Histoire littéraire

 
 
 
     

 

 

Brève histoire du xiaoshuo

IX. Le xiaoshuo et l’histoire

IX. 3 Langue classique et langue vernaculaire dans l’histoire

par Brigitte Duzan, 24 novembre 2025

 

L’écriture en langue vernaculaire, distinguée de la langue classique (wenyan 文言), ne date pas des débuts du 20e siècle avec l’avènement du baihua (白话) sous l’égide des réformistes de la fin des Qing puis des intellectuels et écrivains du mouvement du 4 mai (1919). La langue vernaculaire s’est formée et a évolué peu à peu au cours des siècles, pour s’épanouir dans les romans populaires des Ming, avant d’être promue comme instrument de promotion de la littérature et des idées auprès des couches populaires de la population en facilitant leur lecture. On a fait de l’opposition entre langue vernaculaire et langue classique un élément symbolique du conflit entre ancien et nouveau, tradition et modernité ; c’est aussi l’image de l’opposition entre culture lettrée et culture populaire, avec en arrière-plan l’idée de l’ « élégance » ( ) de l’une contre la « vulgarité » ( ) de l’autre.

 

La langue vernaculaire s’est cependant développée parallèlement à la langue classique, le vernaculaire se dégageant d’une langue plus ou moins figée dans le temps pour se rapprocher de formes vivantes d’expression en lien avec l’oralité, forcément dialectale. Longtemps dépréciée, cette littérature est aujourd’hui remise en valeur, dans sa forme autant que dans son contenu, et dans son contexte historique.

 

A/ Langue vernaculaire ancienne et langue classique

 

Les normes fondamentales du chinois classique sont apparues pendant la période des Printemps et Automnes, entre le 8e et le 5e siècle avant notre ère. Le wenyan est devenu la langue du canon confucéen, celle des lettrés candidats aux examens mandarinaux, acquérant ainsi un prestige incontesté pendant quelque deux mille ans. La langue vernaculaire s’est développée au fur et à mesure que cette langue classique se distanciait de la langue orale qui, elle, évoluait, et cette évolution contrastée a connu plusieurs étapes.

 

Dans sa monumentale « Histoire de la langue chinoise » (汉语史稿) initialement publiée en 1957, le linguiste chinois Wang Li (王力) distingue trois périodes d’évolution de la langue chinoise avant 1919 : la période ancienne (shànggǔ qī 上古期), de l’antiquité jusqu’au 3e siècle avant J.C., la période « médiane[1] » (zhōnggǔ qī  中古期) à partir du 4e et jusqu’au 12e siècle et la période « moderne » (jìndài 近代) du 13e au 20e siècle, étant entendu que « jìndài » en chinois désigne la période qui va de la guerre de l’opium au mouvement du 4 mai, c’est-à-dire de 1840 à 1919, le 20e siècle après 1919 étant la période « contemporaine » (xiàndài 现代).

 

 

L’histoire de la langue chinoise de Wang Li (1957)

 

 

Plus spécifiquement concernant l’évolution du vernaculaire, en particulier au niveau lexical (que Wang Li aborde dans sa dernière partie), c’est le philologue Xu Shiyi ( 徐時仪) qui a écrit l’ouvrage le plus complet à ce jour : « Histoire du développement du chinois vernaculaire » (汉语白话发展史), publié aux éditions de l’université de Pékin en 2007, et réédité en 2015 sous le titre « Histoire du chinois vernaculaire » (《汉语白话史》) [2].

 

 

Histoire du développement

du chinois vernaculaire, 2007

 

 

1.       Émergence de la langue vernaculaire 

 

Selon cette histoire, une première forme de vernaculaire, le vernaculaire ancien (gǔ báihuà 古白话), émerge vers le 4e-3e siècle avant J.C. (période d’émergence ou lòutóu qī 露头期), se développe sous les dynasties Qin et Han (秦汉的白话), avec entre autres des collections de chants populaires, puis sous les dynasties Wei, Jin et les dynasties du Nord et du Sud (魏晋南北朝的白话), avec des traductions de textes bouddhiques (汉译佛经).

 

2.       Développement sous les Sui et les Tang

 

De cette époque (隋唐的白话) datent des recueils de poèmes en langue vernaculaire et des histoires de type bianwen (变文) ou « textes de transformation » ; ces bianwen sont des récits bouddhiques, mais aussi laïques, dont un grand nombre a été retrouvé à Dunhuang (敦煌变文). Un premier recueil en huit volumes (敦煌变文集) a été publié en 1957 aux éditions Littérature du peuple et a été suivi de nombreux travaux de recherche ;  des parties en prose en langue vernaculaire y alternent avec des airs versifiés destinés à être chantés, structure où l’on peut voir une origine du théâtre chanté tel qu’il s’est développé sous les Yuan.

 

 

Les bianwen de Dunhuang, 2e édition, 1984.

 

 

Cependant, les chuanqi (传奇) typiques de la littérature des Tang, pourtant nourris de légendes et superstitions populaires, sont écrits en langue classique.

