du cercle de littérature
populaire ((tongsu wenxue
通俗文学)
des « canards mandarins et
papillons » (鸳鸯蝴蝶派),
décriée par les intellectuels de gauche, mais prisée des
lecteurs urbains.
Début
juillet 1922, il est cofondateur à Suzhou de la société
littéraire des Étoiles (Xingshe “星社”),
liée au courant des canards mandarins, dont les membres
comptent les auteurs les plus renommés de la littérature
populaire de l’époque comme
Bao Tianxiao (包天笑)
ou le « Conan Doyle oriental »
Cheng Xiaoqing (程小青).
La société
des Étoiles organise de manière informelle des réunions dans
les jardins de Suzhou et chez ses membres. De 36 au départ
(les « 36 étoiles célestes » “三十六天罡”),
ils avaient dépassé la centaine à la veille de la guerre
contre le Japon, en 1937, quand la société a cessé ses
activités.
Gu
Jingcheng écrit ses romans populaires sous divers
pseudonymes comme « le Maître du studio Zhengyi » (“正谊斋主”),
« le Bibliophile à la tête de tigre » (“虎头书生”),
mais surtout, le plus célèbre, « Miss Meiqian »
(Meiqian Nüshi
“梅倩女史”),
pseudonyme
féminin adapté à l’image recherchée. Sous ce pseudonyme, il
publie pour le mensuel littéraire Meiyu (《眉语》杂志)
fondé en 1914 par l’éditrice Gao Jianhua (高剑华),
l’épouse du rédacteur en chef Xu Xiaotian (许啸天).
De manière caractéristique, la revue avait été créée pour
éditer des auteurs féminins, mais, vu leur rareté, la
plupart, comme Gu Mingdao, étaient des écrivains signant de
pseudonymes féminins – ce qui pouvait créer des quiproquos
amusants : Gu Mingdao a reçu une proposition de mariage d’un
lecteur séduit.
Il publie
alors une série de romans à succès qui établissent sa
renommée, dont Naihe Tian (《奈何天》)
[Impuissance du ciel], Pengmen Honglei (《蓬门红泪》)
[Les larmes rouges de la Porte des asters] , Hua’e hen
(《花萼恨》)
[Les regrets des calices de fleurs].
- Naihe
Tian
(《奈何天》)
conte la triste d’histoire d’un jeune homme plein
d’ambition, mais incapable de réaliser ses aspirations. Le
roman dépeint les déboires de jeunes pleins de talents pris
dans les tumultes de l’époque.
-
Pengmen Honglei (《蓬门红泪》) est
l’histoire tragique d’une jeune femme, la jeune Shuzhen (淑贞),
qui ne réussit pas à épouser l’homme qu’elle aime. Histoire
assez classique, mais dont la peinture des sentiments lui a
valu son succès.
- Hua’e
hen
(《花萼恨》)
retrace la décadence d’une riche famille de Suzhou pendant
la période républicaine ; le patriarche se remarie après la
mort de sa première épouse, ce qui cause des crises et
finalement entraîne la désintégration de la famille. Le
roman vaut pour la peinture de la vie urbaine et de la
société shanghaienne de l’époque.
Ce sont
les trois romans les plus connus parmi ceux de cette
première période de Gu Mingdao. Ils suscitent aujourd’hui un
nouvel intérêt, comme la littérature populaire de cette
époque dans son ensemble. Ils ont été réédités en 2018 en
édition de poche dans la collection de « romans populaires
de la période républicaine » (民国通俗小说典藏文库)
des éditions Littérature et histoire de Chine (中国文史出版社),
et en 2020 dans une collection semblable des Éditions de
livres anciens de Tianjin (天津古籍出版社).
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Hua’e hen |
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Cependant,
la vogue est au
wuxia,
disons
le roman
d’arts martiaux. Le genre a été mis à l’honneur au début de
la période républicaine, par des écrivains et penseurs
progressistes – dont
Liang Qichao (梁启超)
- qui voyaient dans les traditions martiales de la Chine une
source de force dans le contexte de crise et de faiblesse
nationale face aux puissances étrangères
.
