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Deng Anqing 邓安庆

Présentation

par Brigitte Duzan, 22 février 2026

 

Né en 1984 dans un petit village du district de Wuxue dans le Hubei (湖北武穴), Deng Anqing (邓安庆) est un écrivain issu d’une famille pauvre qui a réussi à sortir d’un destin toute tracé grâce à l’écriture, en portant témoignage.

 

 

Deng Anqing

 

 

Il est né sur la rive nord du Yangtsé, dans le village de Dengyuan (邓垸). Quand il avait neuf ans, ses parents ont traversé le fleuve pour aller plus au sud travailler la terre dans le Jiangxi car les taxes n’y étaient pas aussi élevées. Deng Anqing s’est ainsi retrouvé seul avec son grand-père, comme un de ces « enfants laissés en arrière » (留守孩子) par la vague des travailleurs migrants de la campagne.

 

L’imaginaire d’un enfant solitaire

 

Solitaire, il se souvient avoir eu souvent faim et être allé regarder par la fenêtre la famille d’un oncle attablée devant une table bien garnie. La sœur de son père venait parfois le voir et, constatant qu’il crevait de faim, lui préparait un peu à manger. Ce sont toujours des femmes que lui est venu le peu d’attention et de chaleur humaine dont il a gardé le souvenir [1].

 

Quand il est entré en première année de secondaire, il est allé vivre dans la famille de la sœur de sa mère. Bien qu’entouré d’affection, il ne se sentait pourtant pas à l’aise dans cet environnement familial qui n’était pas le sien, et il n’avait pas d’amis parmi ses camarades de classe. Sa seule distraction consistait à lire des livres de géographie et à se plonger dans les cartes de Chine en en mémorisant les sites remarquables, montagnes, villes, lacs et fleuves. Puis il a peu à peu commencé à en dessiner, d’abord des copies, puis des cartes imaginaires de mondes à lui, avec leurs histoires, leurs langues, leurs guerres et leurs personnages célèbres.

 

De fil en aiguille, au fur et à mesure que se consolidait son vocabulaire, il en est venu à écrire ces histoires imaginaires, mais aussi des poèmes imités des classiques étudiés en classe, voire de courtes pièces de théâtre.

 

Et puis un jour, il fit un rêve, un rêve tout simple d’un cordonnier qui réparait une chaussure. Au réveil, il en écrivit l’histoire et le montra à son professeur qui le révisa : c’est son premier récit publié, dans une revue mensuelle dédiée à la publication de textes de collégiens comme lui… Il gagna ainsi dix yuans, mais surtout une certaine célébrité dans son école.

 

La galère de la pauvreté

 

Malgré tout, n’ayant eu que de médiocres résultats au gaokao (高考), l’examen de fin du secondaire déterminant l’entrée à l’université, il fut orienté vers une université de technologie de second ordre, même si c’était dans le département de langue et littérature chinoise. Ce fut pour lui l’occasion de se plonger dans les grands classiques des auteurs contemporains mais, malgré de très bonnes notes, il ne put obtenir son diplôme faute d’argent pour payer les frais d’études des deux dernières années.

 

Sans diplôme, il ne pouvait trouver que des emplois subalternes et mal payés. Il commença par un travail de rédacteur publicitaire à 600 yuans par mois, puis de secrétaire du directeur d’une petite société. À la fin de 2008, il décrocha un emploi dans une scierie près de Suzhou.

 

Un jour de mai 2009, il s’inscrivit sur le site douban, sous le pseudonyme « Royaume sur papier », et commença à y poster des essais et des nouvelles sur son village natal, attirant de plus en plus de lecteurs. C’est ainsi qu’il finit par écrire son premier roman, qu’il l’intitula « Un royaume sur le papier » (《纸上王国》). Il quitta alors Suzhou pour aller s’installer à Pékin et commença une carrière d’écrivain.