 

3.       Évolution pendant la période transitoire des Cinq Dynasties, puis sous les Song et les Jin

 

Cette période (五代宋金的白话) voit émerger, à côté de la poésie, les huaben (话本) et les pinghua (平话) en langue populaire, issus de la tradition orale des conteurs et précurseurs des romans en vernaculaire (话本小说).

Il faut aussi noter l’importance non négligeable des yǔlù (語錄/语录) qui se développent sous les Song : les transcriptions, par ses disciples, de l’enseignement (oral) d’un maître, (néo)confucéen ou bouddhiste, sur le modèle des Analectes [3].

 

4.       Essor sous les Yuan

 

La dynastie mongole des Yuan (1279-1368) est la grande période du théâtre zaju (杂剧) et des poèmes quci (曲辞). Destinées à un public populaire, pour son divertissement (comme le souligne le terme de zaju : pièces de variété), elles étaient écrites en langue vulgaire, à l’exception des airs chantés, par des lettrés privés d’examens impériaux [4] et d’emploi dans l’administration ; relégués au ban de la société, ils ont trouvé une alternative dans l’écriture de ces pièces, en devenant des professionnels du spectacle. Ces dramaturges se retrouvaient avec d’autres auteurs de littérature vernaculaire dans des associations d’écrivains ou shuhui (書會/书会) où ils côtoyaient également les acteurs [5] ; mais ils fréquentaient aussi les maisons de thé et autres lieux populaires où se donnaient les pièces.

 

Les parties écrites en vernaculaire ont longtemps posé des problèmes, d’abord parce qu’elles étaient en dialecte du nord, donc d’un abord difficile pour les locuteurs du sud, mais aussi parce que l’on considérait qu’elles n’avaient pas la valeur littéraire des airs chantés. Comme le souligne Isabella Falaschi dans son introduction à sa traduction des « Trois pièces du théâtre des Yuan » (p. LXXV) [6], lorsque, en 1731, le père de Prémare traduit la pièce du dramaturge Ji Junxiang (紀君祥) « L’Orphelin des Zhao » (Zhaoshi gu’er 《趙氏孤兒》), il ne traduit que les parties en langue vernaculaire destinées à être récitées, en omettant les airs versifiés destinés à être chantés qu’il considérait comme trop difficiles pour être traduits, en les remplaçant par la simple indication « il chante »[7] : or, commente Isabella Falaschi, « ce sont justement ces parties chantées … qui constituent l’ossature de la représentation théâtrale et c’est là que réside la valeur littéraire d’un livret. » Une édition d’époque Yuan retrouvée au début du 20e siècle ne comporte, elle, que les parties chantées[8]

 

5.       Épanouissement sous les Ming et les Qing

 

La période couvrant la fin des Ming et les premières années des Qing est marquée par les récits en baihua issus des huaben, faisant du 17e siècle (entre les années 1620 et 1670) un âge d’or du récit en vernaculaire. Précurseurs sont les soixante récits des « Contes de la montagne sereine » (Qīngpíng shāntáng huàběn《清平山堂话本》) édités en 1550 par le graveur et bibliophile Hong Pian (洪楩), ce qui constitue le plus ancien recueil connu de huaben imprimé [9].

 

Récits en baihua

 

Les récits populaires de Feng Menglong (冯夢龙) et de Ling Mengchu (凌蒙初) ont établi les normes de ces récits en baihua de la fin des Ming, imités ensuite par des auteurs de moindre envergure – Ling Mengchu, soit dit en passant, a aussi écrit des pièces de théâtre dont il nous reste quatre pièces dans le style zaju, dont l’une est adaptée du grand classique en vernaculaire « Au bord de l’eau ». Il a inspiré un autre grand auteur de récits en vernaculaire : Li Yu (李漁), auteur entre autres de douze récits publiés en 1656, au tout début de la dynastie des Qing, sous le titre « Théâtre silencieux » (Wúshēng xì 《無聲戲》 /《无声戏》), suivi d’un deuxième recueil de six récits publié sous le titre « Jade précieux » (Liánchéng bì 《連城璧》) , puis d’une troisième recueil en 1658 intitulé « Les douze tours » (Shíèr lóu《十二楼》)[10].

 

Cette littérature populaire, considérée comme vulgaire (tōngsú wénxué 通俗文学”), a fait fureur dans un contexte de troubles et d’atmosphère fin-de-siècle qui explique également, au moins en partie, le succès des grands romans populaires qui émaillent la période Ming.

 

Romans populaires

 

Les quatre grands romans classiques qui datent de cette période sont écrits en vernaculaire d’une grande richesse et ont contribué à l’évolution de cette écriture. Sous les Ming, ce sont « Le Roman des Trois Royaumes » (《三国演义》), « Au bord de l’eau » (Shuihuzhuan 《水浒传》) et « La Pérégrination vers l’Ouest » (Xiyouji《西游记》), tous trois fortement marqués par leur ancrage originel dans les croyances populaires et la tradition des conteurs dont on retrouve le panache et la verve.