Au début des années 1920, le roman de
wuxia connaît une
nouvelle popularité avec le grand succès des romans de
Pingjiang Buxiaosheng (平江不肖生),
à commencer par « Les aventures des étranges héros des
rivières et des lacs » (Jianghu Qixia Zhuan 《江湖奇侠传》),
sérialisé en 1923.
De
Meiqian à Gu Mingdao
C’est
alors, en 1923, que Gu Jingcheng commence à écrire lui aussi
des romans de wuxia, en adoptant le nouveau nom de
plume, à connotation taoïste, de Gu Mingdao (顾明道),
la voie de la lumière. Il publie quelques romans en 1923 et
1924 dans la revue Zhentan shijie (《侦探世界》),
c’est-à-dire « Le monde des histoires de détectives », ce
qui était aussi un genre populaire en vogue.
En 1928,
alors qu’il est de passage à Shanghai, il rencontre un
membre de la société des Étoiles, Yan Duhe (严独鹤),
qui lui commande un roman de wuxia, pour le journal
dont il était rédacteur en chef, le Xinwen bao (《新闻报》)
de Shanghai. Gu Mingdao avait écrit une novella (zhongpian
xiaoshuo
中篇小说),
il reprend le manuscrit pour en faire un roman, en 87
chapitres.
ü
L’héroïne
de la rivière sauvage
Le
roman
Ce roman,
c’est « L’héroïne de Huangjiang » ou « Héroïne de la rivière
sauvage » (Huangjiang Nüxia《荒江女侠》),
publié en feuilleton à partir de 1928 dans le supplément
littéraire Kuaihuo lin (《快活林》),
la « forêt joyeuse », du Xinwen bao (《新闻报》)
.
L’histoire
est celle de la jeune Fang Yuqin (方玉琴)
qui, son père ayant été assassiné par un dénommé Deng Baiba,
le mille-pattes volant (飞天蜈蚣邓百霸),
décide de partir à sa recherche pour venger son père. Avant
de partir, elle se forme auprès d’un maître spirituel en
arts martiaux du mont Kunlun, maître Yiming (昆仑剑仙一明禅师).
En chemin, elle est attaquée par des bandits, sauve une
jeune fille des griffes d’un mafieux qui la convoite,
retrouve son camarade Yue Jianqiu (岳剑秋)
dans une auberge et l’aide à vaincre un groupe de brigands,
sur quoi ils partent ferrailler ensemble … L’intrigue ne
cesse de rebondir et les femmes y occupent une place
importante, souvent comme proies à défendre.
Avec ce
roman, tout en adoptant une écriture en rupture avec les
traditionnels « romans à chapitres » (章回小说),
dans une langue mi-classique, mi-vernaculaire, Gu Mingdao
initie un nouveau modèle dans le monde alors masculin du
wuxia : il fait combattre côte à côte une héroïne et son
alter ego masculin (‘男女双侠,共闯江湖’)
en donnant le beau rôle à la première ; elle retrouve ainsi
une part de l’aura romanesque de
la nüxia des chuanqi des Tang
– une « nouvelle
Nie Yinniang » (聶隱娘)
-
mais revue à l’aune des goûts du public urbain du 20e
siècle, l’héroïne martiale ayant aussi des sentiments
amoureux. Le roman de wuxia rejoint là le roman
populaire.
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L’Héroïne de la rivière sauvage Huangjiang Nüxia |
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Le roman a
un énorme succès. L’écrivain
Zhang Henshui (张恨水),
qui avait son roman « Un destin de rires et de pleurs » (《啼笑因缘》)
prêt à être publié en octobre 1929, a raconté dans son
autobiographie qu’il a dû attendre cinq mois, le temps que
se termine la sérialisation du roman de Gu Mingdao, pour
pouvoir publier le sien, au printemps de 1930, dans le même
Xinwen bao.
