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Qu Bo 曲波 

Présentation

par Brigitte Duzan, 27 décembre 2013

      

On avait un peu oublié Qu Bo, et voilà que, fin 2013, Tsui Hark le remet à la une de l’actualité en annonçant le début du tournage d’une nouvelle adaptation à l’écran de son célèbre roman : « Patrouilles dans la forêt enneigée » (《林海雪原》), succès d’édition devenu grand classique après son adaptation en « opéra modèle » pendant la Révolution culturelle, et qui plus est premier des opéras modèles à être porté à l’écran.  

       

Le roman est autobiographique, et la vie de l’auteur aussi mouvementée et colorée que son œuvre.

       

Une vie de combattant

       

A quinze ans dans l’armée

        

Qu Bo (曲波) est né en 1923 dans le bourg de Zaolin (枣林庄), littéralement le bourg de la forêt de jujubiers, dans ce qui

 

Qu Bo jeune

était alors le district de Huangxian (黄县), devenu aujourd’hui la ville-district de Longkou (龙口) sur la côte au nord-est du Shandong.

       

Son père, Qu Chunyang (曲春阳), était un petit entrepreneur local qui possédait une fabrique de teinture de cotonnades. L’enfant Qu Qingtao (曲清涛) eut ainsi une éducation classique dans une école privée ; mais son père fit faillite et, en 1938, à l’âge de quinze ans, il dut arrêter ses études et s’engagea dans la Huitième Armée de route (八路军). C’est là que son nom fut changé en Qu Bo.

       

En 1939, il devient membre du Parti communiste, et, quatre ans plus tard, en 1943, est envoyé étudier à l’Université militaire et politique anti-japonaise de Jiaodong (胶东抗大). Pendant ses heures de loisir, il écrit des pièces de théâtre qui sont mises en scène par les étudiants : « Après la moisson » (《麦收之后》) et « Régler les conflits et pacifier le pays » (《排难除害》).

       

A vingt ans au combat

       

A la fin de son cursus, il est envoyé sur le front, dans la région de Jiaodong, comme reporter de guerre pour un journal de l’armée. Il est ensuite promu commissaire politique adjoint d’une unité de la 8ème Armée de route, puis responsable de la section politique d’un régiment de la 4ème Armée de campagne (第四野战军).

       

Après la défaite japonaise, à la fin de 1945, il est envoyé à Mudanjiang, au sud du Heilongjiang (东北牡丹江), où il arrive au début de février 1946 ; à la tête d’une escouade de 36 soldats, il participe aux opérations de lutte contre les bandes de bandits (剿匪战斗), alliées aux restes de l’armée nationaliste, qui sèment la terreur dans la région.

        

C’est cet épisode de sa vie qui lui inspirera son roman « Patrouilles dans la forêt enneigée » ; il l’aura tellement marqué que, peu de temps avant de mourir, il dira :

“这几年来,每到冬天,风刮雪落的季节,我便本能地记起当年战斗在林海雪原上的艰苦岁月,想起那个难忘的1946年的冬天。”

Chaque hiver, ces dernières années, le vent et la neige m’ont instinctivement rappelé cet hiver inoubliable de 1946, et les durs combats menés dans la forêt enneigée.

                

Cette même année 1946, il épouse Liu Bo (刘波), qui était infirmière en chef de l’hôpital de campagne de l’armée pour la

 

                 

Avec Liu Bo dans le Dongbei

région Liaoning-Shenzhen. En 1948, il est blessé au combat, pour la deuxième fois. En 1949, il est muté comme enseignant à l’école de la Marine de l’Armée de Libération.

               

Cette même année 1946, il épouse Liu Bo (刘波), qui était infirmière en chef de l’hôpital de campagne de l’armée pour la région Liaoning-Shenzhen. En 1948, il est blessé au combat, pour la deuxième fois. En 1949, il est muté comme enseignant à l’école de la Marine de l’Armée de Libération.

        

Démobilisé après la Libération

        

Blessé pendant la guerre

 

En 1950, une fois tout le pays libéré et pacifié, Qu Bo quitte l’armée et devient directeur adjoint et secrétaire de la branche du Parti de l’usine de fabrication de locomotives de Qiqihar, dans le Heilongjiang. Il est ensuite promu directeur adjoint du bureau d’études du ministère des transports ferroviaires, et terminera comme directeur adjoint du bureau de l’équipement du même ministère. Il s’installe alors à Pékin et n’en bougera plus.