 

Jin Shengtan (金圣叹), en particulier, qui édité plusieurs romans dans les dernières années des Ming et au tout début de la dynastie mandchoue, dont une version tronquée du Shuihuzhuan, est généralement considéré comme un pionnier de la littérature en vernaculaire. Il est resté dans les annales pour avoir établi une liste iconique de « Six œuvres de génie » (六才子书) où il mêle des œuvres en langue classique – le Zhuangzi (《庄子》), le Li Sao (《离骚》) de Qu Yuan (屈原), les « Mémoires historiques » (Shiji《史记》) de Sima Qian (司马迁), les poèmes de Du Fu (杜甫) – et des œuvres populaires en langue vulgaire généralement décriées par les lettrés : le Shuihuzhuan, en cinquième position, suivi de l’ « Histoire du pavillon de l’Ouest » (Xixiang ji《西厢记》), pièce de théâtre zaju de Wang Shifu (王实甫) – le tout édité en six volumes séparés, illustrés.

 

 

Les six œuvres de génie, édition 1668

 

 

Mais c’est au « Rêve dans le pavillon rouge » (Hongloumeng 《红楼梦》), plus tardif puisqu’il date du 18e siècle, que revient l’influence déterminante pour l’évolution de la langue et le statut du roman. Il a en effet été écrit dans un vernaculaire très travaillé, fondé sur le dialecte de Pékin, dialecte devenu par la suite la base du chinois moderne : les réformateurs du début du 20e siècle, Hu Shi (胡适) en tête, ont utilisé le roman pour promouvoir le baihua tandis que les lexicographes en étudiaient le texte pour établir les bases d’un nouveau vocabulaire standard pour la « langue nationale » (le guoyu 国语).

 

Aux trois classiques Ming, il faut cependant ajouter le Jin Ping Mei (《金瓶梅》) ou « Fleur en fiole d’or », d’un certain « érudit railleur de Lanling » (蘭陵笑笑生) [11] : immergé, contrairement aux trois autres, dans la réalité d’un monde sans héros où domine la soif du pouvoir et de l’argent liée à celle du sexe, il verse dans le burlesque ou la rhétorique bouddhique au gré de ses chapitres, et dans un esprit satirique. Du point de vue de la langue, le roman abonde en expressions dialectales, ce qui n’est pas le cas de l’autre grand roman satirique (反讽小说) en vernaculaire, qui date, lui, du 18e siècle : « Chronique indiscrète des mandarins » (Rulin waishi 《儒林外史》) de Wu Jingzi (吴敬梓) [12] – roman contemporain du Hongloumeng que l’on peut mettre en parallèle avec « Au bord de l’eau » comme tableau d’une société injuste et d’un pouvoir corrompu, même s’il s’agit surtout d’une satire du monde des lettrés. Cependant, par sa langue aussi bien que son contenu, c’est un roman proche des « romans politiques » (政治小说) appelés de ses vœux par Liang Qichao au début du 20e siècle,  ou des « romans de dénonciation » (谴责小说) de Li Boyuan (李伯元), Wu Jianren (吴趼人) ou Zeng Pu (曾朴) – romans qui s’appuient sur la langue vernaculaire.

 

 

Rulin waishi, 1749

 

 

Xu Shiyi conclut son histoire par un huitième chapitre qui érige cette évolution de la langue du wenyan vers le baihua en « loi inexorable » (Wenbai zhuanbian de biran guilü 文白转变的必然规律).

 

Loi inexorable ?

 

Il faut noter ici que c’est le « mandarin » du Bas-Yangtsé (下江官话) ou « mandarin Jianghuai » (江淮官话) qui était la base du vernaculaire courant (celui utilisé dans l’administration) jusqu’à ce qu’il soit remplacé par le dialecte de Pékin à la fin des Qing. Dans la pratique, les écrivains utilisaient la grammaire et le vocabulaire du dialecte du Bas-Yangtsé mâtiné de dialecte de Pékin pour faire en sorte que leurs écrits soient compréhensibles de la majorité de leurs lecteurs, locuteurs des dialectes les plus divers. C’est ainsi que s’est peu à peu créé un chinois écrit standard qui a aussi incorporé des constructions du chinois classique, baihua moderne qui a repris le rôle unificateur qui était jusque-là le propre du chinois classique, littéraire.

 

Il n’y a pas de démarcation stricte entre les deux registres, le wenyan influant sur l’écriture en vernaculaire, les mêmes auteurs écrivant souvent et en langue classique et en langue vulgaire ; ce sont les lettrés qui ont peaufiné la langue vernaculaire par le biais de la fiction. En fait, le chinois classique s’est longtemps maintenu, comme le latin en son temps en concurrence avec le français, et dans le domaine des textes de lois en particulier. Ainsi, le code législatif chinois a été écrit jusque dans les années 1970 en chinois littéraire, bien que dans une forme abondant en expressions et constructions modernes que n’auraient pas reconnues les écrivains classiques.

