|
Les visites de l’été
L’exposition Pu Songling au Musée
national de Chine
par Zhang
Guochuan, 10 juillet 2026
Le Musée
national de Chine (中国国家博物馆),
place Tian’anmen à Pékin, présente actuellement, et jusqu’à la
fin de l’été (du 28 mai au 28 août 2026), une exposition
spéciale consacrée à
Pu Songling et
son œuvre.
Intitulée « Le cœur s'élève vers les cimes – Pu Songling et les
Chroniques de l’étrange » (心游万仞——蒲松龄与《聊斋志异》),
elle réunit plus de 240 œuvres et objets précieux.
| |

Panneau
introductif de l’exposition |
|
L’expression
xīn yóu wàn rèn « 心游万仞 » du
titre est empruntée au « Fu sur la littérature » (Wén
fù《文赋》)
de Lu Ji (陸機),
poète de la fin du 3e siècle : «
精骛八极,心游万仞 », que l’on peut traduire par « L’esprit
franchit les horizons, le cœur s’élève vers les cimes. », où
wàn rèn 万仞 (« dix mille ren »), répondant à
bā jí
八极,
évoque une immensité sans limites.
L’expression
désigne l’état d’inspiration où l’imagination s’affranchit de
toute contrainte. Elle résume parfaitement la vie de Pu Songling
: malgré ses échecs aux examens impériaux et son existence
recluse dans son cabinet d’étude du Shandong, son imagination
s’est envolée vers un monde fantastique peuplé d’esprits, de
renards et d’histoires d’amour entre humains et êtres
surnaturels – ce qui justifie la traduction anglaise du vers de
Lu Ji qui figure sur l’affiche de l’exposition : « Imagination
without borders » (« Imagination sans frontières »).
Les points
forts de l’exposition
Le
portrait de Pu Songling par Zhu Xianglin《朱湘鳞蒲松龄画像轴》
Le Portrait
de Pu Songling par Zhu Xianglin, réalisé en 1713 alors que
Pu Songling avait 74 ans et classé trésor national de première
catégorie, est la pièce la plus précieuse du Musée commémoratif
Pu Songling (蒲松龄纪念馆),
situé dans l’ancienne résidence de l’écrivain dans la ville de
Zibo, dans le Shandong. C’est aussi le seul portrait authentique
de l’écrivain qui nous soit parvenu.
Il s’agit d’un
rouleau vertical peint sur soie, mesurant 258 cm de haut sur 69
cm de large, dont l’intérêt est renforcé par les deux textes
écrits de la main même de Pu Songling, au-dessus de son
portrait :
“尔貌则寝,尔躯则修……所成何事,而忽已白头。奕世对尔孙子亦孔之羞。”
Dans ce
premier texte, il se moque de lui-même en exprimant sa déception
face à une vie marquée par les échecs répétés aux examens
impériaux, regrettant d’être arrivé à un âge avancé (忽已白头)
sans avoir réalisé ses ambitions.
“……作世俗装,实非本意。恐为百世后所怪笑也。”
Dans ce second
texte, il affirme qu’il n’a jamais réellement souhaité porter
les habits officiels des fonctionnaires et revendique la liberté
d’esprit et la dignité du lettré.
Le
manuscrit original des « Chroniques de l’étrange »
(conservé à la
Bibliothèque provinciale du Liaoning)
L’exposition
présente également la moitié du manuscrit original des
Chroniques de l’étrange, comprenant notamment le célèbre
récit « La Peau peinte » (画皮). Pour cette exposition, le manuscrit est
d’ailleurs ouvert à la page de « La Peau peinte ».
