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Les essais à huit parties baguwen (八股文)
par Brigitte
Duzan, 16 novembre 2025
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Un exemple de baguwen |
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Ces essais à
huit parties ont été standardisés au début de la dynastie des
Ming (au 15e siècle) comme forme spécifique des
essais des examens mandarinaux.
Ils sont nés
d’une structure en quatre parties dite qǐ chéng zhuǎn hé (起承轉合),
soit introduction, développement, tournant et résolution,
généralement décrite comme « sans conflit » contrairement aux
structures narratives occidentales.
Les quatre
parties correspondaient à des styles différents, dérivés de la
poésie : la partie introductive qǐ était d’un style
« plat », la partie chéng était comparée à un coup de
canon introduisant une action, zhuǎn représentait un
changement, inattendu, et l’apogée du développement narratif
avant la partie conclusive hé qui devait être comme un
étang profond reflétant la profondeur de la pensée.
Le modèle est
un poème de Wang Wei (王维
699-759), « Adieux dans la montagne » (Shān zhōng
sòngbié
山中送別) :
Qǐ
山中相送罢
Après nos adieux dans la montagne,
Chéng
日暮掩柴扉
la nuit tombe, je referme le portillon de branchages,
Zhuǎn
春草明年绿
l’an prochain au printemps, quand l’herbe sera verte,
Hé
王孙归不归 ?
l’ami reviendra-t-il ?
Chacune de ces
parties a ensuite été dédoublée pour en donner huit. Les essais
devaient commenter une citation du canon confucéen –
généralement quelques caractères – en se conformant à une
structuration en huit parties comme des membres (gǔ
股) :
quatre parties introductives et quatre parties de développement
et d’interprétation, se terminant par une conclusion – sachant
que l’interprétation ne devait pas s’éloigner des commentaires
orthodoxes établis à partir des Song, et en particulier par Zhu
Xi (), donc en évitant de citer des textes « hérétiques » comme
ceux de Mozi (墨子)
ou de Mengzi (孟子).
1.
pòtí 破题
Briser/ouvrir la question, dont identification du passage exact
d’où était tiré le sujet.
2.
chéngti 承题
Porter la question : brève élaboration du sujet en en soulignant
l’intention
originelle.
3.
qǐjiǎng 起讲
Déclaration initiale : explication de l’interprétation orthodoxe
du sens de l’extrait.
4.
lingti 领题
Prendre la question
5.
qǐgǔ 起股
Section
d'ouverture
[optionnel : xùgǔ 虚股
Section
vide, comme prélude à la section médiane]
6.
zhōnggǔ 中股
Section
médiane
7.
hòugǔ 后股
Section
postérieure
8.
dàjié 大劫
Résolution
Les questions
pratiques pouvant préparer les candidats à de futurs postes dans
l’administration impériale n’étaient jamais abordées, l’accent
étant mis sur l’interprétation théorique (et orthodoxe) des
textes confucéens. On voit qu’il fallait connaître ses
classiques sur le bout du doigt pour pouvoir, d’entrée,
identifier l’extrait proposé et le replacer dans son contexte.
L’importance du facteur mémorisation a pu contribuer à l’échec
de beaucoup de candidats.
Ce mode
standard de composition n’a pas disparu tout de suite après la
suppression des examens mandarinaux, en 1905.
Bao Tianxiao (包天笑) note
dans ses mémoires que les journalistes chinois continuaient de
l’utiliser dans les années 1910. En outre, il aurait exercé une
influence sur la structure des dissertations enseignée encore
aujourd’hui, mais en revenant à la composition antérieure en
quatre parties: introduction qǐ
起,
développement zhōng 中,
transition zhuǎn
转
et conclusion hé
和.
À lire en
complément
Les baguwen, étude de leur évolution historique et de
leur forme
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