 

Lorsque les réformistes de la fin des Qing militent pour l’adoption du baihua, ce n’est donc pas une langue totalement nouvelle qu’ils appellent de leurs vœux, mais plutôt un vernaculaire modernisé, répondant aux nécessités de l’heure en important des néologismes de l’Occident, surtout par le biais du Japon.

 

B/ Émergence et développement du baihua moderne

 

Le baihua (白话) s’est défini en regard de la langue classique définie comme langue littéraire et a désigné pendant longtemps les « langues des localités » (fangyan 方言), langues locales aussi diverses que souvent mutuellement inintelligibles que l’on appelle aujourd’hui topolectes, ou communément dialectes. La promotion du baihua à la fin du 19e siècle a eu lieu en même temps que celle du guoyu (国语) comme langue nationale, sous l’influence du néologisme japonais kokugo (国語) désignant la langue nationale, idéalement unifiée.

 

La promotion du baihua représente donc une volonté politique et pratique autant qu’intellectuelle et littéraire dans le contexte nationaliste de la Chine de la fin des Qing [13]. C’est une réforme de la langue fondée sur des oppositions binaires : baihua / wenyan dans le domaine littéraire et guoyu / fangyan dans le domaine plus spécifiquement linguistique. Ce sont les journaux et revues qui, à partir des années 1890, ont contribué au développement du baihua dans leurs efforts pour toucher un plus vaste public, bien avant les années 1910 qui voient son utilisation se généraliser peu à peu.

 

1.       Le rôle des journaux

 

a)       Les précurseurs en baihua

 

Dans un contexte d’effervescence et d’intense concurrence dans le domaine de la presse, essentiellement à Shanghai, les initiatives se multiplient pour répondre à une demande urbaine en plein essor. Les périodiques sont encore très peu nombreux en Chine en 1880 : une quinzaine. Mais l’expansion, ensuite, est très rapide. Les années 1890-1920 sont marquées par véritable révolution dans les techniques d’impression en particulier, entraînant baisse des coûts et innovations éditoriales. Les grands journaux que sont les deux principaux concurrents, le Shenbao (《申報》) et le Xinwen bao (《新闻报》), fondés respectivement en 1872 et 1893 à Shanghai, publient leurs articles en baihua. C’est le fondateur du Shenbao, le britannique Ernest Major, qui est à l’origine de cette presse en baihua : en 1876, pour toucher de nouveaux lecteurs, un public populaire de femmes et de travailleurs incapable de lire le chinois classique, il lance un supplément du Shenbao en baihua, le Minbao (《民报》) [14], qui fait figure de précurseur. Les périodiques réformistes, eux, sont éphémères, car vite interdits [15].

 

Cependant, ce journalisme en baihua s’est développé aussi de sources plus spécifiquement chinoises dans le contexte du mouvement de réforme de la fin des années 1890 : des journaux en dialectes locaux, hors de Shanghai, la région du bas-Yangtsé - noyau de la langue wu (吴语) - faisant office d’épicentre. Le premier de ces journaux, le Wuxi baihua bao (《無錫白話報》[无锡白话报]) est apparu en 1898, fondé par Qiu Tingliang (裘廷梁), un recalé aux examens impériaux reconverti dans le journalisme ; en dialecte local de la langue wu, le journal proclamait son adhésion au baihua dès son titre. Pour son cinquième numéro, il est rebaptisé « Journal chinois officiel en baihua » (《中国官音白话报》), publié tous les dix jours et distribué dans tout le pays. Il publie des articles sur la Réforme, l’éducation des femmes, des nouvelles étrangères et même des traductions de livres occidentaux, dont des Fables d’Esope, à un moment où la littérature pour enfants n’existait pas en Chine [16].

 

 

Le Wuxi baihua bao

 

 

Le journal cesse de paraître après l’échec de la Réforme, en septembre 1898, après 23 numéros, mais il fait des émules : une quinzaine de journaux, quasiment tous rédigés dans des dialectes de wu, apparaissent sur le même modèle dans les quelques années suivantes, dont le trimestriel Hangzhou baihua bao (《杭州白话报》) fondé en juin 1901 par un groupe incluant le traducteur Lin Shu (林紓), et le Suzhou baihua bao (《苏州白话报》) lancé en octobre de la même année par l’éditeur, traducteur et écrivain Bao Tianxiao (包天笑), fervent promoteur de la littérature populaire (tongsu wenxue 通俗文学). Le Journal en langue vernaculaire  de Pékin (Jinghua bao《京話報》) est lui aussi trimestriel, le premier numéro étant daté septembre-décembre 1901, et le Journal en langue vulgaire de l’Anhui (Anhui suhua bao 《安徽俗話報》) est bimensuel, et édité par Chen Duxiu (陈独秀) en 1904-1905. De 1876 à 1911, on compte ainsi 70 périodiques en vernaculaire local.