Il s’agit de
l’un des rares manuscrits autographes qui nous soit parvenu d’un
grand classique de la littérature chinoise ancienne. Les
manuscrits originaux d’œuvres célèbres comme « Le Rêve dans le
pavillon rouge » (Hongloumeng
《红楼梦》),
« La Pérégrination vers l’Ouest » (Xiyouji《西遊記》)
ou
« Le
Roman des Trois Royaumes » (Sanguo yanyì《三国演义》)
ont depuis longtemps disparu ; seules des copies ou des
éditions gravées nous sont parvenues. C’est pourquoi ce
manuscrit de Pu Songling est classé trésor national de première
catégorie.
La partie
conservée rassemble 237 récits : 206 sont de la main de Pu
Songling ; 31 ont été copiés par ses disciples. Le document
porte encore les traces du travail de l’écrivain. On y voit de
nombreuses corrections, suppressions, ajouts et annotations à
l’encre noire et à l’encre rouge.
Ces marques
permettent de suivre la création de l’œuvre : lorsqu’un mot ne
lui convenait plus, Pu Songling le rayait ou le recouvrait
d’encre avant d’en écrire un autre ; il soulignait en rouge les
mots et les phrases qu’il jugeait particulièrement réussis.
Le
Liaozhai illustré
L’exposition
présente également le magnifique recueil illustré des
« Chroniques de l’étrange » (Liaozhai tushuo
《聊斋图说》),
une série de peintures autrefois conservée dans les collections
du palais impérial. Cette œuvre aurait été réalisée à la fin de
la dynastie des Qing, pour le 60ᵉ anniversaire de l’impératrice
Cixi.
À l’origine,
l’ouvrage comptait 46 volumes (juàn
卷)
et 725 peintures, illustrant plus de 400 récits. Chaque
illustration est accompagnée d’un court résumé calligraphié du
récit correspondant. On y retrouve des histoires célèbres comme
« La Peau peinte » (画皮),
« Nie Xiaoqian » (聂小倩),
« Le Taoïste du mont Laoshan » (勞山道士),
etc.
| |

Le
Liaozhai tushuo, éd. 2020 |
|
La
présentation de l’exposition est particulièrement soignée : à
côté des pages illustrées sont exposés des objets en lien avec
l’histoire racontée. Par exemple, près de l’illustration de «
Nie Xiaoqian » (聂小倩)
sont présentés des bijoux de coiffures et des accessoires
féminins, tandis qu’à côté de « Huanniang » (宦娘)
– ou « L’amour du luth » d’après André Levy – se trouve
l’instrument en question, proche de la cithare (gǔqín
古琴).
Ces objets enrichissent la visite et aident le public à entrer
dans l’univers des récits.
Illustration de
Nie Xiaoqian
Illustration de
Huanniang
Des
activités interactives
L’exposition
propose aussi de nombreux dispositifs multimédias,
particulièrement appréciés des jeunes, et des moins jeunes. Les
visiteurs peuvent notamment participer à des jeux inspirés de
devinettes traditionnelles chinoises et d’anciens jeux à boire :
Entendre un
mystérieux rire de jeune femme en se plaçant à un endroit précis
;
Appuyer sur
des boutons pour faire apparaître différentes scènes des contes
sur les murs :
Les
hommages aux « Chroniques de l’étrange »
L’exposition
présente également plusieurs œuvres de calligraphie dans
lesquelles de grands écrivains et intellectuels chinois rendent
hommage au Liaozhai zhiyi, notamment
Lao She (老舍),
l’historien Gu Jiegang (顾颉刚),
Ye Shengtao (叶圣陶),
Guo Moruo (郭沫若)…
et
Mo Yan (莫言).
En voici deux exemples, de la main de Lao She et de Mo Yan :
Calligraphie de
Lao She en l’honneur du Liaozhai
Calligraphie de
Mo Yan en hommage au Liaozhai
Les
traductions du Liaozhai zhiyi dans le monde
La dernière
salle de l’exposition est consacrée aux traductions de l’œuvre à
travers le monde.
On peut
notamment y voir, au deuxième rang sur la gauche, l’édition
française des Chroniques de l’étrange aux éditions
Picquier, rééditée en poche en 2020.
|