      

Il commence à écrire dès 1952, à ses heures de loisir, caractéristique qu’il conservera toute sa vie : il n’est jamais devenu écrivain professionnel, se replaçant dans la même tradition – selon ses propres dires – que les grands écrivains classiques qu’il admirait et qui l’ont influencé, dont l’auteur du roman « Les trois royaumes », Luo Guanzhong (罗贯中), dont la biographie ressemble étrangement à la sienne, à six siècles de distance.

      

Il est décédé à Pékin en juin 2002, à l’âge de 79 ans.

       

Un écrivain du souvenir

       

Qu Bo a commencé par publier six récits en février 1957, sous le titre  « L’attaque surprise du repaire des tigres et des loups » (《奇袭虎狼窝》).

       

Patrouilles dans la forêt enneigée 

       

Ce sont en fait les premiers chapitres de son premier roman « Patrouilles dans la forêt enneigée » (《林海雪原》) : « Ordre de mission » (《受命》), « Yang Zirong fait la connaissance du ferblantier » (《杨子荣智识小炉匠》), « Liu Xuncang capture Diao Zhanyi » (《刘勋苍猛擒刁占一》), « Jugement de nuit » (《夜审》), « La légende du vieux ramasseur de champignons de la montagne du Sein » (《蘑菇老人神话奶头山》)

      

1. Achevé en août 1956, le roman est paru en septembre 1957 aux éditions Littérature du peuple (人民文学出版社). Il a été réédité deux fois avant la Révolution culturelle et il s’en

 

L’attaque surprise du repaire des tigres

et des loups, édition originale

      

Patrouilles dans la forêt enneigée,

édition originale de septembre 1957

 

est vendu 1 560 000 exemplaires entre 1957 et 1964, après deux rééditions : succès sans précédent. Largement autobiographique, relatant la campagne de pacification du nord-ouest à laquelle a participé Qu Bo entre 1946 et 1949, le roman est à la fois d’un grand réalisme et d’une subtile inventivité dans la construction romanesque et la peinture des personnages : il se lit comme un roman d’aventures, à la limite du wuxia.

      

La narration est divisée en trois grandes parties, chacune se terminant par une victoire contre un groupe de bandits, alliés à des soldats nationalistes restés après la défaite japonaise et continuant le combat contre les troupes communistes. Elle a pour personnage principal le héros Yang Zirong (杨子荣) (1)

       

La première partie commence par un massacre de sympathisants communistes par une bande locale. Au lieu de contre-attaquer, l’armée de Libération décide d’infiltrer les rangs des bandits. Une escouade est envoyée sous la

conduite de Shao Jianbo (少剑波) qui désigne Yang Zirong pour remplir la délicate mission d’infiltration. Celui-ci capture l’un des adjudants du chef du repaire des brigands, Luan Ping (栾平), et apprend de lui que la place est imprenable, n’ayant qu’un accès. Avec l’aide d’un vieux ramasseur de champignons, il organise alors une attaque en se laissant glisser dans le repaire depuis le sommet de la montagne avec tout un équipement de cordes et crampons. Débandade totale chez les bandits pris par surprise.

      

La seconde partie décrit la prise de la Montagne du Tigre, et du camp des bandits qui s’y trouve. Se faisant passer pour Luan Ping, Yang Zirong est envoyé dans le camp sous le prétexte d’apporter une carte confidentielle qu’il a réussi à obtenir. Il parvient à gagner la confiance du chef, surnommé ‘Le Vautour posé sur la montagne’ (座山雕). Mais Luan Ping s’échappe et arrive à la Montagne du Tigre le jour de la fête du 60ème anniversaire du Vautour. Yang Zirong maintient cependant mordicus qu’il est le vrai Luan Ping, et en

 

      

Yang Zirong

            

Adaptation au cinéma

 

persuade Le Vautour qui fait exécuter l’autre. La fête continue, tout le monde s’enivre copieusement, et Shao Jianbo n’a plus qu’à liquider les bandits.    