 

Ces journaux paraissaient pour la plupart avec des éditoriaux critiques du genre lunshuo (论说), orientés vers la défense d’une culture progressiste (contre l’opium, la pratique des pieds bandés, les superstitions et autres plaies de la société traditionnelle). En décembre 1903 est lancé à Shanghai le plus important de ces journaux en vernaculaire, qui se distanciait dès son titre de toute appartenance locale : le bimensuel Zhongguo baihua bao (《中国白话报》). C’était une publication ambitieuse et illustrée de quelque 80 pages, reliée comme un livre à l’occidentale, qui utilisait le baihua comme arme de propagande révolutionnaire et stratégie de diffusion auprès des masses populaires, fondée sur les discours des révolutionnaires, donc sur l’oralité. Le recours au baihua n’excluait d’ailleurs pas les articles dans la langue classique la plus raffinée pour s’adresser aux classes éduquées de la population.

 

 

Le Zhongguo baihua bao (2e numéro) 

 

 

b)       Les débuts de la presse féminine

 

Fondé par Qiu Tingliang (裘廷梁) et sa nièce Qiu Yufang (裘毓芳), le Wuxi baihua bao est par ailleurs aussi le précurseur de la presse féminine chinoise qui se développe au tout début du 20e siècle, sous l’influence du Japon [17]. Lancé le 11 mai 1898, il disparaît en septembre au bout de 28 numéros, mais Qiu Yufang poursuit l’intention première de son oncle qui était de créer une maison d’édition dédiée au baihua (Baihua shuju 白話書局). Elle traduit divers textes du wenyan en baihua, dont le plus ancien ouvrage sur l’éducation des femmes, les « Préceptes pour les femmes » (Nüjie 《女诫》) de l’historienne et femme de lettres des Han Ban Zhao (班昭), et rédige une biographie en baihua de Mencius. Mais elle propose aussi des traductions de livres sur la réforme de Pierre le Grand en Russie et sur la réforme Meiji au Japon.

 

C’est de 1898 que date la naissance de la presse féminine, avec la création par un groupe de femmes du premier périodique féminin, lancé le 24 juillet 1898, qui dure 12 numéros : le Nüxue bao (《女學報》[女学报]), littéralement le « journal d’études féminines». Parmi les fondatrices figurent des personnalités comme Li Run (李閏/李闰), épouse de Tan Sitong (譚嗣同) et Li Huixian (李蕙仙), épouse de Liang Qichao, tandis que Qiu Yufang faisait partie des collaboratrices, ainsi que Kang Tongbi (康同璧), fille de Kang Youwei. Dès le premier numéro, l’accent est mis sur l’importance de la langue vernaculaire moderne, la langue utilisée devant correspondre à la période de son emploi (古話合宜古人用,白話合宜今人用) ; l’article se place résolument dans un contexte mondial, en prenant pour modèle l’Europe et l’utilisation du latin délaissé pour les « langues du terroir » (土语) [18], mais le baihua est ici revendiqué pour faciliter l’accès des femmes à l’éducation.

 

Autre pionnière du journalisme, et du féminisme, parmi le premier trio de femmes à défendre le baihua au service de l’émancipation des femmes : Chen Xiefen (陳擷芬), fondatrice en 1899, à l’âge de 16 ans, du Nübao (《女報》) ou Journal des femmes, lancé comme supplément au journal de son père Chen Fen (陳範) : le Subao (《蘇報》[苏报]) ou Quotidien du Jiangsu, interdit en juin 1903. Le premier Nübao disparaît vite ; en mars 1903, Chen Xiefen en fonde un deuxième, expressément présenté comme la suite du premier, avec un financement entièrement féminin et en reprenant le titre Nüxue bao ; une cinquantaine de pages dont les rubriques « Discours en baihua » (báihuà yǎnshuō 白話演說 [白话演说]) en défense non seulement du vernaculaire, mais aussi de l’égalité hommes-femmes, ainsi que « Histoire récente du monde des femmes » (女界近史), le tout illustré de photos.

 

Chen Xiefen était une amie proche de Qiu Jin (秋瑾) qui a elle-même lancé un journal expressément en baihua : le Baihuabao (《白話報》), dont le premier numéro sort en septembre 1904 et n’aura que six numéros, mais qui met lui aussi l’accent sur le discours oral comme le proclame un premier article de Qiu Jin dans le journal : « Avantages du discours » (Yǎnshuō de hǎochù « 演說的好處 » [演说的好处]). De manière significative, cependant, si le baihua est la langue de référence, le journal publie également des poèmes qui, eux, sont en langue classique. Le Baihuabao sera suivi du Zhongguo nübao (《中國女報》[中国女报]) ou Journal des femmes de Chine, qui n’aura qu’un premier numéro en janvier 1907, avant l’arrestation et l’exécution de Qiu Jin, mais qui aura un grand impact sur le développement de la presse féminine chinoise par la suite.