 

 

Un royaume sur le papier

 

 

Un royaume sur papier

 

En juillet 2013, Deng Anqing publie un deuxième livre : un recueil d’une trentaine de courts essais intitulé « À faible distance » (《柔软的距离》) où il dépeint, dans une narration de type documentaire, la vie des gens pris dans les mutations urbaines et rurales, telle qu’il a pu l’observer, et le vivre lui-même, sur fond de fossé croissant entre ville et campagne. Le livre a été réédité en 2021 avec des compléments qui l’actualisent.

 

 

À faible distance

 

 

En 2017, il commence un recueil de nouvelles zhongpian (ou novellas) en prévoyant d’en écrire trois, mais il en écrit finalement sept, publiées en mars 2021 en un recueil intitulé « Séparés à jamais par le fleuve » (Yongge yijiang shui《永隔一江水》) – titre emprunté à une chanson qu’il avait entendue à la télévision en 2019 et qui l’avait frappé : c’était son histoire.

 

Faisant suite en les complétant aux nouvelles et essais précédents, ce nouveau recueil se présente comme une série de récits retraçant sa vie, de manière chronologique, dans le village de Dengyuan (“邓垸故事集”), ce qui finit par former une histoire du village. Il a expliqué qu’aucun personnage n’est fictif : ils sont tous inspirés d’un parent ou d’un proche. C’est son histoire, mais aussi celle des femmes du village dont il retrace avec empathie les dures conditions de vie, entre abandon des bébés filles et violences domestiques. Quant au village, il a été quelque peu rénové, mais il reste sans grand changement. Seuls les habitants disparaissent peu à peu au fur et à mesure que meurent les personnes âgées, les jeunes étant partis ailleurs.

 

 

Séparés à jamais par le fleuve Yongge yijiang shui

 

 

En 2022, Deng Anqing a publié son premier roman : « En regardant les fleurs » (《望花》). Il y raconte l’expérience (partiellement autobiographique là encore) d’un jeune diplômé qui réussit à trouver un emploi de rédacteur dans une société de publicité, mais se retrouve confronté à de telles pressions, financières et autres, qu’il ne songe qu’à s’évader de cette vie déprimante.

 

Le roman a été suivi en 2023 d’un autre recueil de novellas, « En laissant la lumière allumée » (《留灯》), qui en regroupe cinq : « Grandir lentement telle une plante » (像植物一般慢慢生长), « Serein et lent » (幽慢), « Eau claire » (清水) et « À la suite » (跟随), plus la novella qui a donné son titre au recueil. C’est ici une chronique de la vie de gens ordinaires à différents âges, de l’école élémentaire au collège et jusqu’à leur premier emploi.

 

 

En laissant la lumière allumée

 

 

En juillet 2024, Deng Anqing publie encore un autre recueil d’essais, intitulé « Au revoir » (《暂别》), comme un hommage nostalgique au passé familial, plein de souvenirs délicats évoqués avec le recul du temps – et avec en outre 26 photos familiales en couleur. C’est son livre qui a eu le plus de succès jusqu’ici, montrant bien qu’il touche là une corde sensible chez beaucoup de ses lecteurs.

 

Pour le printemps 2026, il annonce une autre livre de souvenirs : « Une étoile à l’horizon » (《天边一星子》), ceux de son grand-père, cette fois…

 

Son œuvre, finalement, ressemble à un long documentaire qui reflète la même veine nostalgique que beaucoup de documentaires chinois aujourd’hui où sont évoqués les grands parents qui ont élevé les jeunes réalisateurs grandis à la campagne.

 


 

Traduction en anglais

 

- Notes on Returning Home during the Epidemic (Yi shi hui xiang ji 疫时回乡记), tr. Na Zhong, à lire en ligne.

(chronique journalière de la vie de l’auteur confiné dans son village natal lorsque, dans la nuit du 23 janvier 2020, alors qu’il était en visite chez ses parents pour le Nouvel An, l’épidémie de covid19 a entraîné la mise en quarantaine de tout le Hubei autour de Wuhan)


 

[1] Selon les propos recueillis par Yang Yang et publiés fin juillet 2021 dans le Chinadaily de Hong Kong.

 

     

 

 

 

 

     

 

 

 

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