 

La troisième partie relate les combats de la petite troupe contre des bandits menés par deux agents nationalistes, Hou Diankun (侯殿坤) et Ma Xifang (马希方). Shao Jianbo est blessé (comme le fut Qu Bo), mais cela ne l’empêche pas d’éliminer finalement les bandits et les Nationalistes. 

      

Devenu un classique de la République populaire, le roman emprunte pourtant largement aux grands romans classiques « Au bord de l’eau » (水浒传) et « Les Trois Royaumes » (《三国演义》). Certains passages sont même calqués sur des épisodes célèbres, ce qui contribue à donner de la profondeur au récit en le rattachant à une longue tradition.

          

Il en est ainsi dans la seconde partie : quand Yang Zirong se rend au repaire des bandits, il rencontre en chemin un tigre, comme dans le fameux épisode Wu Song tuant le tigre (武松打虎) dans « Au bord de l’eau ». Mais avec une subtile nuance : dans le roman de Shi Nai’an, Wu Song n’a l’audace d’attaquer le fauve que parce qu’il est ivre ; Yang Zirong, lui, a peur et hésite : c’est d’autant plus un héros, un héros tueur de tigre (打虎英雄), avant d’être un liquidateur de bandits. 

      

Le style est résolument original, avec des passages en langue vulgaire particulièrement savoureux, et

 

Traduction en anglais illustrée de 1978

étonnants dans une œuvre de ce genre parue à la veille du Grand Bond en avant.

            

2. Ils seront évidemment gommés dans les adaptations à la scène et à l’écran dont la préparation

                                     

Grondements dans

les montagnes et les mers

 

a commencé dès les lendemains de la publication du roman. L’adaptation en opéra de Pékin moderne sera le premier « opéra modèle » (样板戏), « La prise de la montagne du Tigre par stratégie » (智取威虎山), dont la version finale officielle du livret fut publiée le jour de la fête nationale, le 1er octobre 1969, soit pour le 20ème anniversaire de la fondation de la République populaire. Ce sera le modèle des opéras modèles.

               

L’année suivante, le 1er octobre 1970, le film adapté de l’opéra sortait des studios de Pékin, premier film adapté d’un opéra modèle.(2) La popularité des trois œuvres ne s’est pas démentie même après la fin de la Révolution culturelle, la preuve : Tsui Hark a choisi le roman pour une nouvelle adaptation encore en 2013… C’est que les thèmes offerts par la narration, remontant à une longue tradition romanesque, permettent des variations que l’on peut moduler en fonction de l’époque et du public.

                     

Autres romans

        

Qu Bo a publié trois autres romans, qu’il a achevés avant la

        

Révolution culturelle, mais qui n’ont été publiés que juste après. Sur des sujets proches, mais concernant tous les trois la guerre de résistance anti-japonaise, ils n’ont cependant pas le brio narratif du premier ; ils sont moins intenses, moins directement personnels.

               

Deux ont été publiés en 1977, l’un aux éditions de la Jeunesse de Chine (中国青年出版社), l’autre aux éditions du Peuple du Shandong (山东人民出版社). « Grondements dans les montagnes et les mers » (山呼海啸) est une histoire d’amour sur fond de guerre. « La stèle de Rong’E » (戎萼碑) est un hommage au rôle des femmes dans la guerre contre les Japonais, en particulier les infirmières.

       

Le dernier roman a été publié en 1979 aux éditions

 

La stèle de Rong’E, édition illustrée

Littérature du peuple (人民文学出版社) : « Qiao Longbiao » (桥隆飚), héros patriotique recruté dans les rangs communistes dans la lutte contre les Japonais.         

                 

Autres textes

               

Qu Bo a également écrit quelques nouvelles, qui reflètent sa vie dans les franges industrielles de la Chine à la fin des années 1950, ainsi que des récits de voyages, publiés au début des années 1960, puis dans les années 1990.

   

       

Notes

(1) Le texte chinois, en 38 chapitres : www.millionbook.com/xd/q/qubo/lhxy/index.html

(2) Sur l’opéra et le film, voir chinese movies…. (à venir)

       

       

Traduction en anglais

Tracks in the Snowy Forest, Foreign Languages Press, édition originale 1965 / réédition janvier 1978.

      

      

 

 

 

 

 

 

     

 

 

 

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