 

Il faut dire que la question de la langue était particulièrement sensible pour la presse féminine : comme le souligne Jacqueline Estran dans l’article cité (n. 15), la proportion de femmes en état de lire était alors en Chine entre 2 et 10 %, donc la langue écrite proche de l’oral était plus adaptée pour développer leur éducation, mais en même temps, c’est par leur maîtrise de la langue classique (en particulier dans le domaine de la poésie) que les femmes pouvaient, comme toujours, accéder aux cercles de lettrés. Ces femmes des tout débuts du 20e siècle sont en ce sens typiques d’une langue en pleine évolution, mais reflétant un double ancrage dans l’écrit classique et dans la langue parlée moderne, Qiu Jin en particulier se montrant capable de s’adapter en fonction du public auquel elle s’adressait.

 

c)       Effervescence et innovations

 

Cette effervescence de la presse en baihua, de plus en plus politisée à partir du tournant du 20e siècle, se traduit par des innovations originales, en termes de formats, de rubriques … et de langue. Témoins en sont le Zhongwai ribao (《中外日報》) ou Quotidien de Chine et de l’étranger, fondé en 1902, qui imprime pour la première fois en recto-verso et fait appel à des professionnels pour traduire les nouvelles étrangères, et surtout le Shibao (《時報》) ou Eastern Times fondé en 1904, toujours à Shanghai, par Di Baoxian (狄葆賢).

 

Ancien élève de Kang Youwei, Di Baoxian avait, après l’échec de la Réforme, fui au Japon où il avait rencontré Liang Qichao qui l’avait fortement influencé. Il s’entoure de rédacteurs prestigieux dont Bao Tianxiao (包天笑) recruté au Suzhou baihua bao qui apporte au journal son intérêt pour la littérature populaire. Le Shibao remplace les longues dissertations (lunshuo) des concurrents par des articles courts et percutants, et inaugure des rubriques spéciales de fiction en feuilleton. Le Shibao publie en particulier les romans de type policier à la mode écrits par l’écrivain et traducteur Chen Jinghan (陳景韓/陈景韩) sous son pseudonyme « Sang froid » (Lengxue 冷血) – Chen Jinghan qui deviendra en septembre 1909 le responsable éditorial du supplément mensuel Xiaoshuo shibao (《小说时报》) ou Fiction Times, avant de passer au Shenbao.

 

En 1911, le Shibao était devenu un concurrent direct des deux grands rivaux, le Shenbao et le Xinwenbao. La concurrence va se déplacer dans le domaine de l’image, avec le lancement de suppléments illustrés. Mais c’est finalement le développement de la fiction populaire sérialisée qui leur vaut leurs plus grands succès et la littérale explosion de leurs tirages à partir de 1920.

 

 

Le Shibao, 12 juin 1912

 

 

La presse chinoise du début du 20e siècle est ainsi le prélude à la révolution littéraire qui se produit dans le cadre du mouvement du 4 mai, sous l’égide de Chen Duxiu (陈独秀) et de Hu Shi (胡适), Hu Shi qui appelle en priorité à une révolution dans la langue. Mais cette révolution s’inscrit dans un mouvement qui redéfinit en même temps la notion d’opinion publique - de gonglun (公论) à yulun (舆论) - en opérant une transition vers le « peuple ordinaire » (yiban renmin 一般人民), auquel il convient de s’adresser dans une langue qui lui soit compréhensible, et dans des formats attrayants.

 

2.       Le baihua moderne

 

À partir de 1919, la plupart des périodiques chinois délaissent la langue classique pour adopter la langue parlée, en introduisant en même temps des innovations significatives : un nouveau système de ponctuation inspiré de l’étranger, une mise en page qui substitue aux colonnes verticales des rangées horizontales, ainsi que la séparation du texte en paragraphes pour en faciliter la lecture. Et la littérature de fiction, populaire, devient un formidable atout de vente.

 

Mais ce baihua moderne n’est plus un vernaculaire calqué sur les dialectes régionaux. C’est une langue réinventée et forgée peu à peu par les grands intellectuels et écrivains du 4 mai, et qui fait l’objet de recherches. Ainsi la Commercial Press de Shanghai avait créé en 1910 le Xiaoshuo yuebao (《小说月报》) ou Mensuel de la nouvelle, ou de la littérature de fiction. C’était au départ, dans l’optique de la maison mère, une entreprise essentiellement commerciale qui publiait des textes sans grande valeur, pour le public populaire qui achetait ses journaux. Or, fin 1920, est recruté un jeune journaliste de 24 ans du nom de Shen Dehong (沈德鸿) qui écrivait sous le nom de plume de Yanbing (雁冰), mais qui deviendra mondialement connu sous celui de Mao Dun (茅盾). Dans ses nouvelles fonctions de rédacteur en chef, il est chargé de la nouvelle rubrique « Nouvelle vague de la littérature de fiction » (xiǎoshuō xīncháo 小说新潮).

 

Le futur Mao Dun y publie des textes en baihua des écrivains en pointe du moment, sur le modèle de la revue  « La Jeunesse » (《新青年》) fondée en septembre 1915 à Shanghai par Chen Duxiu (陈独秀), puis transférée à Pékin en janvier 1917.