Jin Yong (金庸)
a dit l’avoir lu à l’âge de huit ans et en être resté
impressionné au point d’en avoir été influencé lorsqu’il a
commencé à écrire : on retrouve le duo homme/femme (nannû
shuangxia男女双侠)
de la Rivière sauvage dans le couple Guo Jing (郭靖)/Huang
Rong (黃蓉)
de la « Légende des héros chasseurs d’aigles » (《射雕英雄传》).
Le roman a
été édité de 1931 à 1934 par la maison d’édition Shijie
shuju de Shanghai (上海世界书局),
puis en 1940, toujours à Shanghai, par l’éditeur Wenye
Shuju (上海文业书局).
Adaptations au cinéma
Les romans
de wuxia bénéficient alors de l’immense succès des
films de wuxia, dont la série du célèbre « Incendie
au monastère du Lotus rouge » (《火烧红莲寺》)
de
Zhang Shichuan (张石川)
à partir de 1928, avant que leur succès même incite le
gouvernement nationaliste à les interdire, en 1931.
1. D’abord
adapté au théâtre, l’« Héroïne de la rivière sauvage » a été
très vite adapté au cinéma, dans le style de l’époque,
mêlant drame, comédie et action : un film muet, en noir et
blanc, comportant une série de 13 épisodes sortis à partir
de 1930 : « The Swordswoman of Huangjiang » (《荒江女侠》).
Il nous reste un volet de la série dont le scénario enchaîne
les épisodes d’action qui n’ont pas grand-chose à voir avec
le roman, mais où s’illustrent les deux principaux
protagonistes, Fang Yuqin et Yue Jianqiu.
Ils sont
attaqués par un oiseau géant et sauvés par un autre oiseau
qui attaque le premier – le tout à grands renforts d’effets
spéciaux. Le deuxième oiseau enlève un enfant, Fang Yuqin et
son « frère d’armes » le sauvent, mais pendant ce temps
l’âne de Fang Yuqin est volé par une autre nüxia,
qui, après un combat, révèle que son village est assiégé par
des bandits et qu’elle a besoin de l’aide de sa consœur.
Elles partent ensemble et s’arrêtent dans un temple, mais
les moines sont en fait des brigands…
Le film
est l’un des grands films muets de wuxia de la fin
des années 1920 et du début des années 1930, avant leur
interdiction.
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The Swordswoman of Huangjiang (Hong
Kong Film Archive) |
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2. Un autre film adapté du même roman est sorti dans un tout
autre contexte à Hong Kong en février 1970 : « Lady of
Steel » (《荒江女俠》),
du réalisateur cantonais He Menghua (何梦华),
avec
Cheng Pei-pei (郑佩佩),
l’actrice de
« L’Hirondelle d’or » (《大醉侠》),
dans le rôle principal.
ü
Après la
Rivière sauvage
Après le
succès de l’« Héroïne de la rivière sauvage », Gu Mingdao a
encore écrit 18 romans de wuxia, , à commencer par
« Les nouvelles aventures de l’Héroïne de la rivière
sauvage » (《荒江女侠新传》).
Il sont
publiés jusqu’en 1947. Leur publication reprend au début des
années 1980, comme des classiques du genre.
Gu Mingdao
meurt de tuberculose à Shanghai en 1944. Juste avant sa
mort, la librairie Chunming (春明书店)
avait publié son autobiographie : « Pluie de fleurs sur le
Jiangnan » (《江南花雨》).
En décembre 2020, elle a été rééditée par les éditions
Littérature et histoire de Chine (中国文史出版社)
avec un roman, « Le Saule de Zhangtai » (Zhangai liu《章台柳》)
– Zhangtai était le nom d’une rue de la ville de Chang’an,
sous les Han ; le titre du roman vient du nom d’une
courtisane aimée et célébrée par le poète Han Hong (韩翃)
des Tang et des divers récits, pièces de théâtre et d’opéra
qui ont été adaptés de cette histoire.
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Pluie de fleurs sur le Jiangnan et Le saule de
Zhangtai |
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