 

 

La Jeunesse (2e numéro)

 

 

C’était une revue au tirage relativement limité, mais qui a exercé une énorme influence sur l’évolution de la littérature par ses idées réformistes, et en particulier par son incitation à abandonner le chinois classique. Hu Shi, Chen Duxiu et quelques autres publieront dans le journal quelques poèmes dans la langue qu’ils préconisaient, mais qui était encore balbutiante. Invité par Chen Duxiu, le linguiste Liu Bannong (刘半农) leur apporte main forte dans les pages de la revue, publiant par la suite un recueil de poèmes des débuts du baihua (《初期白话诗稿》). Puis il part à Londres et à Paris. Diplômé de la Sorbonne en 1925 pour son travail expérimental de phonologie sur les tons du chinois (《四声实验录》) [19], il dirige à son retour à Pékin un laboratoire de phonétique expérimentale ; il publie en 1920 une étude pionnière sur les manuscrits de Dunhuang (Dunhuang duosuo 《敦煌掇瑣》) et en 1925 une étude sur « Les mouvements de la langue nationale chinoise ». Il enseigne alors la littérature vernaculaire au département des humanités et de la littérature nationale (wénkē guówén mén 文科國文門) de l’université de Pékin. En 1930, il publie une compilation de caractères du langage vernaculaire utilisés sous les Song et les Yuan (Songyuan yilai suzi pu 《宋元以來俗字譜》) qui sera par la suite une référence pour la standardisation des caractères simplifiés. Ses nombreuses traductions sont en quelque sorte des travaux pratiques.

 

Pour la petite histoire, c’est à Liu Bannong qu’est attribuée l’invention du pronom féminin ta (), dans l’un de ses poèmes. L’usage en sera ensuite vulgarisé par la chanson « Dites-moi comment cesser de penser à elle » (Jiao wo ruhe bu xiang ta 教我如何不想她), sur une mélodie du linguiste, poète et compositeur sino-américain Yuen Ren Chao (趙元任) ; spécialiste de phonologie chinoise, celui-ci a par ailleurs enregistré en 1921, aux États-Unis, des modèles de prononciation pour la Commission d’unification de la prononciation (读音统一会) mise en place en 1913 par la République de Chine.

 

Jiao wo ruhe bu xiang ta  https://www.youtube.com/watch?v=EYPnciEpePk&t=53s

 

 On considère généralement que le premier récit marquant l’avènement de la nouvelle littérature en baihua est « Le Journal d’un fou » (《狂人日记》) de Lu Xun (鲁迅) publié dans « La Jeunesse » en mai 1918. On mesure la beauté du texte et de son impression (avec une ponctuation discrète en marge), comparés aux suppléments littéraires des grands journaux de l’époque.

 

 

Le journal d’un fou, « La Jeunesse », 15 mai 1918

 

 

Notons cependant qu’il s’agit bien là d’une œuvre emblématique du mouvement du 4 mai, mais qui n’est pas véritablement la première : la première nouvelle en baihua est en fait de la plume de la pionnière Chen Hengzhe (陈衡哲), figure de proue du mouvement du 4 mai. Ayant rencontré Hu Shi à l’université Cornell où elle étudiait la philosophie, impressionnée par son article paru en janvier 1917 dans la revue « La Jeunesse », « Suggestions pour une réforme de la littérature » (《文学改良刍议》), elle se met sans rien dire à écrire en baihua, des poèmes, puis une courte nouvelle, « Un jour » (《一日》), qu’elle publie dans le trimestriel des étudiants de l’université en juin 1917, soit près d’un an avant la publication du « Journal d’un fou ». À son retour à Pékin, elle deviendra la première femme à être professeure d’université en Chine et publiera dans les principaux journaux du mouvement de la Nouvelle Culture.

 

Pendant longtemps, malgré tout, on écrira dans une langue à cheval entre classique et vernaculaire, mi-wen mi-bai (bàn bái bàn wén 半白半文). Le baihua s’est imposé peu à peu grâce aux grands écrivains qui l’ont fait évoluer, Lu Xun (魯迅) tout particulièrement. Mais même lui reviendra vers le chinois classique à la fin de sa vie pour écrire des poèmes lyriques avec un art consommé, et des emprunts aussi bien aux anciennes élégies de Chu (Chuci 楚辞》) qu’aux poèmes de Li He (李贺) ou de Li Shangyin (李商隐), transposant en zeitgeist des années 1930 leurs sentiments d’aliénation et leur réponse émotionnelle aux injustices et vicissitudes du moment, les 8e et 9e siècles [20]. La langue classique garde toujours l’attrait d’une sorte de pureté dans la concision.

 

Aujourd’hui, cette histoire du baihua prend d’autant plus d’intérêt que les jeunes écrivains et écrivaines ont tendance à revenir vers leurs dialectes locaux pour écrire leurs nouvelles, en émaillant leurs récits d’expressions dialectales vivantes et colorées, et tout particulièrement ceux et celles de la région de la langue de wu. C’est une nouvelle écriture qui se profile, d’autant plus difficile à traduire.

 


 

À lire en complément

 

Un article comparatif sur les différents termes utilisés dans les registres dits populaire (popular), lettré (learnèd) [21], familier (colloquial) et littéraire (literary), au-delà des simples catégories wén et bái , sur la base du mandarin standard et du dialecte de Pékin, avec quelques exemples secondaires empruntés aux dialectes Min :

Popular and learnèd in Chinese dialects, Journal of the Royal Asiatic Society, vol. 35, issue 2, April 2025.

 


 


[1] Ou « médiévale » comme c’est souvent traduit par analogie avec le Moyen Âge occidental qui s’est développé en Europe du 10e à la fin du 15e siècle, avec la période transitoire du Haut Moyen Âge le précédant à partir du 5e siècle.

[2] Et doublé d’une étude sur le vocabulaire du vernaculaire classique  (《古白话词汇研究论稿》) publiée en 2000.

[3] Le terme de yulu est souvent traduit par « citations », comme le Petit Livre rouge intitulé « Les citations du président Mao » (Máo Zhǔxí yǔlù《毛主席语录》). Sous la dynastie des Qing, au 18e siècle, le terme est utilisé pour des manuels de conversation, comme le Sanhe yulu (《三合语录》), manuel trilingue mandchou-mongol-chinois initialement publié en 1792 sous le titre « Bref guide trilingue » (Sanhe bianlian《三合便览》).

[4] Supprimés en 1237 dans le nord, en 1274 dans le sud, jusqu’en 1314.

[5] Comme l’indique Isabella Falaschi dans son introduction à sa traduction des « Trois pièces du théâtre des Yuan », Les Belles Lettres, Bibliothèque chinoise, 2015, p. XXII.

[6] Id. p. LXXV.

[7] La première traduction complète, parue en 1834, est due à Stanislas Julien et reste une référence.
Voir :
L’Orphelin des Zhao, sources et adaptations
.

[8] Les parties non chantées étant sans doute aussi, au moins en partie dans certains cas, laissées à l’improvisation de l’acteur.

[9] Traduits en français : Contes de la Montagne sereine, traduit, présenté et annoté par Jacques Dars, préface de Jeannine Kohn-Etiemble, Gallimard, coll. « Connaissance de l’Orient », 1987.

[10] Traduits en anglais : Silent Opéras, tr. Patrick Hanan, Chinese University of Hong Kong, Research Centre for Translation, 1990. Et : Twelve Towers, tr. Nathan K. Mao, Hong Kong: Chinese University Press, 1979.

Traduction en français : À mari jaloux, Femme fidèle, trad. Pierre Kaser, éd. Philippe Picquier, 1999.

Compte rendu par André Lévy dans Études chinoises, 1990/9-2.

[11] En français : Fleur en fiole d’or, traduit et annoté par André Lévy, Gallimard/La Pléiade, 2004 (en 2 vol.).

[12] Chronique indiscrète des mandarins, trad. Tchang Fou-jouei, préface d’André Lévy, Gallimard, coll. Connaissance de l’Orient, 1976 (en 2 vol.).

[14] À distinguer du mensuel éponyme fondé à Tokyo en 1905 par Sun Yat-sen comme organe du Tongmenghui et qui disparaîtra en 1908 après 26 numéros.

[15] Voir : La Presse moderne chinoise (1815-1921), par Cécile Wang qui, dans une optique d’analyse de la presse réformiste et révolutionnaire, distingue une période d’émergence de la presse moderne, avec d’abord les périodiques des missionnaires et des marchands chrétiens (1815-1895), une période d’essor et de diversification (1895-1912) et un âge d’or (1915-1920) – cet âge d’or étant aussi celui de l’essor de la presse en baihua, mais liée ici au mouvement du 4 mai et aux notions de réforme, puis de révolution littéraire.

[16] Ce qui est à mettre en regard de la première traduction en chinois de six Contes de Grimm, publiée à Shanghai en 1903. Une traduction en langue classique, par Zhou Guisheng (周桂笙), pionnier de la traduction littéraire, qui l’a qualifiée de « traduction harmonieuse », mais elle était destinée aux adultes lettrés. Par la suite, Zhou Guisheng est devenu le spécialiste des traductions de romans policiers occidentaux en se détachant des traductions traditionnelles en belle langue classique comme celles de Lin Shu ou de Zhou Zuoren.

[17] Voir : L’évolution de la presse féminine chinoise de 1898 à 1949, de Jacqueline Nivard (Etudes chinoises, 1986/5-1-2)

[19] Liu Bannong, alias Fu Liu, Étude expérimentale sur les tons du chinois (document conservé à la BnF) :

https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k920680x

[20] On en a une superbe édition bilingue chinois-anglais richement illustrée, annotée et commentée :

The Lyrical Lu Xun, a Study of His Classical-Style Verse, by Jon Eugene von Kowallis, University of Hawai’i Press, 1996.

[21] Avec l’accent pour marquer la différence avec le simple participe passé.

 

 

     

 

 

 

 

     

 

 

 

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